Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'apprécier le mémoire présenté par M. R. Buydens, de Bruxelles, sous le titre : "Le comportement des fluorures dans les eaux"

La Commission était composée de MM. F. Schools et N. Wattiez, Membres titulaires.

            Le mémoire de M. R. Buydens est une étude de chimie expérimentale consacrée à une pratique qui a pris naissance aux Etats-Unis et qui tend à se propager dans notre pays : l’addition de fluorures aux eaux de boisson dans le but de lutter contre la carie dentaire.

            L’auteur décrit d’abord brièvement la méthode de dosage qu’il a appliquée : appréciation par le spectrophotomètre des teintes d’une laque alizarine-zirconium (suivant Megregian et Maier, et complétée par Willard et Winter pour éliminer l’influence des ions interférents).

            Les fluorures sont toxiques et leur excès dans les eaux peut conduire à des défectuosités dentaires. C’est pour ce motif qu’on a préconisé l’élimination du fluor, présent en quantité trop considérable, par des coagulants notamment le sulfate d’aluminium, le phosphate tricalcique et la poudre d’os.

            L’auteur a fait agir successivement ces trois substances pendant des durées variables sur de l’eau distillée et sur des eaux de distribution additionnées de doses connues de fluorures ; dans le cas d’eaux naturelles contenant du calcium, du magnésium, etc., il a constaté des irrégularités dans la rétention qu’il explique par une différence dans le degré de dissociation.

            Bornons-nous à souligner quelques particularités intéressantes :

-  Examinant l’action de l’hydroxyde d’aluminium sur les eaux de distribution, l’auteur cite ce fait curieux : le MgF2 dont la solubilité est moins grande dans l’eau distillée que celle de NaF, apparaît dans une eau dure comme deux fois plus soluble.

-  En ce qui concerne la précipitation par le Ca3 (PO4)2 le phénomène est complexe aussi : selon les ions en présence il peut y avoir inhibition de dissolution de ce corps, ou bien une action favorisante.

-  En incorporant à ce précipitant du CaCO3, on obtient une carbonato-apatite, plus résistante encore à la dissolution.

Il serait trop long d’énumérer ici toutes ces observations.

En rapport avec ces réactions chimiques, M. Buydens analyse les théories invoquées pour expliquer l’action du fluor sur les dents : pour les uns, le fluor doit être résorbé par l’organisme et être transmis par le courant sanguin aux dents en formation ; pour d’autres, l’émail et la dentine, exposés même pendant un temps très court à une eau fluorée peuvent fixer rapidement le halogène par contact direct.

La résistance des dents à la dissolution dans les acides est attribuée à l’affinité du fluor pour le phosphate tricalcique et aussi pour le carbonate calcique.

Une partie du travail de M. Buydens est consacrée à un examen critique des arguments avancés par les partisans de la fluoration des eaux en Amérique, où certains auteurs prétendent que l’assimilation du fluor est plus efficace lorsqu’il est dissous dans l’eau au lieu d’être incorporé aux aliments.

   Des expériences américaines ont montré que la carie dentaire est réduite dans les mêmes proportions là où le fluor est ajouté artificiellement aux eaux que dans les régions où il s’y trouve à l’état naturel.

   Se basant sur ses propres expériences M. Buydens n’est pas entièrement d’accord sur ce dernier point.

   Les essais sur la solubilité des fluorures dans les eaux naturelles et les observations qu’il a recueillies concernant les phénomènes de dissociation sont très utiles pour ceux qui entreprendront des études ultérieures sur les relations entre la présence des fluorures et la carie dentaire.

   Certes comme l’auteur le fait remarquer il y a beaucoup de lacunes, d’incertitudes et même des contradictions dans les opinions émises. A notre avis il y aurait lieu aussi de tenir compte non seulement de la fixation sur les dents du fluor provenant des eaux mais encore de celui qui est apporté par nos aliments usuels dont plusieurs contiennent des quantités non négligeables de cet élément.

   En résumé les expériences de M. Buydens sont conduites méthodiquement et systématiquement ; ses résultats sont consignés dans des tableaux de chiffres bien ordonnés.

   C’est une suite logique d’un autre travail qu’il nous a présenté il y a quelques mois sur le comportement de l’iode dans les eaux.

   Aussi la Commission propose-t-elle à l’Académie de remercier l’auteur et d’insérer son étude in extenso dans notre Bulletin.

   Séance du 29 mai 1954.