Académie royale de Médecine de Belgique

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Discussion de la communication faite par M. C. Heymans, Membre titulaire, dans la séance du 27 septembre 1952, sous le titre :"Nouveaux aspects de la régulation physiologique de la pression artérielle et de l'hypertension"

M. le Président. – Je déclare ouverte la discussion sur les communications faites dans les séances précédentes, et je donne la parole à M. Bacq, qui s’est fait inscrire dans le débat sur l’exposé fait par M. Heymans, concernant les nouveaux aspects de la régulation physiologique de la pression artérielle et de l’hypertension.

            M. Bacq. – J’ai écouté avec grand intérêt la communication de notre collègue Heymans et cette communication me rappelle des faits importants qui m’ont été exposés récemment par Buchthal, le Neurophysiologiste de Copenhague.

            Un élève de Buchthal, dont j’ai oublié le nom, a montré qu’au moins certains récepteurs périphériques étaient extrêmement sensibles à l’acétylcholine. Chez l’homme, si on fait agir sur une certaine surface cutanée de l’acétylcholine, en perfusion continue et en concentration extrêmement faible, on voit que le nombre de récepteurs au froid dans cette région est beaucoup plus considérable que sans acétylcholine.

            Qu’on ne se méprenne pas sur la portée de cette expérience. Cela ne signifie pas que l’acétylcholine provoque une sensation de froid. Cela signifie que 100 fois plus de récepteurs sont susceptibles de réagir au moment où l’on appliquera le stimulus froid à la peau. Autrement dit, il semble que l’acétylcholine augmente le nombre des récepteurs susceptibles de répondre au stimulus physiologique.

            L’atropine diminue le nombre de ces récepteurs et le curare ne semble pas être sans effet bien que beaucoup moins efficace que l’atropine. L’A.I.P. pourrait bien être un stimulant des récepteurs.

            On assisterait donc à cette chose curieuse que la pharmacologie aussi bien que la physiologie des récepteurs sensibles périphériques tendent à s’unifier et à se rapprocher de celles de la plaque motrice.

            Etant donné ces résultats, je me demande s’il ne serait pas intéressant que notre Collègue Heymans étudie la possibilité de modification de l’excitabilité des récepteurs mécaniques de l’aorte et du sinus carotidien en présence d’acétylcholine, d’atropine, de curare, d’ésérine et de D.F.P. Je me demande aussi, si l’adrénaline, en dehors de l’action mécanique que notre Collègue Heymans a démontrée, ne peut aussi par elle-même avoir, chimiquement, une action sur l’excitabilité et la sensibilité des récepteurs périphériques.

            Je ne mets aucunement en doute les résultats de fortes jolies expériences de notre Collègue Heymans. Je me demande seulement s’il ne faut pas tenir compte, dans l’interprétation, de la possibilité d’une action chimique directe de l’adrénaline, sur les récepteurs.

            M. C. Heymans. – Les observations expérimentales au sujet de l’influence de l’acétylcholine sur les courants d’action de certains récepteurs sensibles périphériques nous sont connues.

            Signalons toutefois que nos expériences ne nous ont pas permis d’observer une action directe de l’acétylcholine, de l’atropine ou de l’ésérine sur les presso-récepteurs du sinus carotidien, du moins en ce qui concerne une action sur les mécanismes de l’homéostasie de la pression artérielle.

            En ce qui concerne l’action de l’adrénaline sur les presso-récepteurs du sinus carotidien, une stimulation chimique directe doit être écartée parce que des substances pharmacologiques qui n’ont pas une structure chimique semblable à celle de l’adrénaline, produisent les mêmes effets. L’action de l’adrénaline n’est donc pas spécifique. L’influence de l’adrénaline et des autres substances sur les presso-récepteurs du sinus carotidien est liée, ainsi que nous l’avons montré, à leur action sur le tonus et la tension de la paroi artérielle où ces presso-récepteurs sont situés. Ces presso-récepteurs se comportent en fait comme certains récepteurs musculaires (muscle spindles). Ces faits furent confirmés par Zotterman et ses collaborateurs.

            M. le Président. – Quelqu’un désire-t-il encore poser des questions, au sujet de la communication de M. Heymans ou de celles qui ont été faites antérieurement ?

            Personne ne demandant la parole, je remercie encore M. Heymans, et nous passons au point suivant de notre ordre du jour.

            Séance du 29 novembre 1952.