Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire présenté par M. Marcel Segers, de Bruxelles, sous le titre :"La significaton de l'électrocardiogramme de prépondérance "

La Commission était composée de MM. P. Govaerts et F. Roskam, Membres titulaires.

            Les avis des électrocardiographes les plus autorisés sont loin de concorder en ce qui concerne la signification des tracés dits de prépondérance. La confrontation des données nécropsiques et des électrocardiogrammes enregistrés tant dans les dérivations standard que dans les dérivations précordiales inspire le plus grand scepticisme quant aux interprétations classiques de ces documents, si prisés pourtant aujourd’hui.

            Les discordances relevées ont incité M. Segers à aborder le problème sous un angle nouveau et à étudier les conditions dans lesquelles peuvent apparaître les tracés de prépondérance.

            Trois observations récentes, s’ajoutant à d’autres qu’il publia naguère, lui ont permis de constater que parfois intermittentes, les images de prépondérance peuvent apparaître brusquement, puis disparaître non moins soudainement dans les dérivations standard, même au cours d’un rythme sinusal régulier. Il lui est même arrivé de capter un seul complexe de prépondérance gauche parmi une série de tracés de simple dérivation de l’axe électrique à gauche, et vice versa.

            Toujours subites, ces transformations de tracé surviennent, sans images de transition, tantôt en l’absence de tout autre phénomène décelable, tantôt à l’occasion d’une accélération du rythme sinusal. D’autres fois encore il fut possible de faire naître l’électrocardiogramme de prépondérance par l’effort, de le faire disparaître par le décubitus.

            Chez deux des maladies de M. Segers, les transformations intermittentes de la courbe électrique préludèrent à une image de prépondérance gauche définitive. Chez le troisième, elles se maintiennent depuis cinq mois.

            Il résulte évidemment de ces faits que les images de prépondérance ne peuvent être considérées, ainsi qu’on le pensait, comme l’expression d’une hypertrophie ventriculaire. L’étude des tracés montre d’autre part qu’il ne s’agit en l’occurrence ni d’une insuffisance ventriculaire, ni d’un « bloc de branche ». Le phénomène observé constitue un syndrome électropathologique fonctionnel particulier dont la nature reste mystérieuse.

            Rapprochant ce phénomène du relevé des tracés de prépondérance dans les diverses dérivations, M. Segers conclut très judicieusement à la nécessité d’intégrer l’interprétation des électrocardiogrammes dans l’ensemble des éléments recueillis par l’observation clinique des patients.

            C’est là une attitude sage à une époque où la médecine tend malheureusement à se fragmenter sur la base de la spécialisation technique. Nul doute qu’elle eût reçu l’approbation de F. N. Wilson qui, après avoir constaté l’engouement dont bénéficie aujourd’hui l’électrocardiographie en Amérique, conclut dans sa préface au récent livre de Lepeschkin, à un plus grand danger actuel d’avoir paix et bonheur détruits par une fausse interprétation électrocardiographique que d’être blessé ou tué par une bombe atomique.

            C’est pourquoi votre Commission vous propose d’adresser remerciements et félicitations à M. Segers et de publier son très intéressant travail dans le Bulletin de l’Académie.

            Ces propositions sont adoptées.

            Séance du 29 novembre 1952.