Académie royale de Médecine de Belgique

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Suite de la discussion des lectures ayant trait aux transmissions neuro-humorales

M. le Président. – M. Bacq a demandé à pouvoir soumettre à la Compagnie quelques observations concernant la question des transmissions neuro-humorales.

            Je lui donne la parole.

            M. Z.M. Bacq. – J’ai demandé à pouvoir prendre la parole pendant quelques minutes, non pas pour reprendre cette discussion sur le D.F.P., l’ésérine et les nerfs cholinergiques, mais pour vous rapporter l’impression générale qui se détache d’une réunion qui s’est tenue à la Royal Society à Londres, le jeudi 16 février sur l’action des hormones locales, c’est-à-dire de l’acétylcholine, de l’adrénaline et de la noradrénaline. J’avais été invité à faire un exposé et à participer à la discussion introduite par J.H. Brun, d’Oxford. Gaddum, R.A. Peters, Feldberg, G.L. Brown, Blaschko, Thompson étaient présents. Deux faits m’ont frappé : tout d’abord, le souci constant d’interpréter le résultat des expériences pharmacologiques en fonction de concepts biochimiques (in biochemical terms) ; ensuite, l’extension inattendue que prennent les fonctions de l’acétylcholine. Bien sûr, nombre des interprétations proposées sont des hypothèses de travail, mais toutes indiquent un accroissement d’intérêt pour l’acétylcholine.

            Dans cette assemblée, où chacun pouvait prendre la parole, personne n’a soulevé d’objection à la théorie des médiateurs chimiques. La Royal Society va publier le compte rendu de cette discussion dans les Proceedings B et cette publication fournira à ceux d’entre vous que la chose intéresse des informations récentes et une bibliographie précise.

            Je préfère ne pas discuter les nouvelles observations complémentaires de M. Heymans (Bull. Acad. roy. Méd. Belg, 1949, p. 498). C’est une sorte de jeu qui passionne les joueurs mais qui lasse les spectateurs. Toutefois, je dois apporter quelques précisions.

            1°) M. C. Heymans cite, pp. 503 et 507, quelques phrases de la monographie : Autonomic Neuro-Effector Systems ; cet ouvrage, contrairement à ce que M. Heymans dit, n’est pas de W. B. Cannon seul ; il est signé : W. B. Cannon et A. Rosenblueth. Ceux qui connaissent bien les auteurs et la matière savent que certains chapitres sont plutôt de Rosenblueth que de Cannon. Cette monographie a déjà quelques années de bouteille ; elle date de 1937. W. B. Cannon n’est plus là pour nous donner son avis ; mais je sais que Rosenblueth a dû abandonner une bonne partie de ses conceptions. M.L. Tainter a déclaré ce fait au cours de son rapport sur les médiateurs chimiques au dernier symposium de la Laurentian Hormone Conference, qui s’est tenue à Franconia ( New Hampshire) en septembre 1949 et auquel j’avais été invité. G. Pinkus compte faire sortir de presse dans quelques mois, le texte des rapports et des discussions. M. Heymans y trouvera encore de nombreuses confirmations dans le domaine du système nerveux autonome.

            2°) Pour la seconde fois, M. Heymans nous prête, à R. Weekers et à moi, des conceptions que nous n’avons jamais défendues. Nous lisons p. 503 (4 premières lignes) : « MM. Bacq et Weekers interprètent ce fait en disant que les synapses du ganglion ciliaire sont le siège d’une activité spontanée immédiatement ». Le mot « immédiate » n’est pas de nous. Nous avons toujours suivi les faits que J. Govaerts et nous-mêmes avons observés. Nous n’avons fait appel à ce fait que pour interpréter certains cas cliniques rares où l’on voit s’installer longtemps après injection rétrobulbaire d’alcool, un syndrome qui ressemble à celui d’Addi (Bacq et Weekers, Bull. Acad. roy. Méd. Belg., 1949).

            3°) Enfin, je puis vous assurer que je ne suis pas seul à ne point comprendre quelle est exactement la position de notre Collègue Heymans. Le 26 novembre 1949, M. Heymans nous a communiqué les résultats de ses expériences récentes avec Hoorens. Il croyait, en février 1949, que l’action myotique du D.F.P. et de l’ésérine n’était abolie qu’après dégénérescence des nerfs ciliaires postganglionnaires cholinergiques. Il observe que la section du IIIe nerf cranien supprime immédiatement le myosis par le D.F.P. et l’ésérine, ce qui est conforme à la théorie que nous défendons. Et malgré cela, M. Heymans ne modifie pas ses conceptions générales. J’ai beau relire les commentaires de notre Collègue Heymans, je n’arrive pas à comprendre. La seule chose qui me paraît certaine, c’est que M. Heymans n’est pas d’accord avec nous, mais je ne vois pas pourquoi, et je ne vois surtout pas comment M. Heymans interprète ses propres résultats. Jusqu’à présent, nous avons répondu aux objections qui nous étaient faites ; nous attendons maintenant une contribution positive de M. Heymans.

            Et, avec votre permission, Monsieur le Président, je considérerai que, de notre côté, la discussion est terminée.

            M. le Président. – Je remercie M. Bacq pour sa communication.

            Personne ne demandant la parole, nous passons au point suivant de l’ordre du jour.

            Séance du 25 février 1950.