Académie royale de Médecine de Belgique

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Discussion de la communication faite dans la séance du 15 décembre 1951, sous le titre : "Contribution à l'étude de la Cortisone, de l'A.C.T.H. et de leurs succédanés" (première communication)

Par MM. J. Roskam, Membre titulaire, R. Vivario, Correspondant, H. Van Cauwenberge, C. Heusghem et H. Betz.

 

Bulletin, VIe série, tome XVI, 1951, pp. 561-583.

            M. le Président. – Je déclare ouverte la discussion des communications faites au cours des séances précédentes.

            M. le Secrétaire perpétuel. – J’ai écouté très attentivement la dernière et très intéressante communication de M. Roskam et je voudrais lui demander un simple renseignement.

            Le salicylate et l’aspirine peuvent-ils modifier l’hypertension observée chez les asthmatiques comme le fait la cortisone ? D’après l’exposé de M. Roskam on pourrait le penser.

            M. J. Roskam. – Je suis heureux de pouvoir répondre par l’affirmative à la question posée par M. le Secrétaire perpétuel. En effet, lorsque j’ai relaté nos premiers résultats à la Société belge de Médecine interne, un de nos Collègues, asthmatique lui-même, m’a dit : « je comprends maintenant pourquoi je soigne si bien mon asthme avec l’aspirine ! ».

            Cependant, vous savez tous comme moi combien l’asthme est une maladie fantaisiste. Dans certains cas, l’aspirine est efficace ; dans d’autres, elle l’est moins. On ne doit donc pas s’attendre à des résultats régulièrement favorables.

            En tout cas, les salicylés agissent efficacement dans les états allergiques, et Schwartzman a montré qu’on pouvait inhiber son phénomène aussi bien avec les salicylés qu’avec la cortisone et l’A.C.T.H.

            M. P. Van Gehuchten – Je voudrais aussi demander une explication à M. Roskam. Je désirerais savoir si le taux de cortisone dans le sang, après la prise de salicylate, est assez élevé et est susceptible d’avoir un effet comparable à celui d’un traitement à la cortisone. Certains auteurs ont émis l’hypothèse que la sclérose en plaques pouvait être la conséquence de manifestations allergiques et ont essayé d’arrêter les poussées de sclérose par un traitement à la cortisone. Il est prématuré d’en apprécier dès à présent les résultats dans une affection à évolution aussi capricieuse que la sclérose en plaques. Mais il est intéressant de rappeler que le salicylate a été longtemps conseillé comme traitement de cette affection et que, dans quelques cas, des améliorations spectaculaires ont été obtenues par la pyrétothérapie. Or, celle-ci aussi provoque des décharges de cortisone dans le sang. Peut-être l’effet favorable de ces traitements peut-il être dû à la cortisone ?

            M. J. Roskam. – Au cours de nos observations chez des sujets traités par salicylés, les dosages ont montré des élévations d’excrétion urinaire de corticoïdes réducteurs analogues à celles enregistrées après l’application de cortisone ou d’A.C.T.H.

            Mon collaborateur H. Van Cauwenberge est en train d’achever un travail sur l’influence de doses dégressives de salicylés. Il a remarqué que la diminution des doses amène des effets qui vont en diminuant. Il ne peut donc s’agir ici de la loi du « tout ou rien ». Les ripostes de l’axe hypothalamus-hypophyse-cortex surrénal sont proportionnelles au taux de la salicylémie.

            Pour ce qui est des cas neurologiques dont parle M. Van Gehuchten, je ne pense pas que l’on puisse affirmer que les résultats signalés sont provoqués par le traitement ou spontanés. Mais, comme il l’a dit, on a parfois l’impression d’obtenir de réelles améliorations. Je crois devoir cependant attirer l’attention des neurologues sur le danger de l’application de cortisone à fortes doses aux malades atteints de sclérose en plaques s’ils présentent la moindre escarre ; on a observé en pareil cas une infection septicémique.

            M. P. Bordet. – M. Roskam pourrait-il me dire s’il existe, à sa connaissance, dans la littérature médicale, des observations d’accidents infectieux apparus chez l’homme à la suite de l’administration d’antihistaminiques, et comparables à ceux dont il vient de nous entretenir et qui peuvent survenir après traitement par la cortisone ? Chez le lapin, en effet, Dumas et Halpern ont établi que les antihistaminiques employés à fortes doses, favorisant nettement, en entravant la réaction inflammatoire locale, la généralisation non seulement d’infections provoquées, mais aussi d’infections spontanées ; sans doute est-ce également à son action anti-inflammatoire que la cortisone doit de prédisposer aux infections.

            M. J. Roskam. – Dans la littérature européenne, on a signalé des complications infectieuses chez des malades traités par cortisone ou A.C.T.H. (Mach, Dubois-Ferrière, Rachet, etc.), les Anglo-Saxons mettant plutôt l’accent sur d’autres accidents, métaboliques par exemple. Freeman a toutefois attiré l’attention sur le danger de cette thérapeutique dans la tuberculose.

            M. P. Bordet. – N’a-t-on pas parlé d’expériences intéressantes en administrant du talc en même temps ?

            M. J. Roskam. – C’est exact. Une série d’expériences intéressantes ont été faites sur des lapins ou des cobayes. On avait constaté, en effet, qu’en leur administrant du talc par voie intrapéritonéale, il se produisait localement de nombreuses adhérences. Celles-ci font défaut lorsqu’on administre conjointement talc et cortisone (Mach).

            M. le Président. – Plus personne ne demandant la parole, nous passons au point suivant de notre ordre du jour.

            Séance du 26 janvier 1952.