Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire présenté par M. P. Guns, de Louvain, sous le titre : "Contribution au traitement des sténoses laryngées"

La Commission était composée de MM. L. Van den Wildenberg, rapporteur, et E. Derom.

            Le problème du traitement des sténoses laryngées comporte le rétablissement de la respiration et la restauration de la phonation.

M. Guns rappelle, à propos de deux cas qu’il a traités avec succès, qu’il y a des sténoses du larynx congénitales et des sténoses acquises.

            Les sténoses congénitales et complètes de la lumière laryngée sont très rares. Elles sont le plus souvent partielles, constituées généralement (75% des cas) par une membrane qui unit les bords des cordes vocales.

            Il signale ensuite les sténoses cicatricielles, parmi lesquelles il range ses deux observations ; comme cause fréquente de celles-ci, on relève une faute de technique dans la trachéotomie.

            Si les traumatismes, surtout externes, sont une cause possible de ces sténoses, on admet que les causes les plus fréquentes sont les tentatives de suicide, d’homicide ou les plaies de guerre.

            L’auteur insiste, à juste titre, sur une nouvelle cause de sténose laryngée due à la mycothérapie antituberculeuse par la streptomycine.

            Nous avons, en effet, entendu la belle communication de Calvet, Claux et Bompunt, au Congrès français d’Oto-rhino-laryngologie en 1947.

            Ces auteurs rapportèrent un cas de diaphragme membraneux cicatriciel, très mince, tendu entre le bord libre de deux cordes vocales, constitué pour ainsi dire sous leurs yeux. Cette palmure s’étendait peu à peu vers les aryténoïdes, au point de ne laisser qu’un orifice glottique de la dimension d’un crayon. Cela s’était produit au cours d’une nouvelle cure de streptomycine.

            La crise dyspnéique classique indiquait une intervention d’urgence. Mais, au lieu de la trachéotomie classique, ces auteurs ont préféré pratiquer une laryngofissure avec section du diaphragme et légère coagulation. Le larynx fut refermé après mise en place d’une canule, qui fut laissée en place pendant une semaine.

            Ils instituèrent un traitement par le P.A.S. pour prévenir une récidive, qui ne s’est d’ailleurs pas produite.

            La malade de M. Guns était entrée dans le service de M. Van Goidsenhoven en 1947 et avait été soignée par la streptomycine dès 1948.

            En novembre 1950, le larynx montre une soudure à la commissure antérieure des cordes vocales. La patiente est aphone et éprouve de la gêne respiratoire à l’effort.

            Après échec d’un traitement par dilatations, et comme il s’agissait d’une cicatrice épaisse, l’auteur a eu recours à la technique de McNaught. Celle-ci consiste, après section transversale du tiers inférieur de l’angle antérieur du cartilage thyroïde, à introduire après section de la cicatrice une mince lame d’aluminium séparant le bord antérieur des cordes vocales. Cette prothèse est laissée en place pendant six semaines. La malade respire correctement par un larynx élargi et la voix reprend un timbre élevé mais relativement rauque.

            Les cinq figures qui illustrent la description de cette technique sont très suggestives.

            L’autre observation a trait à un type de sténose complète classique survenue à la suite d’une tentative d’homicide. Il s’agissait d’un cas particulièrement grave : cassure des ailes thyroïdiennes, au point que des débris cartilagineux étaient éparpillés dans les tissus.

            La technique opératoire a consisté à créer une lumière laryngotrachéale, à rétablir un calibre normal et à placer un tube d’acrylic revêtu d’une greffe épidermique en manchon. La prothèse est restée en place durant trois mois.

            Il y a actuellement quatre ans que la malade a été opérée. Elle respire très bien par les voies naturelles mais elle ne parle qu’à voix basse.

            M. Guns conclut à l’excellence des deux méthodes suivantes : le tube d’acrylic recouvert de greffe de Thiersch pour les sténoses complètes et la technique de McNaught pour les sténoses partielles antérieures.

            La Commission propose de remercier l’auteur d’avoir soumis à l’Académie ces intéressantes observations et de publier son travail dans le Bulletin de la Compagnie.

            Ces propositions sont adoptées.

            Séance du 24 novembre 1951.