Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission du concours pour le Prix du Docteur Louis de Give de Muache (1941-1950)

MM. E. Renaux et R. Bruynoghe, rapporteurs.

 

            M. C. Heymans, en mission auprès de l’Organisation Unie, ayant notifié par écrit son accord sur le rapport de la Commission, à la date du 23 avril 1951.

            M. E. Renaux, Président, donne lecture de son rapport, ainsi conçu :

            La Commission chargée d’examiner les mérites des candidats au Prix de Give de Muache et composée de MM. Bruynoghe, Dalcq, Firket, Heymans et Renaux s’est réunie le 14 avril 1951. M. Heymans, empêché, s’était excusé de ne pouvoir assister à cette séance.

            Les candidatures présentées sont, par ordre alphabétique, celles de MM. Bacq, Brull, Florkin, Goormaghtigh et Van Breuseghem. Tous ont effectué des travaux de réelle valeur scientifique, consacrés déjà pour certains d’entre eux par l’attribution de prix importants. La grande diversité des sujets étudiés ne permet guère de classer les candidats avec une garantie d’équité. Mais, parmi les remarquables publications dont la liste est soumise à l’appréciation de la Commission, il en est qui ont eu des répercussions sur la santé publique ou qui ont contribué très largement à améliorer l’état sanitaire de la population. C’est un facteur qui, à côté de la valeur scientifique, a retenu également l’attention de la Commission et c’est en s’appuyant sur ces divers éléments que, à l’unanimité  M. C. Heymans, en mission auprès de l’Organisation Unie, ayant notifié par écrit son accord sur le rapport de la Commission, à la date du 23 avril 1951),    elle propose l’attribution du prix de Give de Muache à M. O. Gengou, Membre titulaire, dont les travaux scientifiques et ceux relatifs à la prophylaxie de la tuberculose sont exposés ci-après.

            M. Bruynoghe, Secrétaire perpétuel, communique son rapport, rédigé dans les termes suivants :

            Deux considérations ont décidé la présentation de la candidature du Professeur O. Gengou au Prix de Give de Muache.

            D’abord son passé scientifique. Peu de Belges ont à leur actif des travaux de l’importance de ceux du Professeur Gengou. Sans doute, on doit tenir compte que certains de ces travaux ont été exécutés en collaboration avec notre grand savant, Prix Nobel, Jules Bordet, mais malgré cela une partie  de ces découvertes revient à son collaborateur.

            Je n’ai pas besoin d’insister beaucoup sur la portée de la réaction de la déviation de l’alexine, réaction connue dans le monde entier, sous la désignation de « réaction de Bordet-Gengou ». Cette réaction qui, au premier abord, pouvait paraître être seulement de portée scientifique, a trouvé dans la pratique tant d’importance qu’elle est utilisée dans le diagnostic de nombreuses maladies, soit pour rechercher les anticorps présents dans le sérum des malades, soit pour identifier des germes d’infection. Son application dans le domaine de la syphilis est si générale que tous les laboratoires de bactériologie et de sérologie du monde entier l’utilisent tous les jours sur une échelle considérable. Il ne faut évidemment pas en conclure que la syphilis est si répandue, mais, comme la réaction de Bordet-Wassermann, application de la réaction de Bordet-Gengou, permet de dépister la syphilis dans les cas cliniquement non diagnostiqués, elle permet dans bien des cas d’établir la nature d’une infection et d’instituer le traitement approprié. Sans aucun doute, cette méthode de diagnostic a sauvé de très nombreux malades.

            Quant au bacille de la coqueluche, connu sous le nom de « bacille de Bordet-Gengou », cette découverte a élucidé l’étiologie de cette maladie, en a amélioré la prophylaxie et a permis d’instituer avec un certain succès la vaccinothérapie.

            Le Professeur O. Gengou a à son actif bien d’autres travaux encore dans les divers domaines de la bactériologie et surtout l’immunologie. Je signale ici, en passant, ses travaux concernant l’alexine, la coagulation du sang, les bactériolysines et hémolysines, les précipitines, les toxines et les antitoxines, etc.

            En 1945, le Professeur O. Gengou a fait paraître un ouvrage de plus de 400 pages sur l’endémie tuberculeuse et sa prophylaxie.

            La question de la tuberculose y est traitée sous tous ses aspects : étiologie, interventions des divers souches (bacilles aviaires, bovins et humains), mode de dissémination, de contage, voies de pénétration des bacilles, durée d’incubation, stades de la maladie, réinfection d’origine exogène et surinfection d’origine endogène, allergie avec ses fluctuations, l’anergie, etc.

            Puis suivent les considérations concernant les facteurs influençant la fréquence, la forme ou la localisation de la maladie, l’influence des races, l’hérédité ou l’influence familiale, la constitution, l’âge, le surmenage, l’alimentation, l’hygiène générale, etc. et le premier chapitre se termine par une étude sur l’importance sociale de la tuberculose dans les divers pays.

            Dans la deuxième partie, les principes et les méthodes de diagnostic et de prophylaxie sont exposés avec beaucoup de détails. L’auteur y traite nécessairement la question du dépistage de la tuberculose (réactions basées sur la recherche de l’allergie spécifique, les examens radiologiques, les divers examens bactériologiques, la question des méthodes utilisés pour réduire la contagion bacillaire, la collapsothérapie, les mesures d’isolement, la désinfection des maisons infectées et des objets contaminés, l’éducation prophylactique de la famille et de la population).

            Dans un long chapitre, la question de la prémunition ou vaccination contre la tuberculose est exposée avec les constatations faites en ce domaine dans notre pays et à l’étranger.

            Enfin, dans la troisième partie, l’organisation de la prophylaxie antituberculeuse est exposée avec beaucoup de détails et comporte des directives relatives au fonctionnement des dispensaires, des préventoriums, des sanatoriums, à l’assistance post-sanatoriale, aux centres d’hospitalisation, etc.

            Toutes ces questions sont traitées avec les données acquises dans notre pays, lesquelles données sont complétées et comparées avec celles enregistrées dans la plupart des pays d’Europe.

            En un mot, ce livre constitue un ouvrage magistral, où tous ceux qui s’occupent de tuberculose peuvent trouver des données de très grand intérêt.

            Enfin, en 1948, Gengou a publié un travail : « Contribution à l’étude de la dispersion des suspensoïdes », et en 1950 deux intéressantes contributions, l’une « Sur l’action du citrale sodique sur les composés peu solubles de Ca et Ba », et l’autre « Sur les phénomènes d’adsorption ».

            Ces publications sont, en réalité, la suite de recherches poursuivies depuis des années et exposées notamment dans les Archives Internationales de Pharmacodynamie et de Thérapie.

Bruxelles, le 14 avril 1951.

            M. le Président. – Vous avez entendu la lecture des rapports relatifs au prix du Docteur de Give de Muache.

            Quelqu’un a-t-il des observations à présenter ?

            Aucune remarque n’étant formulée, nous déclarons que ces rapports sont adoptés et que le prix du Docteur de Give de Muache est décerné à M. O. Gengou, Membre titulaire.

            Je prie M. le Vice-Président Wattiez de bien vouloir inviter M. Gengou à rentrer en séance.

-  L’entrée de M. Gengou se fait devant l’assemblée debout, qui applaudit longuement le lauréat.

M. le Président. – J’ai l’honneur et le grand plaisir de proclamer que le prix du Docteur de Give de Muache est attribué à M. Octave Gengou, à l’unanimité de l’Académie, et je félicite très cordialement notre Collègue de cette haute distinction.

La proclamation solennelle aura lieu dans notre séance du mois de juin. (Nouveaux applaudissements.)

M. O. Gengou. – Monsieur le Président, je tiens à vous remercier immédiatement de la communication que vous venez de faire, et je prie l’Académie de croire que je me sens très honoré de la décision qu’elle vient de prendre.

   Je remercie également la Commission du concours pour le prix du Docteur de Give de Muache pour la grande bienveillance avec laquelle elle a apprécié mes travaux scientifiques.

   Ma gratitude va aussi à celui ou ceux de ses Membres qui a ou ont pris l’initiative de me proposer pour cette haute distinction, dont je me réjouis sincèrement. (Applaudissements.)

Séance du 26 mai 1951.