Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire présenté par M. P. Moureau, de Liège, sous le titre : "Considérations sur les transfusions hétéro-spécifiques

Rapport de la Commission chargée d’examiner le mémoire présenté par M. P. Moureau, de Liège, sous le titre : « Considérations sur les transfusions hétéro-spécifiques »

            La Commission était composée de MM. R. Bruynoghe, rapporteur, et E. Renaux, Membres titulaires.

            Le travail présenté par le Professeur P. Moureau concerne les transfusions hétéro-spécifiques. L’opinion de l’auteur concernant les dangers de celles-ci a fort changé au cours des dernières années.

            Après quelques données historiques concernant la question des groupes sanguins et du facteur Rh, l’auteur traite dans la première partie de son mémoire le danger des donneurs universels dans les transfusions.

            Soit dit en passant, beaucoup de cliniciens conseillent de ne pas se servir des donneurs universels dans les transfusions massives, mais d’utiliser dans ces cas des donneurs du groupe du patient.

            L’auteur signale à ce sujet qu’en 1936 on a transfusé sans prendre aucune précaution, chez 20 patients du type A1 (malades du service chirurgical) 500 cm3 de sang du groupe O sans observer le moindre incident. Les sangs transfusés étaient cependant fort riches en agglutinines anti-A.

            Ces constatations avaient convaincu l’auteur que le sang des donneurs universels pouvait être utilisé dans toutes les transfusions. Son avis à ce sujet a changé ces derniers temps à la suite d’accidents observés par d’autres auteurs et aussi à la suite de ses propres observations.

            Il rapporte dans son travail deux observations personnelles. La première concerne une femme enceinte qui, par rupture d’une grossesse extra-utérine, dut subir une transfusion massive de sang du groupe O. La personne en question était du type A2 et, de ce chef, ses globules et ses tissus absorbèrent les agglutinines anti-A2 du sang transfusé alors que les agglutinines anti-A1 se maintinrent dans son organisme pour en disparaître à leur tour au bout de trois jours.

            Le comportement différent des agglutinines et des hématies n’a pas attiré l’attention de l’auteur, les globules O se maintenant dans l’organisme de la transfusée durant environ deux mois et les agglutinines du sang transfusé disparaissant après 2 à 3 jours. On ne peut toutefois pas expliquer cette disparition par absorption sur les hématies, la personne étant du groupe A2 et ne possédant de ce chef ni dans ses hématies ni dans ses tissus l’agglutinogène A1.

            L’auteur prétend que si l’on avait transfusé à cette personne du sang du groupe A1 , des accidents auraient dû survenir. Etant donné que cette transfusion n’a pas été faite, on ne peut pas en établir les conséquences.

            La deuxième observation concerne une femme de 72 ans, du groupe A1, qui dut subir une transfusion de 500 cm3 de sang du groupe O lors d’une intervention pour obstruction intestinale par tumeur.

            Le lendemain de l’intervention, la malade présenta un ictère net et mourut 8 jours après l’opération.

            Le Dr Moureau fit en vain une masse de recherches pour découvrir les causes de cet accident. Soit dit en passant aussi les épreuves de compatibilité entre le sérum de la malade et les globules du donneur, épreuves pratiquées en milieu salin et en milieu albumineux, n’avaient révélé aucune incompatibilité.

            Dans la seconde partie de son travail, l’auteur envisage les conséquences de l’hétérospécificité dans les cas d’iso-groupes.

            Après avoir rappelé les accidents qui peuvent survenir chez les personnes recevant du sang de leur groupe mais soumises à des transfusions répétées, accidents résultant d’immunisations anti-M, anti-N et surtout anti-Rh, l’auteur relate quelques observations d’accidents survenus dans les cas de transfusions d’urgence chez des femmes immunisées au cours de la grossesse contre le facteur Rh et recevant lors de la transfusion du sang Rh+.

            Le cas rapporté dans l’observation n°3 n’eut heureusement pas une issue fatale. Il s’agit d’une femme ARh – immunisée contre le facteur Rh au cours de ses grossesses et qui reçut du sang du groupe O Rh+, donc pas iso-groupe et qui présenta à la suite de cette transfusion des troubles graves, heureusement non mortels.

            Nous devons déclarer que dans ce cas une faute grave a été commise. Tous les auteurs sont d’accord pour admettre qu’il faut, dans les cas de l’espèce, recourir à du sang Rh -. Autrement, l’auteur du travail a écrit que dans les transfusions d’urgence il n’y a pas lieu de tenir compte du facteur Rh. Son avis à ce sujet a, sans aucun doute, changé depuis.

            Quant aux conséquences graves que l’injection de sang Rh+ peut entraîner chez les femmes Rh – au point de vue des grossesses futures, la littérature nous renseigne à ce sujet et l’exemple rapporté par l’auteur confirme ce qui est établi.

            L’observation 6 concerne une femme atteinte d’un cancer du rectum et qui présenta des accidents à la suite d’une transfusion pratiquée avec du sang qui avait donné dans l’épreuve de compatibilité directe pleine satisfaction.

            L’auteur pense que l’accident pourrait être en rapport avec l’hypersensibilité de cette personne pour le blanc d’œuf. Rien ne prouve le bien-fondé de cette hypothèse.

            Il en est de même du dernier cas rapporté dont il croit pouvoir attribuer les accidents survenus à la suite de la transfusion à l’existence d’agglutinines anti-P et il n’a pas établi que le sang transfusé était P+.

            Il termine son mémoire en recommandant l’épreuve de la compatibilité directe qui, si l’on s’en rapporte aux cas étudiés et rapportés par l’auteur, ne nous met pas toujours à l’abri d’accidents.

            Nous proposons de remercier l’auteur, d’insérer son travail dans le Bulletin et d’inscrire son nom, en raison de toutes ses publications, sur la liste des aspirants au titre des Correspondant de l’Académie.

            Ces propositions sont adoptées.

            Séance du 24 février 1951.