Académie royale de Médecine de Belgique

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Résumé Léonard Jan Bruce-Chwatt, correspondant étranger

(Séance du 21 décembre)

LA LUTTE CONTRE LE PALLUDISME 105 ANS APRÈS LAVERAN  

par Léonard Jan BRUCE-CHWATT (Wellcome Museum of Medical Sciences – London), correspondant étranger.  

C’est en 1880 qu’un médecin militaire français, Alphonse Laveran, découvrit la cause parasitaire du paludisme, la maladie ancienne et meurtrière répandue dans tous les pays tropicaux, mais également bien connue dans plusieurs pays en climat tempéré.  C’est en 1897 que le mystère de la transmission de ce parasite fut dévoilé par Ronald Ross, médecin-major de l’armée des Indes.  Depuis lors la lutte contre le paludisme est menée par presque toutes les nations du monde, avec l’utilisation d’une arme à double tranchant : les médicaments antipaludiques, d’une part, et, d’autre part, les divers moyens susceptibles de combattre le moustique vecteur.  Dans cette lutte, le rôle des médecins et chercheurs belges fut éminent et glorieux.

Il y a trente ans, l’Organisation mondiale de la Santé a décidé de mettre sur pied un programme global d’éradication du paludisme.  Malgré les succès enregistrés dans plusieurs pays à la périphérie de la distribution naturelle du paludisme, on s’est bientôt aperçu que cette tâche immense de l’éradication n’était pas possible, étant donné l’importance des problèmes techniques, tels que la résistance des moustiques aux insecticides et celle des parasites aux médicaments.  En outre, les conditions socio-économiques constituaient des obstacles infranchissables.

Aujourd’hui la stratégie de la lutte contre le paludisme dans l’orbite du concept des soins de santé primaire, repose sur des méthodes mieux adaptées au contexte épidémiologique des pays en voie de développement.  D’autre part, les progrès récents de l’Immunologie apportent l’espoir de l’utilisation du vaccin antiplasmodique.

Les années à venir devront envisager la coordination de la recherche scientifique avec la formation de cadres locaux et la collaboration de communautés entières, soutenues par une assistance internationale Mais qu’on ne se leurre pas : le paludisme à l’échelle mondiale ne pourra être anéanti par un médicament merveilleux, un insecticide magique ou un vaccin miraculeux, si les conditions sociales et économiques du tiers-monde ne s’améliorent pas rapidement.

SUMMARY

In 1880 a french army doctor, Alphonso Laveran discovered in Algeria the parasite, which causes the ancient and deadly disease, widespread in all tropical countries but also well known in many temperate areas of the world.  In 1897 the mystery of its transmission by the mosquito had been revealed thanks to Major Ronald Ross, of the british army in India.  Since then the fight against malaria was initiated in nearly all countries of the world using double-edged weapons : antimalaria drugs and various methods attacking the insect vector.  In this great campaign the role played by Belgian medical workers and scientists was well known and brilliant.  Thirty years ago, the “World health organization” set up a global program of malaria eradication.  Although successful at the periphery of the natural distribution of malaria, it soon became evident that the immense task of eradication of this disease was not possible, for technical reasons, such as resistance of mosquitos to insecticides and of malaria parasites to a succession of drugs; moreover socio-economic conditions of developing tropical countries presented obstacles impossible to overcome.  Today the strategy of anti-malaria campaigns, within the orbit of the concept of primary health care, is based on methods better adapted to epidemiological situation of the third world.  Furthermore, the recent progress of immunology had opened ways for the development of malaria vaccine.  The future years require a coordination of scientific research, the formation of indigenous cadres of health workers and the collaboration of whole communities with an international assistance.  But we must not deceive ourselves, that the global menace of malaria can be removed by a marvelous drug, a magic insecticide or a miraculous vaccine without a rapid and lasting improvement of social and economic situation of the third world.