Académie royale de Médecine de Belgique

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Vidéo et éloge de feu le Pr André Govaerts, membre honoraire et ancien Président

par Michel GOLDMAN, membre titulaire.

André Govaerts a choisi de nous quitter le 16 avril 2015. Avec sa disparition, la Faculté de Médecine perd avant tout un médecin immunologiste de grand talent, qui aura marqué l'histoire de la  transplantation d'organes. Comme l'a souligné Jan Klein dans son traité de référence, l'expérience d'André Govaerts démontrant la participation de lymphocytes cytotoxiques au rejet de la greffe rénale chez le chien représente une contribution essentielle à l'immunobiologie (1,2). Elle ouvrira la voie à l'utilisation clinique des anticorps anti-lymphocytaires pour le traitement et la prévention du rejet des greffes.  André Govaerts s'inscrit ainsi dans la tradition familiale inaugurée par son grand-père Jules Bordet, Prix Nobel de Physiologie ou Médecine en 1919, et perpétuée par son père Jean Govaerts, auteur en 1960 de la première transplantation rénale en Belgique avec Georges Primo.

Passionné par la recherche, André Govaerts fréquente l'Institut Pasteur du Brabant comme chercheur libre avant même d'être diplômé docteur en médecine de l'ULB avec grande distinction en 1954. C'est à l'hôpital Brugmann, sous la direction de Pierre-Paul Lambert, qu'il se spécialise en médecine interne, discipline dont il se revendiquera jusqu'à la fin de sa vie. Il poursuit parallèlement ses activités de recherche qui l'amèneront à la « Harvard Medical School » de Boston où il fréquentera les pionniers de la transplantation d'organes. A son retour, il retrouve pour quelques années l'Hôpital Brugmann avant de migrer en 1966 vers l'hôpital Saint-Pierre où il prend la direction du service d'Immunologie-Transfusion sanguine. Il marquera aussi l'histoire de la Faculté de Médecine et de ses hôpitaux en tant que Professeur et Directeur du laboratoire d'Immunologie (1971-1995), Doyen de la Faculté (1971-1976), et premier Président du Conseil de Gestion de l'Hôpital Erasme (1977-1979).

Parallèlement, André Govaerts créera et dirigera de 1972 à 1982 le premier Laboratoire national d'Histocompatibilité agréé par le Conseil de l'Europe. Il sera aussi durant vingt ans le Médecin-Directeur du Service central de Transfusion sanguine de la Croix-Rouge de Belgique (1966-1985)

André Govaerts était membre de l'Académie royale de Médecine de Belgique qu'il présida en 1992. Il siégeait également à l'Académie de Médecine de France. De 1995 à 2005, il se consacrera à la Fédération Européenne des Académies de Médecine dont il fut le Secrétaire Général avant d'en assurer la Présidence.

Doué d'une brillante intelligence et d'un esprit vif et subtil, André Govaerts était soucieux des moindres détails, tant dans la conduite de ses recherches que dans la rédaction de ses publications. En toute circonstance, il accordait une priorité absolue à l'établissement de preuves irréfutables de ce qui était avancé. C'est sans doute ce trait de personnalité qui sous-tendra les événements à l'origine de son départ de l'Hôpital Saint-Pierre. Il partagera alors son temps entre Bruxelles et Paris, où il oeuvrera dans le laboratoire du Collège de France de son ami Jean Dausset, Prix Nobel de Médecine. Il y réalisera notamment un travail reconnu sur les facteurs génétiques intervenant dans la sclérose en plaques (3).  De 1981 à 1987, il sera également le titulaire de la chaire d'Immunogénétique à la Fondation de France.

Discret par nature, il l’était particulièrement sur sa vie extra-professionnelle au cours de laquelle il a consacré toute son attention aux siens. Lorsque son épouse, Monique Lepicard, eut à affronter une affection particulièrement pénible, il se révéla un mari exemplaire à tous égards, ne ménageant aucun effort pour l'assister au mieux dans son combat quotidien. Dans son propre combat contre la maladie, il sera soutenu par Janine Limpens qui l'accompagnera jusqu'à la fin de sa vie.

D'une érudition remarquable, André Govaerts impressionnait aussi pas sa classe naturelle et son élégance. Au cours des dernières années, il a lucidement analysé l'affection qui le frappait, entraînant une déchéance progressive qu'il ne pouvait tolérer. Il nous a alors donné sa dernière leçon, en décidant de tirer sa révérence.

Références :

1. KLEIN J., In Immunology: The science of self/non self discrimination, John Wiley ed., p. 458 (1982).

2. GOVAERTS A., Cellular antibodies in kidney transplantation, J. Immunol. 85: 516-522 (1960).

3. GOVAERTS A., GONY J., MARTIN-MONDIÈRE C., POIRIER J.C., SCHMID M., SCHULLER E., DEGOS J.D., DAUSSET J., HLA and multiple sclerosis: population and families study, Tissue Antigens 25: 187-199 (1985).