Académie royale de Médecine de Belgique

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Décès des Prs Marc Herlant et Maurice Welsch, membres titulaires, et du Dr Stanley Browne, membre honoraire étranger

(Séance du 22 février 1986)  

(Annonce faite par le Président Jean LEQUIME)

Décès des Professeurs Marc HERLANT et Maurice WELSCH, membres titulaires, et du docteur Stanley BROWNE, membre honoraire étranger.

Il est pour les sociétés, comme pour les hommes, des jours fastes et des jours néfastes.

Notre Académie vient de connaître quelques jours néfastes.  A très peu de temps d’intervalle, elle a en effet perdu trois de ses membres parmi les plus éminents : les Professeurs Marc Herlant, Maurice Welsch et le docteur Stanley Browne. 

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La disparition du Professeur Herlant m’a profondément affecté.  Il était un peu plus âgé que moi mais nous avions commencé et terminé nos études de Médecine ensemble, en nous disputant les grades.  Notre amitié était réelle et durable comme le sont celles que l’on contracte au cours de sa jeunesse.  Son œuvre et son attachante personnalité seront analysées ultérieurement, mais je m’en voudrais de ne pas, dès aujourd’hui, évoquer brièvement sa carrière.

Marc Herlant est né à Bruxelles le 3 mars 1907.  L’Université libre de Bruxelles l’a proclamé docteur en Médecine avec grande distinction le 7 juillet 1932.

Déjà au cours de ses études, il fréquentait le laboratoire que dirigeait le Professeur Pol Gérard et il se passionnait pour les aspects histophysiologiques de l’Endocrinologie.  Le travail qu’il entreprit à cette époque sur le conditionnement des caractères secondaires chez les reptiles lui ouvrit le concours des bourses de voyage du gouvernement belge.  Son succès à ce concours fut couronné par l’octroi d’une bourse de voyage à l’étranger.  Son choix se porta sur le laboratoire du Professeur Robert Courrier, qui était considéré comme un maître incontesté de l’Endocrinologie expérimentale.

Le séjour d’un an que fit le Professeur Herlant dans le laboratoire du Professeur Courrier eut sur le déroulement de sa carrière une influence décisive.  Un attachement profond devait désormais le lier au Professeur Courrier et, outre une affection quasiment filiale, il n’a jamais cessé de le considérer comme son véritable Maître : c’est lui qui, en réalité, a orienté sa destinée.

De retour en Belgique, Marc Herlant fut astreint à faire une longue carrière d’anatomo-pathologiste, avant d’accéder à la chaire d’Histologie à laquelle il aspirait de longue date.  Son attirance pour l’hypophyse, acquise durant son séjour à Alger, était demeurée intacte, et c’est tout d’abord en qualité d’anatomo-pathologiste qu’il lui consacra ses premières recherches, toujours suivies de loin par le professeur Courrier qui, entre-temps, avait été élu à la chaire de Morphologie animale au Collège de France.  Marc Herlant devait fréquenter assidûment son laboratoire.

En 1945, Marc Herlant passa avec succès une thèse consacrée à l’hypophyse humaine.  Ce succès lui valut le titre d’agrégé de l’enseignement supérieur puis, en 1948, celui d’agrégé de l’Université.

En 1949-1950, à la suggestion du professeur Courrier, le Professeur Marc Herlant fit un séjour d’un an à Montréal dans le laboratoire de Médecine expérimentale dirigé par le Professeur Selye, endocrinologiste de grand renom, alors au faite de sa gloire.  Le Professeur Herlant y fut reçu comme professeur-visiteur.

Nommé peu après professeur d’Histologie à l’Université de Bruxelles, le Professeur Herlant décida d’en faire un centre d’étude plus particulièrement consacré à l’hypophyse et au complexe hypothalamo-hypophysaire.  Il eut l’ambition d’y recevoir des chercheurs étrangers et de contribuer à leur formation comme l’avait fait pour lui le Professeur Courrier, plus de vingt ans auparavant.  Ses ambitions furent bientôt satisfaites mais c’est en France qu’il rencontra le plus d’échos.  Nombre de titulaires actuels firent leurs premières armes au laboratoire d’Histologie de Bruxelles : le Professeur Racadot, actuellement professeur d’Histologie à l’Université Pierre et Marie Curie, le Professeur Grignon, actuellement doyen de la Faculté de Médecine de Nancy, le Professeur Bugnon, Professeur d’Histologie à la Faculté de Médecine de Besançon, le Professeur Canivenc, Professeur d’Endocrinologie expérimentale à Bordeaux, Madame Tixier-Vidal, directrice au CNRS.

Le Professeur Marc Herlant a été convié à faire de nombreuses conférences en France et en Afrique francophone, principalement.

Il a été invité à conférencier à de multiples reprises au Collège de France et y a participé aux enseignements des Professeurs Courrier et Benoit.  Il a en outre été invité comme conférencier à Lille, Rennes, Nantes, Toulouse, Marseille, Besançon et Strasbourg, tant à la Faculté des Sciences qu’à la Faculté de Médecine.

Un projet lui tenait fort à cœur, dont il entrevoyait la réalisation avec la collaboration du Professeur Canivenc, intéressé comme lui à l’Endocrinologie comparée des vertébrés : la création d’un groupe de laboratoires consacrés à l’étude des animaux sauvages. 

Grâce à l’aide des Professeurs Grasse et Courrier, ce projet fut favorablement accueilli par le CNRS.  Ainsi devait naître le centre d’études des animaux sauvages, centre subsidié par le CNRS et situé en forêt de Chizé (Deux-Sèvres).  De ce centre sont déjà sortis de nombreux travaux.  En 1969, le CNRS élisait le professeur Herlant, membre du comité de direction du centre et, en 1971, à la demande du Professeur Vivien, titulaire de Zoologie à l’Université de Strasbourg, le CNRS l’élisait membre du comité de direction du laboratoire d’applications biologiques de Cronenbourg.

Elu Correspondant de l’Académie royale de Médecine de Belgique en 1969, le Professeur Marc Herlant en est devenu membre titulaire en 1973.

Il a été élu Correspondant de l’Institut de France en 1971, et membre associé étranger en 1978.

Il était Correspondant de l’Académie nationale de Médecine de Paris et Correspondant étranger de la Société de Biologie.

Le docteur Marc Herlant était docteur « honoris causa » des Universités de Besançon, Bordeaux, Nancy, Strasbourg et de l’Université Paris VI, Pierre et Marie Curie.  Enfin, je rappellerai qu’en 1956, il avait reçu le prix des Académies de l’Institut de France.  C’est donc une personnalité d’un format peu commun qui disparaît.

Le Bureau de l’Académie a, en votre nom, adressé ses condoléances très émues à Madame Marc Herlant, membre de la Classe des Sciences de l’Académie royale de Belgique.      

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Le Professeur Maurice Welsch, décédé le 11 février dernier, était né en 1910.

Docteur en Médecine de l’Université de Liège, en 1934, Master of Sciences (Microbiology) de la Rutgers University, New-Brunswich en 1942, il fut proclamé agrégé de l’enseignement supérieur en 1948.

Dès 1935, il fut nommé assistant au laboratoire de Bactériologie de l’Institut provincial Ernest Malvoz et assistant au laboratoire de Bactériologie de l’Université de Liège, dans le service du Professeur André Gratia.

En 1937, il devint « Fellow » au « National Institute for medical research (London) » et, de 1939 à 1941, « C.R.B. graduate fellow » de la « Belgian-american educational foundation », au « Rockfeller Institute for medical research (Princeton) », puis au département de Microbiologie de la « Rutgers University » à New-Brunswick.

Il passa les dernières années de la guerre en Grande-Bretagne dans les services des Forces armées belges.

Rentré à Liège, au département de Bactériologie, il devint successivement chef de travaux, agrégé de l’Université, chargé de cours, professeur extraordinaire, professeur ordinaire et titulaire de la chaire de Microbiologie générale et médicale où il succéda à son Maître Gratia.  Il enseigna non seulement à la Faculté de Médecine, mais aussi à la Faculté des Sciences et à celle des Sciences appliquées.

En 1960, il devait devenir doyen de la Faculté de Médecine et il le resta pendant dix ans.  De 1971 à 1977, il fut le recteur de l’Université de l’Etat à Liège.

L’œuvre scientifique du Professeur Maurice Welsch (plus de 400 publications), son étonnante personnalité, ainsi que les travaux qu’il inspira à de nombreux collaborateurs, seront largement évoqués dans une séance ultérieure.

Je me bornerai à quelques commentaires.

Ses premières recherches en Microbiologie ont porté sur deux sujets principaux : a) le diagnostic bactériologique de la diphtérie et la biologie des corynébactéries ; b) les activités bactériolytiques des  streptomyces et de leurs filtrats de culture ou actinomycétine.

Le dernier sujet l’a conduit à étudier d’autres phénomènes de bactériolyse, notamment l’autolyse et les effecteurs de l’autolyse, les staphylophages et les actinophages, la lyse pénicillinique et le substrat cytologique de ces manifestations.

D’autre part, la bactériolyse n’étant qu’une des manifestations de l’antibiose, il a été amené à l’intéresser aux antibiotiques en général, et plus spécialement à la résistance microbienne à la streptomycine, ainsi qu’à divers agents antibiotiques particuliers : actinomycine, auréomycine, chloramphénicol, polymyxine, subtiline, iturine, rifamycine, agents de synthèse.

Maurice Welsch devait s’intéresser à bien d’autres problèmes de Microbiologie et aussi, en raison de ses fonctions de doyen puis de recteur, à d’importantes questions relatives à l’organisation des universités.

Les distinctions scientifiques ne manquèrent pas à notre collègue.  Je rappellerai simplement qu’il était docteur « honoris causa » des Universités de Lille et de Turin, Membre d’honneur de l’Association espagnole de Biopathologie clinique, titulaire de la plaquette d’honneur de la Province de Liège, etc…

Elu Correspondant de l’Académie royale de Médecine de Belgique en 1959, il en devint Membre titulaire en 1962 et en assuma la vice-présidence puis la présidence de 1975 à 1977.  Il aimait l’Académie et participait activement à ses travaux.  Il fit partie d’innombrables commissions.

J’ai, en particulier, siégé avec lui dans une commission qui, sous la houlette de notre collègue Van Gehucthen, s’est réunie chaque semaine, pendant plus d’un an.  Le but recherché était de présenter un plan de création et de structuration des enseignements spécialisés.  Ce rapport eut un grand retentissement tant auprès des universités qu’auprès des instances ministérielles.

Je me rappelle, à ce propos, que j’avais eu l’idée assez naïve que l’on pouvait très bien considérer que telle université organise un enseignement donné et qu’un autre université en organise un autre, en se basant sur les ressources en hommes et en matériel dont elles disposent.  Dès lors, un étudiant ayant fait ses études dans une université donnée, aurait pu se spécialiser dans une autre.  M. Welsch me dit avec sa sagesse accoutumée : « Mon cher collègue, vous faites des vœux excellents mais qui resteront pieux ; vous comprenez bien que chaque université voudra enseigner toutes les spécialités ! ».  Bien entendu, il avait raison.

Maurice Welsch était un collègue éminent qui vient de disparaître.  L’Académie royale de Médecine gardera son souvenir et s’associe pleinement au deuil cruel qui frappe Madame Welsch et sa famille

Le docteur Stanley Browne qui vient de nous quitter, était né en 1907.

Il avait poursuivi de brillantes études au « King’s College » et au « King’s College Hospital » de la « London University » et à l’Institut de Médecine tropicale d’Anvers.

Toute sa carrière a été consacrée à la Pathologie tropicale : douze ans de sa vie se passèrent dans les services médicaux de l’ex-Congo belge et plus de 18 ans dans les services officiels de la Grande-Bretagne au Nigéria.

Il laisse plus de 450 publications concernant essentiellement la lèpre, l’onchocerose, la filariose et la dermatologie tropicale.

Les titres ne lui manquèrent pas ; j’en citerai quelques-uns : associé du « King’s College » ; président de la « Royal society of tropical Medicine and Hygiene » ; membre du comité directeur de l’Association internationale Docteur Schweitzer ; membre du comité directeur de la société internationale de Pathologie tropicale ; secrétaire de l’association internationale contre la lèpre ; directeur des cours de Léprologie pour les médecins d’Afrique francophone (Dakar), etc…

Le docteur Stanley Browne était incontestablement un grand ami de la Belgique ; il n’a jamais manqué, chaque fois qu’il en eut l’occasion, de défendre notre action médicale en Afrique, devant les plus hautes instances internationales, médicales ou politiques.

Officier de l’Ordre de l’Empire britannique, il fut – distinction assez rarement accordée à un étranger – Officier de l’Ordre de Léopold II et Commandeur de l’Ordre de Léopold.

En 1979, étant donné ses immenses qualités, il fut, à titre exceptionnel, proposé d’emblée en qualité de membre honoraire étranger de l’Académie royale de Médecine de Belgique par une commission composée de MM. M. Welsch, G. Bruynoghe, R. Vanbreuseghem, P. Fredericq et J. Beumer.        

Il avait fait, devant notre Compagnie, une lecture mémorable intitulée : « Le contrôle de la lèpre : chimères et possibilités ».  Par permission expresse de l’Académie, cette lecture sera aussi publiée, en anglais, dans la revue « Acta leprologica ».  C’est certainement une grande figure qui disparaît.

L’Académie royale de Médecine de Belgique a exprimé à la famille du docteur Browne, ses condoléances les plus sincères.