Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le travail manuscrit présenté par M. S. Lapière, de Liège, sous le titre :"Les maladies cutanées et vénériennes au Congo belge"

La Commission était composée de MM. J. Roskam et A. Dubois.

            Le travail de M. Lapière, professeur de Clinique dermatologique à l’Université de Liège, comporte une révision générale de la pathologie cutanée au Congo, tant chez les Blancs que chez les Noirs. Il est basé essentiellement sur l’expérience réalisée par l’auteur au cours d’un récent voyage, dans une moindre mesure sur les connaissances existant dans la littérature belge ou étrangère.

            L’auteur adopte une classification des affections cutanées qui a le mérite de la clarté :

1)    affections orthergiques, c’est-à-dire où l’étiologie parasitaire ou infectieuse est essentielle ;

2)    affections allergiques, où la réaction – peu variée – est suscitée par des allergènes divers ;

3)    affections dystrophiques, familiales, etc., d’étiologie du reste obscure.

Peut-être la distinction entre orthergique et allergique est-elle trop absolue. L’allergisation intervient souvent au cours des affections parasitaires (syphilis, pian, lèpre, gale même, comme l’auteur, à la suite de Mellanby, le remarque en parlant de l’acare). En fait, les affections orthergiques sont parasitaires, ou infectieuses, ou encore relativement spécifiques.

La pathologie des Européens n’a rien suggéré de bien particulier M. Lapière, ni par sa fréquence, ni par ses modalités. M. Lapière fait la part grande en dermatologie aux facteurs psychosomatiques, et on ne peut lui donner tort. L’hygiène privée des Européens est, au point de vue cutané, le facteur protecteur contre les conséquences du climat, chaud et humide, et contre les affections du milieu indigène. Ces dernières sont essentiellement orthergiques : gale sarcoptique quasi universelle, ulcères microbiens (où l’on est étonné de voir citer  la diphtérie) et, enfin, filarioses.

La pathologie de cette affection est décrite d’une façon personnelle qui peut-être ne convaincra pas tous les médecins coloniaux, mais qui est intéressante au moins à titre d’hypothèse de travail.

            La lèpre est apparue à l’auteur comme moins grave chez le Blanc, ce qui paraît exact. Attribuer cette bénignité – toute relative – à l’immunité raciale n’explique pas grand-chose. En fait, pour l’auteur, immunité raciale semble ici surtout un facteur d’adaptation et sélection.

La tuberculose cutanée est rare : l’auteur a vu deux lupus. On regrette qu’il ne donne pas de description de ces cas, inconnus jusqu’à présent.

Le pian a aussi intéressé M. Lapière et il décrit un cas tertiaire cutané, chose que la plupart des médecins coloniaux admettent comme réelle, sans du reste pouvoir bien la distinguer de la syphilis.

            L’auteur semble admettre que le pian immuniserait contre la syphilis, sans en fournir une preuve bien certaine. Ici encore le terme d’immunité raciale est employé, mais ne signifie en fait que la différence entre Blancs et Noirs due à un facteur d’immunité supposée.

            Les maladies vénériennes sont spécialement importantes. La syphilis aurait une adénopathie souvent suppurée, ce qui sans doute ne correspondra pas à l’expérience de tous. La syphilis tertiaire n’était pas autrefois si rare que l’auteur le croit, et la paralysie générale se développe.

On sait depuis peu, et l’auteur le confirme, l’importance de la maladie de Nicolas-Favre.

            Au contraire, les affections non parasitaires sont rares : psoriasis, lichen plan, eczéma. L’auteur ne signale pas la frappante rareté de la pelade. Parmi les tumeurs, les épithéliomas basocellulaires sont très rares. On sait la fréquence de l’angiomatose de Kaposi.

            Du point de vue prophylaxie, M. Lapière indique la nécessité d’une vaste campagne d’hygiène générale : propagande pour la propreté, eau, savon, vêtements, maisons, Pian, gale, lèpre, etc. disparaîtront, pense-t-il, devant le savon. C’est très probablement exact, donc souhaitable et pas tellement coûteux.

            Contre les affections vénériennes – et le plan, à thérapeutique analogue – l’auteur conseille de vastes campagnes de pénicillinothérapie (2.400.000 U. en une fois).

            Le travail est accompagné de 20 photographies, la plupart intéressantes, mais dont toutes ne sont pas nécessaires. L’extraordinaire éléphantiasis de la face est d’une telle beauté qu’il faut le publier.

            Nous en avons assez dit pour faire comprendre que ce travail, qui comprend encore beaucoup de détails intéressants, sera lu avec profit, notamment par les médecins coloniaux. Rien de plus précieux que cette relation d’un homme ayant une vaste expérience européenne, et pas de préjugés « tropicaux ».

            En conséquence, nous proposons à l’Académie d’adresser des remerciements à M. Lapière pour l’envoi de son très intéressant mémoire, de publier celui-ci dans le Bulletin de la Compagnie et d’inscrire le nom de son auteur sur la liste des aspirants au titre de Correspondant de l’Académie. Nous croyons, d’autre part, devoir exprimer le vœu que le travail de M. Lapière soit diffusé parmi les médecins de la colonie, sous forme de tiré à part, par l’intermédiaire du médecin en chef.

            Ces conclusions sont adoptées.

         Séance du 26 avril 1952