Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire déposé par le Prof. R. Vanbreuseghem sous le titre : "Essai de mise au point sur l'histoplasme africain"

La Commission était composée de MM. E. Renaux, P. Bordet et A. Dubois, rapporteur.

            L’auteur à qui nous devons tant de progrès en mycologie congolaise a entrepris de faire le point de la question encore discutée de l’histoplasmose africaine.

            Après quelques mots d’historique – l’histoplasmose a fait l’objet de ses recherches depuis plusieurs années -, il passe en revue les cas publiés qui lui paraissent, en vertu de la localisation géographique et de l’existence de grandes formes parasitaires, appartenir à « l’histoplasmose africaine ».

            Il en compte 25 cas tous observés en divers pays africains situés entre le Sahara et le Kalahari.

            Il tente après cela de donner une image clinique de l’affection tout en reconnaissant l’insuffisance numérique des cas. Que serait notre connaissance clinique de la tuberculose si elle reposait sur 25 isolements de bacilles des exsudats de lésions diverses ?

            Dans cette description clinique il attribue à l’histoplasmose africaine une bénignité relative et souligne la fréquence de l’atteinte cutanée et osseuse opposée à la rareté des lésions pulmonaires.

            Sur les 25 cas la peau est atteinte 15 fois, les os 10 fois, les ganglions lymphatiques 6 fois, les viscères 5 fois et les muqueuses 1 fois.

            Cette fréquence de l’atteinte cutanée n’existe pas dans l’histoplasmose classique où les lésions et syndromes pulmonaires sont communs.

            Cette allure clinique assez particulière associée à la distribution africaine d’une part, au caractère gigantocellulaire de la réaction tissulaire d’autre part, justifie l’appellation d’histoplasmose africaine.

            Le mycologiste recherche ensuite les critères différenciant H. capsulatum, agent de l’histoplasmose classique, de l’agent de l’histoplasmose africaine qu’il a nommé H. Duboisii.

            Il a déjà été fait mention de l’importance de l’existence de grandes formes parasitaires et corollairement du fait que jamais les petites formes classiques n’ont été vues chez les malades cités. On sait que chez le cobaye inoculé de mycélium (forme saprophyte) on voit celles-ci apparaître rapidement (forme dite capsulatum, intrahistiocytaire), puis être remplacées par les grandes formes qui sont incluses dans des cellules géantes. Cette transformation – vraisemblablement irréversible chez les malades – explique qu’on ne trouve chez eux que les grandes formes.

            Sans doute a-t-on observé parfois de grandes formes au cours d’histoplasmose classique mais c’est là cas exceptionnel et noté en des conditions spéciales : tissus nécrosés ou explants tissulaires.

            Par contre la phase saprophytique des deux types ne présente guère de différence sous la forme mycélienne (culture à température de la chambre) et de faibles différences sous la forme de levure (culture à 37°).

            Récemment des études biochimiques et immunologiques ont paru différencier les deux formes mais il s’agit de recherches qui doivent encore être confirmées.

            Quelques considérations sur l’épidémiologie – encore vague – et la thérapeutique – où récemment l’Amphotéricine B a ouvert des perspectives favorables – terminent ce travail.

            L’auteur conclut en affirmant la spécificité nosologique de l’histoplasmose africaine, reposant vraisemblablement sur un parasite spécifique différent – espèce ou variété – de H. capsulatum.

            Votre Commission est d’avis que le travail présenté constitue une mise au point d’excellente qualité en une question encore obscure et vous en propose la publication. Elle croit devoir rappeler que l’auteur a déjà présenté à notre Compagnie divers travaux et elle vous propose de l’inscrire sur la liste des candidats au titre de Correspondant.

            Ce rapport est adopté à l’unanimité.

            Séance du 25 octobre 1958.