Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire de M. Marcel Segers intitulé : "Le diagnostic de l'insuffisance mitrale"

La Commission chargée d’examiner ce mémoire était composée de MM. P. Govaerts et J. Roskam.

            M. le Président. – M. Roskam, ayant dû s’absenter pour un deuil de famille, a prié M. le Secrétaire perpétuel de vous donner connaissance du rapport qu’il a rédigé avec le Prof. Paul Govaerts, concernant le travail de M. Marcel Segers.

            M. le Secrétaire perpétuel. – Voici ce rapport :

            Il est parfois difficile de poser avec certitude un diagnostic d’insuffisance mitrale. En effet, le souffle caractéristique peut faire défaut alors qu’une insuffisance valvulaire existe ou bien, au contraire, on est porté à considérer comme organique un souffle dont la cause n’est pas une altération anatomique de la valvule.

            En fait, le seul signe objectif absolument certain d’insuffisance mitrale est la constatation d’un reflux de sang vers l’oreillette gauche pendant la systole ventriculaire. Ce reflux, lorsqu’il existe, détermine une expansion de l’oreillette qui peut être observée par divers procédés.

            L’un deux, dérivé des recherches de Léon Fredericq, consiste à enregistrer les mouvements imprimés par l’expansion auriculaire à un ballon placé dans l’œsophage.

            On peut aussi observer par radioscopie les déplacements qu’imprime l’oreillette gauche à l’œsophage distendu par une bouillie barytée.

            Une autre méthode, la radiokymographie, fournit des images de la silhouette cardiaque dont les bords présentent des indentations d’une profondeur proportionnelle à l’amplitude des déplacements pariétaux des cavités du cœur.

            Enfin, dans les dernières années, on a, notamment aux Etats-Unis et en France, enregistré les déplacements pariétaux et en particulier ceux de l’oreillette par une technique dénommée électrokymographie, mise au point par Henry et Boone en 1945. Cette technique consiste à placer devant l’écran fluorescent une cellule photo-électrique à l’endroit précis où se situent les mouvements d’ampliation et de retrait de l’oreillette gauche, mouvements qui font que l’éclairement est rythmiquement augmenté ou réduit. Il se produit ainsi dans la cellule photo-électrique un courant dont on enregistre, après amplification, les variations d’intensité sous forme d’une courbe que l’on peut synchroniser avec l’électrocardiogramme.

            C’est ce procédé que M. Segers a adopté pour l’étude de l’insuffisance mitrale.

            L’analyse des courbes électrokymographiques correspondant aux déplacements de l’oreillette gauche, tels qu’on peut les observer en radioscopie oblique montre qu’à l’état normal, il existe au moment de la systole, une onde de retrait. Au contraire, dans l’insuffisance mitrale, la distension auriculaire pendant la systole se traduit par une onde d’expansion.

            Cette onde d’allure normale n’était présente que huit fois parmi 19 malades âgés de plus de 50 ans et ayant un souffle systolique de pointe. M. Segers en conclut que chez les 31 autres malades ces souffles n’étaient pas explicables par une insuffisance mitrale.

            D’autre part, chez 8 sujets jeunes, ayant des antécédents rhumatismaux, mais où les signes d’auscultation n’étaient pas typiques d’une lésion mitrale, le reflux était décelable six fois.

            Dans un groupe de 25 malades jeunes présentant de la dyspnée facile et de l’oppression, sans qu’existât aucun souffle, l’électrokymographe, révélait trois fois un reflux mitral qui, dans ce cas, représentait le seul signe objectif de la lésion valvulaire.

            Enfin, chez 8 patients où la symptomatologie correspondait au rétrécissement mitral pur, il existait un reflux mitral typique, ce qui confirme une opinion souvent défendue d’après laquelle le rétrécissement mitral est presque toujours accompagné d’un certain degré d’insuffisance.

            Il n’est évidemment pas facile de déduire des observations faisant l’objet de ce mémoire quelle est la valeur diagnostique réelle d’un tel procédé, puisque ses résultats n’ont pas été confrontés avec d’autres méthodes d’exploration ou avec des examens anatomiques.

            Néanmoins l’électrokymographie mérite de prendre place parmi les procédés utilisés pour l’examen clinique du cœur.

            La Commission propose d’adresser des remerciements à M. Segers et de publier ses observations dans le Bulletin.

            Ces propositions sont adoptées.

            Séance du 16 décembre 1950.