Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le travail présenté par M. Louis Christophe, de Liège, sous le titre : "Chirurgie de l'oblitération du carrefour aortique"

La Commission était composée de MM. G. Debaisieux, rapporteur, et R. Danis. En l’absence de M. Debaisieux, empêché, la lecture du rapport a été faite par M. Danis.

            La thrombose du carrefour aortique est une affection relativement fréquente. Leriche fut le premier à proposer et à pratiquer, il y a dix ans, la résection de l’aorte terminale et de ses branches, pour remédier aux troubles vasomoteurs entretenus par la lésion.

            M. Louis Christophe nous communique 5 observations de malades opérés par lui d’artériectomie du carrefour aortique. Chez tous ces patients, le thrombus obstruait les deux artères iliaques primitives et remontait dans l’aorte jusqu’au voisinage du point d’émergence des artères rénales. Les cinq malades ont guéri, ce qui prouve les qualités du chirurgien et de sa technique. Mais le véritable intérêt de sa communication écrite réside dans les réflexions que ces opérations lui suggèrent et dans les enseignements qu’il en tire.

            Comme tout thrombus ancien, celui qui se forme à la bifurcation de l’aorte se compose de deux parties : une portion distale, constituée par un bouchon conjonctif faisant corps avec la paroi artérielle, et une portion proximale, plus récente, représentée par un caillot fibrineux qui n’adhère pas à l’intima du vaisseau.

            Lors de sa première intervention, M. Christophe s’est trouvé dans l’obligation de lier l’aorte au niveau de cette portion friable du caillot, dont l’extrémité supérieure affleurait l’origine des artères rénales. Son malade guérit, mais, quelques mois après l’opération, survint une thrombose des artères rénales entraînant la mort en anurie.

            Pour écarter la menace d’une thrombose ascensionnelle, l’auteur comprit qu’il ne suffisait pas de poser la ligature de l’aorte en tissu sain mais qu’il fallait enlever la totalité du caillot. Il a modifié sa technique dans ce sens et les trois malades opérés suivant ce nouveau procédé ne présentent aucun signe d’insuffisance rénale, après un délai de 20, 24 et 26 mois. Une seule fois, l’opérateur s’est départi de la règle qu’il s’était imposée, à cause de l’état précaire de son patient. Celui-ci, opéré il y a un an, est toujours en vie.

            Une deuxième conclusion se dégage de l’étude des artériographies de ces malades. Les clichés montrent que la circonflexe iliaque est susceptible d’acquérir un calibre considérable et d’assurer une suppléance importante, quand la portion terminale de l’aorte est oblitérée. L’auteur y voit une contre-indication aux interventions par voie sous-péritonéale ; en effet, celles-ci abordent le carrefour aortique ou les derniers ganglions de la chaîne sympathique par une incision latérale, sacrifiant ainsi les rameaux asecendants de la circonflexe.

            Enfin, M. Christophe insiste sur une troisième remarque. Bien que la thrombose du carrefour aortique soit une affection très pénible et qu’elle aboutisse tôt au tard à la gangrène et à l’amputation des membres inférieurs, on la croit généralement compatible avec une longue survie. Les complications d’ischémie rénale, par thrombose ascendante de l’aorte, prouvent qu’il n’en est pas toujours ainsi.

            L’auteur termine son exposé en relatant l’histoire d’un sixième malade, chez qui il a tenté de désobstruer l’aorte par le procédé de dos Santos et Bazy. Le résultat fut beaucoup moins consolant : le patient succomba le surlendemain de l’opération.

            Votre Commission estime que le travail de M. Christophe constitue une contribution importante à un chapitre nouveau de thérapeutique chirurgicale. Elle vous propose d’adresser des remerciements à l’auteur, d’insérer son travail dans le Bulletin de la Compagnie et d’inscrire son nom sur la liste des aspirants au titre de Correspondant de l’Académie.

            Ces propositions sont adoptées.

Séance du 28 janvier 1950.