Académie royale de Médecine de Belgique

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Pierre Coulie (UCL) - Résumé + vidéo

 

VACCINATION THÉRAPEUTIQUE CONTRE LE CANCER

par Pierre COULIE (UCL), membre titulaire.

L’immunothérapie du cancer, que nous définissons comme l’utilisation délibérée de l’immunité adaptative, soit les lymphocytes B et T, pour éliminer des tumeurs ou prévenir l’apparition de métastases, est en passe de devenir une nouvelle voie de traitement du cancer à côté des thérapeutiques établies. Elle est basée sur l’activité anti-tumorale que peuvent avoir les lymphocytes T.

Les résultats obtenus ces dernières années en clinique reposent sur trois découvertes. D’abord l’existence à la surface des cellules tumorales d’antigènes spécifiques qui peuvent être reconnus par des lymphocytes T cytolytiques, ensuite le fait que beaucoup de patients cancéreux ont déjà de tels lymphocytes T spécifiques de leurs cellules tumorales, enfin l’existence à la surface des lymphocytes T de molécules inhibitrices telles que CTLA-4 ou PD-1 dont l’activité peut être bloquée par des anticorps monoclonaux qui ont donc une forte action immunostimulante.

Aujourd’hui l’immunothérapie du cancer a trois modalités. La première est la vaccination thérapeutique qui consiste à utiliser des antigènes spécifiques de tumeurs dans des préparations vaccinales qui visent à faire produire au patient des lymphocytes T cytolytiques qui peuvent ensuite détruire les cellules tumorales. Cette approche donne des résultats chez une minorité de patients et l’une des difficultés est de parvenir à stimuler les lymphocytes T cytolytiques plutôt que la production d’anticorps. Une deuxième modalité est de transférer au patient un grand nombre de lymphocytes T cytolytiques anti-tumoraux qu’il faut au préalable avoir isolé du sang ou de fragments tumoraux puis amplifiés au laboratoire. C’est une approche individuelle et lourde, mais des progrès techniques vont progressivement la rendre plus abordable. Enfin il y a l’utilisation des anticorps immunostimulants, aujourd’hui dirigés contre CTLA-4, PD1 et son ligand PD-L1. Les résultats cliniques obtenus initialement contre le mélanome et maintenant contre d’autres types de cancer sont une petite révolution. Ils sont malheureusement accompagnés d’effets secondaires immunologiques importants mais le bénéfice pour certains malades est indiscutable.

Nous assistons à l’aube de l’immunothérapie du cancer. D’importants progrès sont attendus de combinaisons entre des modalités d’immunothérapie, par exemple vaccination accompagnée d’anticorps immunostimulants, et entre immunothérapie et traitements conventionnels. En effet, de plus en plus de résultats suggèrent que certains traitements ‘traditionnels’, nous pensons à certaines chimiothérapies ou à la radiothérapie, gagneraient à être associés à une immunothérapie parce qu’ils contribuent déjà à libérer des antigènes tumoraux et donc à stimuler l’immunité anti-tumorale adaptative. Un autre domaine qui améliorera l’efficacité de l’immunothérapie est de comprendre, pour un jour les bloquer, les mécanismes de l’immunosuppression locale qui est observée au sein de beaucoup de tumeurs.