Académie royale de Médecine de Belgique

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Vidéo et résumé de Adrian Ivanoiu

 

(Ont pris part à la discussion : les Prs M. Goldman, V. Castronovo, G. Moonen, J. Frühling, et E. Salmon).

 

APPORT DES TESTS COGNITIFS DANS LE DIAGNOSTIC PRÉCOCE DES DÉMENCES

par Adrian IVANOIU (UCL), invité.

Depuis la fin des années quatre-vingts, avec l’introduction de consultations spécialisées de type « Cliniques de la Mémoire », ainsi qu’avec les espoirs nés des premiers essais thérapeutiques, le nombre de patients qui consultent pour savoir s’ils sont atteints de la maladie d’Alzheimer (MA) ne cesse de grandir. Les motifs le plus souvent invoqués par ces patients incluent l’anxiété à l’idée d’être atteint par la maladie, la confiance dans les avancées médicales et thérapeutiques relayées par les médias, et le désir de planifier le futur en tenant compte d’une éventuelle détérioration. L’évaluation des patients qui consultent pour des troubles cognitifs s’est fortement développée ces dernières années, aussi bien sur le plan de l’examen cognitif que sur celui de l’analyse des paramètres biologiques associés à la MA (« biomarqueurs »). L’évaluation de la cognition à l’aide de tests neuropsychologiques reste essentielle pour démontrer la conséquence clinique de la présence de lésions cérébrales. Les études longitudinales telles que la cohorte Paquid en France ont clairement mis en évidence  la présence de performances faibles aux tests cognitifs chez des sujets qui, bien plus tard (parfois plus de dix ans après), ont développé une démence. Cependant, les causes des performances cognitives plus faibles peuvent être multiples (anxiété, dépression, abus d’alcool et de médicaments, etc.), et ne sont pas nécessairement liées à la présence d’une MA. Dès lors, le pouvoir prédictif positif des tests cognitifs à plus long terme reste insuffisant. À la suite des avancées techniques, il est devenu possible de mesurer les paramètres biologiques au niveau cérébral qui indiquent directement ou indirectement la présence de modifications neuropathologiques associées à la MA. Selon les experts du National Institute on Aging–Alzheimer’s Association (NIA&AA) ayant proposé de nouveaux critères de diagnostic pour la MA, cinq biomarqueurs peuvent être considérés comme suffisamment valides à l’heure actuelle pour être recommandés comme aide diagnostique pour le clinicien. Ces biomarqueurs sont classés en deux catégories : d’une part, ceux permettant de mettre en évidence des dépôts anormaux d’amyloïde dans le cerveau et d’autre part, ceux témoignant d’un dommage neuronal et synaptique de type neurodégénératif. L’évaluation des biomarqueurs implique alors une ponction lombaire avec analyse du liquide céphalorachidien, ou bien une imagerie cérébrale fonctionnelle par PET scanner ou SPECT, ou encore une imagerie cérébrale morphologique par IRM. Les marqueurs biologiques de la MA commencent à être utilisés à l’heure actuelle par des centres spécialisés, souvent dans le cadre de la recherche, et ce, afin de poser un diagnostic précoce de la MA à un stade prédémentiel. Cependant, plusieurs obstacles subsistent à l’application des nouveaux critères de diagnostic de la MA dans le cadre clinique (disponibilité, standardisation, remboursement). Même si l’usage clinique des biomarqueurs est défendable chez les patients ayant consulté une Clinique de la Mémoire, il apparaît à ce stade pertinent de restreindre l’utilisation de ces méthodes aux centres spécialisés dans le diagnostic précoce. Puisque les lésions de type MA se développent dans le cerveau bien avant l’apparition des premiers symptômes, et qu’il n’est pas possible de prédire avec précision le moment où le patient entrera dans la phase de démence, ces méthodes fondées sur les modifications biologiques de la MA ne peuvent suffire à elles seules à établir un diagnostic fiable de la MA. Seule l’évaluation clinique et cognitive peut apporter la preuve de l’impact des modifications biologiques sur le fonctionnement de l’individu et justifier dès lors un diagnostic de « maladie » d’Alzheimer.