Académie royale de Médecine de Belgique

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Résumé R.Henrion, correspondant étranger

(Séance du 26 octobre 1991)

SIDA ET PÉRINATALITÉ

par R.Henrion, correspondant étranger (Clinique universitaire de Gynécologie-Obstétrique de Port-Royal, Paris)

 

La proportion de femmes atteintes de SIDA s'accroît progressivement en Europe puisque le sex ratio qui était de 11,7 dans dix-sept pays au 31 décembre 1984, était de 5 dans trente et un pays au 31 décembre 1990. Elle est plus élevée dans les pays du sud, en Belgique et en France, ce qui correspond au mode de propagation du virus, plutôt homosexuel dans le nord, lié à la drogue dans le sud, et hétérosexuel en Belgique. En France, le mode de contamination varie selon les régions. La toxicomanie domine dans le sud, la contamination sexuelle à Paris et en Île-de-France.

Certains points semblent acquis: la grossesse ne retentit sur l'évolution de la maladie que si la femme est malade ou a un déficit immunitaire sévère, la contamination de l'enfant est d'origine maternelle dans 90% des cas, le taux de transmission est de 20% environ, plus ou moins élevé suivant l'état maternel. En revanche, de nombreuses incertitudes persistent: le moment précoce ou tardif de la contamination foetale qui semble bien se produire au cours de la grossesse, la voie de contamination qui paraît transplacentaire mais pourrait être ascendante, et le processus intime du passage du virus qui peut se faire à l'état libre, de complexe immun ou dans sa forme intra-cellulaire. Quoi qu'il en soit, la conduite adoptée semble assez cohérente dans les pays de la Communauté européenne. En France, la grossesse est déconseillée chez les femmes séropositives mais plus de 1.500 d'entre elles sont enceintes chaque année. Le dépistage de l'infection VIH est recommandé au début de la grossesse, au début et à la fin chez les femmes séronégatives appartenant à des groupes à risque  et avant la conception chez toutes les femmes manifestant un désir de maternité. La décision d'interrompre ou de poursuivre la grossesse est prise par la femme elle-même après une information complète tenant compte de son état de santé. La moitié des femmes françaises décident désormais  de poursuivre leur grossesse. Aucun diagnostic prénatal n'est actuellement applicable. Aucun traitement  évitant la transmission de la mère à l'enfant n'a fait la preuve de son efficacité. L'azydothymidine (AZT) n'a fait l'objet d'aucune étude randomisée. On sait que l'AZT franchit le placenta, qu'elle est bien supportée par l'enfant et ne provoque apparemment pas de malformation, mais on a la preuve qu'elle n'est pas toujours efficace. Un traitement préventif  des maladies opportunistes doit être entrepris au cours  du troisième trimestre de la grossesse si la mère est immunodéprimée. Le pronostic vital des enfants infectés s'est amélioré mais reste très mauvais chez ceux ayant des signes précoces de la maladie. L'avenir des enfants de femmes séropositives est très préoccupant, un tiers d'entre eux étant séparés de leurs parents à l'âge de trois ans.

Devant de tels désastres humains, on ne peut que souhaiter que la politique de prévention entreprise dans nos pays porte enfin ses fruits.