Académie royale de Médecine de Belgique

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Note de la commission pour la qualité de la nutrition et de l'environnement à propos des nitrates

Le problème de la pollution des eaux par les nitrates suscite des inquiétudes.

            Ils constituent pour la plupart des plantes, légumineuses mises à part, la principale source d’azote. Leur concentration dans les végétaux dépend de leur teneur spontanée dans le sol et de la quantité ajoutée comme fertilisant sous forme d’engrais chimique ou de fumier.

            Les légumes à feuilles peuvent être particulièrement riches en nitrates (jusqu’à 3.000 mg/kg) et même atteindre 5.000 mg/kg lorsqu’ils sont cultivés en serre.

            Par ailleurs, les eaux potables peuvent être assez facilement contaminées à la suite de ruissellements ou de percolations, à partir des nitrates provenant des fertilisants.

            Si la toxicité primaire des nitrates eux-mêmes est relativement faible (une dose journalière acceptable de 5 mg/kg de poids corporel a été retenue), le problème le plus préoccupant est la formation de nitrite provenant de la réduction des nitrates. Ces nitrites entraînent une transformation partielle de l’hémoglobine en méthémoglobine inactive pour le transport de l’oxygène : cette réaction est particulièrement grave chez les nouveau-nés et les nourrissons.

            De plus, les nitrites risquent de produire des nitrosamines expérimentalement reconnues comme mutagènes, cancérogènes et tératogènes, bien que leur rôle ne soit pas encore bien évalué en pathologie humaine.

            En conséquence, il apparaît nécessaire de limiter les quantités de nitrates et de nitrites provenant de l’eau et des aliments.

            Des recommandations pratiques s’imposent, visant à :

a)  maintenir une teneur en nitrates inférieure à 25 mg/l dans les eaux mises à la disposition du public.

A cette fin, les captages des services de distribution doivent être protégés aussi efficacement que possible en établissant des zones de sécurité et en rationnalisant, avec bon sens, grâce à une collaboration des diverses instances et disciplines impliquées, la quantité et le moment de l’application des nitrates comme engrais en agriculture ;

b)  limiter au minimum indispensable pour la prévention du botulisme les ajouts de nitrites et de nitrates dans les préparations de viandes et de poissons ; les conditions actuellement imposées peuvent être considérées acceptables si elles sont respectées.

c)  Protéger les puits ruraux de la pollution par le purin et le fumier autant que par les nitrates utilisés comme engrais ;

d)  Mettre en œuvre une surveillance régulière des eaux consommées (qu’elles soient eaux de distribution, eaux de puits ou eaux en bouteilles) : cette surveillance sera accrue lorsque les conditions climatiques et les utilisations agricoles favorisent contamination des nappes et des sources d’eau potable ;

e)  Activer les études concernant les techniques actuellement suggérées pour assurer la dénitrification des eaux : on visera des applications pratiques et économiquement acceptables ;

f)   Éviter pour le nourrisson l’apport excessif de légumes verts dont la teneur en nitrates peut atteindre et dépasser 3.000 mg/kg : le corps médical y sera attentif ainsi que les services spécialisés ;

g)  Informer objectivement la population et éduquer les enfants pour que les problèmes liés à la pollution du milieu et des aliments soient activement et raisonnablement contrôlés.

 

Comme corollaire, nous pensons utile d’attirer l’attention sur le fait que les eaux en bouteille doivent indiquer leur teneur en nitrates. Mais elles ne peuvent être considérées comme automatiquement à conseiller en raison de la présence éventuelle d’autres substances préoccupantes : une information plus complète de leur composition s’impose notamment lorsqu’elles risquent d’être ingérées par le nourrisson et le jeune enfant, en particulier pour la préparation des biberons.

       Ce texte, présenté par M. A. Lafontaine, est adopté sans observation.

 

Séance du 14 juillet 1990