Académie royale de Médecine de Belgique

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Vidéo et discours Jacques Boniver, Président élu pour 2014

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Madame et Messieurs les membres du Bureau ancien et nouveau,

Chères Consoeurs, chers Confrères,

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi d’abord de vous présenter mes meilleurs vœux pour cette année nouvelle : santé, joies familiales, succès sportifs, culturels, professionnels…

C’est pour moi un grand honneur d’occuper à partir de ce jour la présidence de notre Compagnie. Je vous en remercie ainsi que tous ceux qui ont contribué à mon éducation et à ma formation.

Je veux aussi remercier très cordialement notre Président sortant Jean-Bernard Otte pour son engagement remarquable au cours de ces dernières années ; je retiendrai en particulier ses efforts pour la promotion de la transplantation et de la pédiatrie ainsi que le soin tout particulier qu’il a mis pour recueillir un consensus sur l’avis de l’Académie en matière d’extension aux mineurs de la loi de dépénalisation de l’euthanasie. Ses efforts de collaboration avec nos collègues de la KAGB méritent aussi d’être soulignés. Jean-Bernard, merci pour cette remarquable présidence, en espérant que l’Académie pourra encore bénéficier de tes conseils et de ta participation. Merci aussi à Jean-Marie Boeynaems et Pierre Coulie qui quittent  aujourd’hui le Bureau.

Notre Bureau en 2014 accueille nos collègues Danièle Balériaux et Jacques Melin respectivement comme assesseur et second vice-président, qui rejoignent Jacques Brotchi, premier vice-président et Yves Pirson et Luc Willems, assesseurs. Notre Bureau sera animé par notre très dynamique et efficace Secrétaire perpétuel, que je remercie déjà.

L’essentiel de mon propos ce matin rejoint la préoccupation exprimée par Jean-Bernard Otte : quel est l’avenir de l’Académie ? Quel est son sens, son rôle, sa place dans la société ?  Dans mon esprit, l’Académie doit servir, verbe qui veut dire « être au service de » et « être utile à ».

Les Statuts de notre Compagnie prévoient que nous devons donner un soutien à l’activité scientifique dans les domaines de la médecine humaine et animale, de la pharmacie et les domaines connexes, y compris la bioéthique. Notre programme scientifique de cette année 2014 sera riche ; vous avez déjà pris connaissance du programme des lectures ; en outre, nous organiserons trois symposiums : le premier aura lieu le 10 mai à propos de la guerre 14-18, le deuxième le 26 mai, en collaboration avec la KAGB, portera sur un thème pédiatrique, comme Jean-Bernard Otte vous l’a indiqué, et le troisième, le 10 octobre sur les vaccinations ; quant à la séance dite du Président, en décembre, elle sera consacrée à des pathologies qui ont touché des parents qui m’étaient très chers : la dégénérescence maculaire liée à l’âge et la maladie d’Alzheimer. En outre, nous attribuerons de nombreux prix cette année dont les lauréats seront présentés et fêtés le 6 septembre : notre Secrétaire perpétuel vous parlera des jurys de ces prix dans quelques minutes.

Nous apportons donc une contribution modeste mais significative en matière scientifique : c’est notre défi d’en augmenter l’audience et l’impact.

A côté de ce soutien à l’activité scientifique, l’Académie a pour objet, si vous lisez les Statuts, le conseil aux autorités publiques et à des institutions privées

-  en matière de santé publique et de son organisation,

-  en matière de pratique de la recherche scientifique,

-  en matière d’enseignement et de formation professionnelle,

-  et ce dans les domaines de la médecine humaine et animale, de la pharmacie et les domaines connexes, y compris la bioéthique.

Il est clair que d’autres institutions en Belgique ont des objectifs proches ou similaires : je pense ici non seulement au KCE et au Conseil supérieur de la Santé mais aussi à l’Institut de Santé publique, au Comité consultatif de bioéthique voire au Conseil national de l’Ordre des Médecins ou des Pharmaciens ; je crois que ce qui fait la force, mais parfois la faiblesse, de notre Compagnie est notre indépendance. Nos membres, - médecins, médecins vétérinaires, pharmaciens, kinésithérapeutes, ingénieurs agronomes, biologistes, mathématiciens-, sont désignés par leurs pairs ; tous ensemble nous représentons la diversité d’opinions que l’on rencontre dans nos universités et le  pouvoir politique n’intervient pas dans la composition de notre Académie. Ceci, je le répète, est une force qui doit nous aider à jouer un rôle significatif dans la sphère publique. Nous pouvons remplir ces missions soit d’initiative, soit en réponse à une demande d’avis émanant de l’un ou l’autre pouvoir public.

Dans ce contexte, en 2014, nous aurons  plusieurs tâches à poursuivre ou à entreprendre.

J’ai déjà cité la question de l’euthanasie ; il y a  quelques jours, l’avis qui fait part de nos recommandations a été diffusé ; comme Jean-Bernard Otte l’a rappelé, cet avis est fondé en grande partie sur le remarquable rapport rédigé par nos confrères pédiatres  Fonteyne, Clément de Cléty et Dan ; ce document attire aussi notre attention sur d’autres aspects des maladies graves et de situations de fin de vie spécifiques aux enfants ainsi que sur les soins palliatifs pédiatriques ; je crois que nous devons nous efforcer de faire passer les messages contenus dans ce riche rapport auprès des autorités du pays.  Par ailleurs, le Parlement a mis en veilleuse la problématique de la fin de vie des patients atteints de maladies neurologiques et en particulier de démence ; je crois que nous devons être proactifs et demander à un groupe de travail de réfléchir à cette question en toute indépendance et sans précipitation et sans a priori.

Un autre thème auquel nous devons rester attentifs est celui des pratiques non conventionnelles ; le processus législatif de la Loi Colla de 1999 est en cours en ce qui concerne l’homéopathie et l’ostéopathie ; l’acupuncture et la chiropraxie sont toujours à l’étude ; on peut comprendre que la Loi Colla doit être appliquée  pour protéger les patients de tous les charlatans et autres gourous ; toutefois nous devons être vigilants car  ces pratiques n’ont pas d’efficacité basée sur les preuves ni de fondement scientifique; il faut s’opposer à ce que le diagnostic et la prescription thérapeutique soient confiés à des personnes qui n’ont pas suivi une formation médicale complète ; il convient d’ailleurs de réfléchir à la formation de ces praticiens non conventionnels, thème pour lequel les universités doivent se positionner clairement.

On évoque ainsi la problématique de l’enseignement : l’Académie doit continuer à émettre des avis et des recommandations à propos de la formation des professionnels de la santé ; bien entendu nous n’avons pas de leçons à donner aux Doyens mais il me semble que nous pouvons les aider dans leurs réflexions : je pense aux conséquences du passage à six ans du cursus médical de base et à son influence sur les masters complémentaires ainsi qu’à la problématique du numerus clausus et tout ce qui le touche : test d’orientation versus examen d’entrée, quotas, divergence possible avec les universités flamandes… ; en outre, parmi les questions importantes à prendre en considération dans le cursus, on peut penser à la fin de vie, aux pratiques non conventionnelles, à la préparation des futures prestataires à une pratique limitée par des contraintes budgétaires…

Qui dit enseignement dit recherche ; l’Académie a toujours donné son appui à une formation médicale et une pratique médicale associées, en tout cas pour ceux qui choisissent cette voie, à la recherche biomédicale ou médicale. Notre soutien financier à deux candidats spécialistes doctorants sélectionnés par le FNRS en est une manifestation concrète. Chers Collègues, sachez que certains au Conseil supérieur des médecins spécialistes et des médecins généralistes, contestent cette double formation. Nous avons décidé de faire connaître l’avis de l’Académie sur cette question, sachant que nos collègues néerlandophones sont également très sensibilisés.

J’ai évoqué l’indépendance de notre Compagnie. Il faut dans le même temps parler de notre financement. L’allocation de fonctionnement de l’Académie nous est attribuée par l’Administration de la Santé de la Fédération Wallonie/Bruxelles. Cette allocation a été réduite arbitrairement de 30 % en 2013, ce qui handicape notre fonctionnement. Aucune explication valable n’a été donnée si ce n’est que, d’une part, la dite Fédération est en difficulté financière et que d’autre part l’Académie relève de crédits dits facultatifs. On nous a aussi dit officieusement que le fait d’émettre des avis qui ne vont pas dans le sens de ce que veut la Fédération en matière de santé « indispose » et nous affaiblit. Enfin, on nous dit aussi que, vu la réforme de l’Etat, on ne sait pas ce que deviendra cette Administration de la Santé et, par conséquent, qui sera en charge de notre financement.

Cette péripétie soulève plusieurs défis :

-  maintenir notre indépendance,

-  obtenir une subvention conforme à nos besoins,

-  positionner l’Académie et son  financement  dans le suivi de la réforme de l’Etat.

Un autre terrain de réflexion est la désignation de nouveaux membres au sein  de notre Compagnie ; en 2013, nous avons appliqué pour la première fois nos nouveaux statuts et nous avons constaté quelques difficultés ; nous voyons que la procédure exclut ou déçoit des personnalités de grande valeur qui pourraient devenir membres de notre Compagnie ; nous constatons aussi que certaines disciplines ne sont pas représentées parmi nous ; certes nous voulons l’excellence mais nous avons besoin de compétences, de motivation, de disponibilité ; le Bureau fera des propositions à la Commission de sélection et à l’Assemblée générale.

Cette liste de nombreux chantiers que nous devons mener en 2014 n’est pas exhaustive car l’actualité apportera sans doute son lot de nouvelles questions. J’espère aussi que vous, les membres de l’Académie, apporterez des suggestions de matières à traiter et, en particulier, je souhaite que nos collègues médecins vétérinaires et pharmaciens apportent leur contribution à nos réflexions. J’incite aussi les plus jeunes d’entre vous à participer aux travaux de nos commissions et groupes de travail. C’est au prix d’une participation active de tous que notre Académie gardera ou définira mieux sa place dans la société.

Enfin, je voudrais terminer en évoquant un travail d’exégèse qu’a réalisé notre collègue Luc Angenot, qui fut mon vice-doyen et qui est un ami fidèle.  Luc s’est interrogé sur la signification du texte en latin qui se trouve derrière vous en dessous des portraits d’anciens secrétaires perpétuels de l’Académie.  Je lis cette phrase : « Et quasi cursores vitae lampada tradunt ».

A l’aide de son dictionnaire latin, Luc l’a traduite en « En quelque sorte les conducteurs de char transmettent les flambeaux de la vie », ce qui lui a paru assez énigmatique. Pour mieux comprendre, il a interrogé Arthur Bodson, Recteur honoraire de l’Université de Liège  et éminent latiniste.

Voici sa réponse, je cite : « Ce texte est tiré du vaste poème de Lucrèce, le « De natura rerum », où la doctrine d’Epicure est enseignée en latin... et en vers. Celui-ci est le vers 79 du livre 2.

Selon la doctrine épicurienne, le monde est fait d’atomes indivisibles, en perpétuel mouvement, qui font et défont ce qui naît et ce qui meurt. La mort est donc un « transfert » d’atomes vers une nouvelle vie. Lucrèce compare ces particules porteuses de vie aux athlètes qui, à Athènes, disputaient une course relais en se passant comme témoin des torches qui ne devaient pas s’éteindre pendant toute la course. De même les atomes assurent le passage de la vie. »

L’image, je cite encore Arthur Bodson et j’ajoute que ce qui suit concerne l’Académie de Médecine, l’image est utilisée au sens figuré pour symboliser la transmission de l’héritage du savoir médical des plus âgés aux plus jeunes, ce qui est le rôle des institutions savantes et qui assure la protection de la vie » (fin de citation).  Notre mission est donc bien de servir.

Chers Collègues, nous savons ce qu’il nous reste à faire.  Je vous remercie de votre bonne attention.