Académie royale de Médecine de Belgique

|

In Memoriam Pr Sir John Mac Michael

(Séance du 28 mai 1994)

« In memoriam » le Professeur Sir John Mac Michael,   

par Jean Lequime, membre titulaire.

L’Académie royale de Médecine de Belgique a perdu un de ses plus illustres membres étrangers, Sir John Mac Michael, qui fut un des plus grands pionniers de la Cardiologie moderne et de ce que l’on appelle communément la « clinical science ».

Né le 25 juillet 1904 à Gatehouse of Fleet en Ecosse, il fit des études particulièrement brillantes à la faculté de Médecine de l’Université d’Edinburgh ; il devait, en effet, y obtenir le « Ettles scholarship » récompensant le meilleur étudiant, et ultérieurement la « gold medal » lors de sa défense de thèse.

Il fut, tout d’abord, « lecturer in human Physiology » à l’Université d’Edinburgh ; venu à Londres en 1939, il exerça la charge de « reader in Medicine » au « Royal postgraduate medical shcool », alors à ses débuts.  Dès 1946, il y devint professeur de Médecine et directeur du département de Médecine.  En 1966, il fut nommé directeur de la « British postgraduate medical Federation ».

Son œuvre scientifique est immense et a eu un impact considérable sur le développement de la Cardiologie et de la « clinical science ».

Je ne puis que l’évoquer brièvement.

En 1941, Cournand et Ranges avaient montré que l’on pouvait mesurer le débit du cœur chez l’homme par cathétérisme des cavités cardiaques.  André Cournand et Dickinson Richards ont ultérieurement mis la méthode parfaitement au point.  Ils furent suivis par Mc Michael, en collaboration avec Sharpey-Schafer, en 1944 et par Eugène Stead et James Warren en 1945.  Je rappelle, pour mémoire, que la détermination du débit cardiaque par cathétérisme fut effectuée à Bruxelles dès 1948 et à Paris dès 1949.  La possibilité de mesurer le débit du cœur et les pressions intra-cardiaques allait permettre à Mc Michael d’étudier avec précision la dynamique circulatoire au cours des cardiopathies congénitales ou acquises et de poser un diagnostic exact de ces conditions cliniques.  Dès avant 1940, Mc Michael avait poursuivi des recherches sur l’insuffisance cardiaque.  Grâce à ces nouvelles méthodes d’investigation clinique, il allait pouvoir étudier, de façon plus approfondie, la physiopathologie de cet état.  Avant l’ère du cathétérisme les physiopathologistes qui  s’efforçaient de comprendre la dynamique circulatoire du cœur défaillant, se divisaient en deux camps : pour les uns, la défaillance cardiaque était caractérisée par la dilatation des cavités du cœur qui se remplissaient d’une quantité de sang qu’elles étaient incapables d’expulser.  Il en résultait un accroissement des pressions en amont de la cavité dilatée et un engorgement progressif de la circulation veineuse : c’était la théorie de la défaillance en amont ou « backward failure ». Pour les autres, le caractère fondamental de l’insuffisance cardiaque résidait dans une diminution primaire du débit du cœur : c’était la théorie de la défaillance cardiaque en aval ou « forward failure ».  Les défenseurs de ces hypothèses, en apparence opposées, tentaient d’expliquer par elles la symptomatologie observée.  Grâce au cathétérisme, il devint possible de concilier ces deux positions (coronaires, valvulaires, hypertensives) présentent une diminution de leur débit cardiaque et une impossibilité pour celui-ci de s’accroître de façon adéquate lors de l’effort physique.

En fait, la réduction de la capacité de transport du sang dans les deux circulations en aval est associée à une augmentation du volume résiduel et à une élévation de remplissage des ventricules ; celle-ci détermine un réajustement des pressions veineuses dans la grande et la petite circulation.

Certaines formes d’insuffisance cardiaque peuvent cependant s’accompagner d’un débit du cœur élevé : anévrysme artérioveineux, maladie de Paget, anémie, béri-béri, hyperthroïdie, hypotension alvélolaire avec désaturation importante du sang artériel.  En réalité dans ces états, le débit du cœur, bien qu’élevé, est insuffisant pour les besoins métaboliques et est incapable de s’accroître de façon normale lors de l’effort physique.  Lors de la recompensation, il augmente nettement.  Il n’y a donc pas de différences hémodynamiques fondamentales dans les divers types d’insuffisance cardiaque.  Mc Michael publia, à ce propos, en 1950, un livre remarquable : « Pharmacology of the failing humain heart ». Il devait revenir à de nombreuses reprises sur ce problème.  Mc Michael s’intéressa aussi à la physiopathologie de l’hypertension artérielle et étudia de façon approfondie l’hypertension artérielle maligne et la rétinopathie hypertensive.

Il fut un des premiers à utiliser des moyens thérapeutiques pour normaliser la pression artérielle (méthonium, brétylium, tosylate, etc…).

Il convient de dire maintenant un mot concernant le « Royal post-graduate medicale school ».  Ce fut, en réalité, Mc Michael qui, par un labeur incessant, lui permet de devenir un véritable temple de la science clinique.  Universellement réputé, ce complexe universitaire fut fréquenté par de nombreux médecins qui y acquirent leur formation.  Les étrangers y étaient très bien accueillis.  Notre collègue Lavenne fut un de ceux-ci.

Sheila Howarth, qui devait devenir la femme de John Mc Michael, était une physiopathologiste de tout premier ordre ; elle collabora de façon étroite avec lui.  Beaucoup de travaux portent leurs deux signatures.

En 1970, Mc Michael, secondé par notre collègue Shillingford, organisa le sixième congrès mondial de Cardiologie qu’il présida.

Ce congrès fut certainement un des meilleurs de ceux qui eurent lieu sous les auspices de la Société internationale de Cardiologie : Paris, Washington, Bruxelles (sous la présidence de notre collègue Pierre Rijlant), Mexico, New Delhi, Londres, Buenos Aires, Tokyo, Moscou, Washington, Manille.

Il serait fastidieux d’énumérer les titres et distinctions scientifiques de Sir John car cela prendrait plusieurs pages.  Disons seulement qu’il était docteur honoris causa des universités de Melbourne, Newcastle, Sheffield, Birmingham, Mc Gill, Wales et membre de nombreuses Académies dont l’Académie royale de Médecine de Belgique dont il fut correspondant en 1971 et membre honoraire en 1978.  Des prix très recherchés lui furent attribués : the « Cullen prize » of the College of Physicians d’Edinburgh, the « Moxon medal » of the College of Physicians of London, the “Gairdner award” de l’Université de Toronto, the “Wilhuri international prize of Medicine” de Finlande.

La Reine Elisabeth l’avait anobli en 1965.

Il y a quelques mois, le « Royal College of Physicians » célébra sa mémoire en organisant un symposium et une exposition consacrés à la détermination du débit cardiaque selon le principe de Fick.  Lady Mc Michael se montra très active pour la réalisation de ces manifestations.

C’est incontestablement un grand homme qui disparaît.

L’Académie royale de Médecine de Belgique présente à sa famille et plus particulièrement à Lady Mc Michael ses condoléances les plus sincères.