Académie royale de Médecine de Belgique

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Discussion du rapport de la Commission interacadémique chargée d'étudier la révision de la loi du 21 mai 1929 sur la collation des grades académiques légaux et le programme des examens universitaires (25/06/55)

Rapport final rédigé à l’issue de la 7e séance

            La Commission commune des deux Académies royales de Médecine chargée d’étudier la réforme des programmes universitaires est composée de M. P. Govaerts, président ; de MM. G. Leplat, A. Dalcq, C. Heymans, R. Vivario et M. E. Van Campenhout, secrétaire, pour notre Compagnie, et de MM. R. Goubeau, J. J. Bouckaert et P. Brusselmans pour la « Koninklijke Vlaamse Akademie voor Geneeskunde van België ». Elle a pris comme base de discussion le rapport établi par la Commission de la Classe des Sciences de l’Académie royale de Belgique. Seront envisagées successivement l’année propédeutique et les deux années ultérieures de candidature.

Concernant l’année propédeutique.

            La Commission insiste sur l’intérêt qu’il n’y a à ne pas obliger l’étudiant à faire un choix définitif dès cette première année et à lui permettre de passer éventuellement d’un groupe biologique à un autre. Elle note l’oubli du terme « sciences médicales » dans la liste des sciences intéressées. Elle propose que les étudiants qui se destinent aux sciences minéralogiques puissent, comme ceux qui se destinent aux sciences chimiques, choisir entre la propédeutique physique-mathématiques et la propédeutique sciences naturelles.

            L’épreuve propédeutique sciences naturelles comporterait :

            1°) la physique expérimentale ;

            2°) la chimie générale ;

            3°) les éléments de biologie (notions générales, botanique, zoologie) ;

            4°) l’introduction aux mathématiques supérieures, y compris les notions de statistique.

            Il est souhaité que l’enseignement soit adapté à l’auditoire particulier et qu’il soit surtout de nature générale. Il faudrait éviter la répétition de notions identiques dans des cours différents et établir une certaine coordination entre ces cours. Il serait désirable de limiter la partie purement systématique et d’éviter une exagération du nombre d’heures de cours de manière à stimuler le travail de documentation complémentaire. Il faut assurer l’organisation de beaucoup de travaux pratiques avec l’aide d’un personnel qualifié suffisant.

Concernant les deux épreuves ultérieures pour le grade de candidat en sciences naturelles et médicales.

            Le programme proposé par la Classe des Sciences de l’Académie royale des Sciences appelle certaines remarques.

            Les compléments de physique ne devraient pas être considérés comme une partie du cours de physique expérimentale ; celle-ci devrait être donnée entièrement en propédeutique. Ne devraient figurer en deuxième année que des éléments de physique médicale.

            Les compléments de chimie devraient être compris comme des compléments de chimie organique et analytique, servant d’introduction au cours de chimie biologique.

            Tout en insistant sur l’intérêt que présenterait l’étude de la géologie, la Commission estime que la surcharge des programmes ne permet pas de reprendre cette matière dans le programme de la candidature en sciences naturelles et médicales.

            Pour le cours d’anatomie humaine systématique et topographique, il convient de préciser la pratique de la dissection et d’y inclure l’exposé des principales tendances de l’anthropologie.

            Pour ce qui concerne les notions d’anatomie comparée, la Commission estime qu’un cours spécial d’anatomie comparée avec examen indépendant n’est pas nécessaire. Des notions d’anatomie comparée des vertébrés pourraient avantageusement être annexées au cours d’anatomie humaine.

            Au lieu de physiologie expérimentale, il y aurait lieu de préciser la physiologie générale et spéciale.

            Le programme de la Classe des Sciences ne prévoit aucun cours de philosophie. La Commission estime cette lacune regrettable et elle propose un cours d’introduction à la philosophie : éléments de logique scientifique et de philosophie morale.

            Le programme comporterait donc les matières suivantes :

            1°) compléments de chimie organique et analytique, servant d’introduction à la chimie biologique ;

            2°) la chimie biologique ;

            3°) l’anatomie humaine systématique et topographique (pratique de la dissection) y compris des notions d’anatomie comparée des vertébrés et des notions d’anthropologie ;

            4°) les éléments d’embryologie ;

            5°) l’histoire générale et spéciale ;

            6°) les éléments de physique médicale ;

            7°) la physiologie générale et spéciale ;       

            8°) introduction à la philosophie : éléments de logique scientifique et de philosophie morale ;

            9°) les notions de psychologie.

            Ces matières feraient l’objet de deux années d’étude. Les épreuves de chimie biologique, d’anatomie, d’histologie et de physiologie comprennent des épreuves pratiques, prévues par la loi actuelle.

Concernant la candidature préparatoire à l’étude de la Pharmacie.

            La modification principale suggérée par la Commission concerne les compléments d’anatomie et de physiologie humaine ; étant donné que ces étudiants n’ont pas encore étudié ces branches, le mot « compléments » est inadéquat et il devrait être remplacé par le vocable « éléments ».

            Le programme s’établirait comme suit :

            1°) les compléments de chimie ;

            2°) les éléments d’anatomie et de physiologie humaines ;

            3°) les compléments de botanique ;

            4°) les éléments de minéralogie et de géologie.

            M. le Président. – Messieurs, vous avez tous reçu le rapport final de la Commission chargée d’étudier la réforme de la loi du 21 mai 1929 sur la collation des grades académiques.

            La discussion est ouverte, mais avant de donner la parole à M. Schoofs, qui s’est fait inscrire, je demanderai à M. Van Campenhout de nous faire quelques observations au sujet de ce rapport. Je crois que ce serait utile.

            M. E. Van Campenhout. – Messieurs, le rapport final de la Commission qui a été publié et distribué n’a sa pleine signification qui si on le compare au programme qui a été soumis par l’Académie des Sciences.

            M. le Président vient d’annoncer que M. Schoofs se propose de faire quelques observations comprenant certaines lacunes qu’il a relevées dans le rapport. J’en parlerai d’abord et j’aborderai ensuite les autres points.

            L’objection de M. Schools, qu’il m’a déjà soumise, est fondée. En effet, nous n’avons peut-être pas assez insisté sur le fait que la première année de pharmacie faisait partie de l’année propédeutique commune, mais cela ressort cependant du rapport de l’Académie des Sciences, disant qu’elle fait partie du programme commun.

            Je vais maintenant reprendre point par point les résultats des discussions qui se déroulèrent au cours de six séances successives. Pourtant, je crois pouvoir me limiter à des commentaires généraux.

            En ce qui concerne l’année propédeutique, il est entendu que cette année sera suivie par deux groupes que nous avons dénommés le groupe P.M. et le groupe S.N. C’est ce dernier groupe qui intéresse les médecins.

            L’avantage de cette division est de permettre aux étudiants de ne pas choisir définitivement leur voie, au début de la première année, mais de pouvoir changer de direction au cours ou au terme de la première année. L’épreuve propédeutique sciences  naturelles comporterait la physique expérimentale, la chimie générale, les éléments de biologie et l’introduction aux mathématiques supérieures. La grande modification apportée au programme consiste à rassembler dans un même paragraphe les éléments de biologie et les notions générales communes à la botanique et à la zoologie. De plus, l’importance actuelle des notions mathématiques justifie le quarto de l’épreuve propédeutique en sciences naturelles.

            La Commission souhaite – ce souhait est peut-être platonique, sinon utopique – que cet enseignement soit surtout de nature générale, et qu’il faut éviter de répéter des notions identiques dans des cours différents. Il est donc nécessaire de les coordonner.

            Il est indispensable aussi de limiter la partie systématique, afin d’éviter l’exagération du nombre d’heures de cours, et ce afin de stimuler le travail de documentation complémentaire. C’est là un point essentiel de la modification proposée. Comme nous souhaitons voir faire des travaux pratiques par les étudiants, cela signifie qu’il faudra recruter le personnel adéquat et suffisant.

            A partir de la première année nous avons deux possibilités : ou bien les sciences naturelles et médicales ou l’étude de la pharmacie.

            Le programme de l’Académie des Sciences différait un peu du programme tel que nous l’avons établi après nos délibérations. En effet, après de longues discussions, nous avons décidé que le complément de physique ne doit pas être considéré comme une partie du cours de physique générale ; il ne devrait être donné en deuxième année que les éléments de physique médicale. Que le complément de chimie ne doit pas être une partie du cours de chimie générale, mais un complément de chimie analytique et organique, servant d’introduction à la chimie biologique.

            Au sujet de l’anatomie humaine systématique et topographique, nous avons insisté sur la pratique de la dissection et nous avons proposé d’ajouter à ce cours des notions d’anthropologie, qui peuvent à la rigueur être enseignées par un agrégé ou une autre compétence de la Faculté de Médecine ou des Sciences, de matière à éviter la création d’un cours spécial ou la nomination d’un professeur spécial.

            L’Académie des Sciences propose le cours d’anatomie comparée, mais nous avons estimé qu’il ne pouvait pas faire l’objet d’une branche ni d’un interrogatoire séparés. D’ailleurs, des notions d’anatomie comparée des vertébrés peuvent être utilement intégrées dans le cours d’anatomie humaine, avec cette même remarque qu’on peut faire appel ici à un professeur de la Faculté des Sciences.

            Quant à la nécessité de préciser la physiologie générale et spéciale, tout commentaire est superflu.

            Des notions de psychologie restent prévues, mais le programme de l’Académie des Sciences ne prévoyait  pas de cours de philosophie ni de logique. Nous avons insisté pour qu’il y ait un cours intitulé : « Introduction à la philosophie, éléments de logique scientifique et de philosophie morale ».

            Pour ce qui concerne le programme de la pharmacie une seule modification, minime mais cependant importante, y a été apportée. Le programme de l’Académie des Sciences disait : « Compléments à l’anatomie et la physiologie humaines ». Nous avons trouvé ce mot « Compléments » tout à fait inadéquat, puisque les étudiants de la candidature pharmaceutique n’ont pas encore eu ces cours. C’est pourquoi nous avons proposé de remplacer ce vocable par le mot « éléments », ce qui a été admis.

            Le programme de la candidature préparatoire à la pharmacie comporte donc : les compléments de chimie, les éléments d’anatomie et de physiologie humaines, les compléments de botanique, les éléments de minéralogie et de géologie.

            Je vous signale aussi une autre différence : le programme prévoyait des éléments de géologie. Tout en reconnaissant l’importance de cette science et l’intérêt de cette étude, la Commission a estimé que la surcharge des programmes ne permettait pas d’envisager ce cours pour les candidatures en médecine ; il ne figure donc que pour les candidats pharmaciens.

            Pour terminer, je regrette que le président de la Commission, M. Govaerts, ne soit pas ici pour le moment. Il aurait pu éventuellement vous répondre d’une manière plus autorisée. Je suis cependant prêt à le faire à sa place.

            M. le Président. – Je remercie M. Van Campenhout des explications qu’il vient de nous donner, et je donne la parole à M. Schoofs.

            M. F. Schoofs. – Messieurs, devenu étranger aux études universitaires depuis une dizaine d’années, je m’excuse d’intervenir dans ce débat.

            Après la lecture du rapport, j’ai mis sur papier quelques réflexions qui me sont venues à l’esprit et je remercie M. le Rapporteur d’avoir déjà répondu à certaines objections.

            Si vous le permettez, je vais en reprendre une.

            Il est question, en ce moment, d’enseigner aux candidats en sciences médicales des compléments de chimie organique et analytique en vue de l’étude de la chimie biologique ; or, on ne prévoit rien de pareil pour les candidats en pharmacie et c’est pour ce motif que je voudrais poser la question suivante :

            Est-il sous-entendu, par analogie, qu’il en sera de même pour les pharmaciens, ce qui impliquerait le transfert à la Faculté des Sciences du cours de chimie analytique qui existe actuellement à la Faculté de Médecine ?

            Je crois, en effet, qu’il s’agirait d’un simple transfert de cours.

            J’ai lu aussi que, en ce qui concerne les médecins, la Commission exprime le regret de voir que le programme de l’Académie royale des Sciences ne prévoyait pas de cours de logique et de philosophie. Je crois que pour les pharmaciens il serait également utile de prévoir ces cours.

            Voilà quelques observations que j’avais mises sur papier et, si le rapporteur le désire, je puis lui communiquer mes notes.

            Il me reste une dernière réflexion à émettre sur un point qui n’est cependant pas tout à fait de ma compétence :

            Le titre du rapport parle d’une réforme de la loi. Je ne sais pas si cette procédure est la bonne. En effet, si l’on relit l’article 21 de la loi Nolf, on voit qu’un arrêté royal suffit pour modifier les programmes d’examen.

            Je soumets donc aussi cette question à l’attention de la Commission.

            M. le Président. – Quelqu’un désire-t-il encore la parole ?

            La parole est à M. Fredericq.

            M. H. Fredericq. – Je tiens tout d’abord à féliciter notre Commission du succès de ses délibérations. Le projet qu’elle nous présente me paraît très supérieur à celui qu’avait élaboré la Classe des Sciences de l’Académie royale.

            Toutefois, je souhaiterais être autorisé à présenter les observations suivantes :

            A.- Candidature en Sciences naturelles et médicales (2e et 3e années).

            Je ne suis guère partisan de l’inscription au programme d’un cours d’Introduction à la Philosophie ; il s’agit d’un cours de formation générale, qui serait plus à sa place dans le programme de l’enseignement secondaire qu’en 2e ou 3e année des études de Médecine.

            Quant au cours de Notions de Psychologie, je ne le considère pas non plus comme indispensable. S’il doit continuer à être inscrit au programme des études médicales, je voudrais qu’il soit entendu qu’il s’agit de Psychologie expérimentale, dont l’enseignement devrait être confié à un médecin et non à un philosophe procédant par introspection. D’ailleurs, les élèves de la candidature ne me paraissent posséder ni les connaissances ni la maturité d’esprit indispensables pour le suivre avec fruit. Si ce cours doit être maintenu, il pourrait avantageusement être transféré au programme du doctorat en médecine et considéré comme une introduction à l’étude de la psychiatrie.

            Pour le dernier alinéa du programme de la candidature en Sciences naturelles et médicales, je propose une légère modification de rédaction : « Les examens de chimie biologique, de… etc., comprennent des épreuves pratiques… » et non des travaux pratiques.

            Enfin, je pense qu’il serait utile que la loi fixât la répartition des matières entre les deux épreuves, de manière à imposer aux quatre Universités un programme uniforme. Cela éviterait les inextricables complications qui se présentent actuellement lorsqu’un étudiant commence ses études de médecine dans une Université et qu’il les continue dans une autre. La rédaction des diplômes devient un casse-tête ; les horaires se chevauchent de façon regrettable. C’est mon expérience de président de jurys d’examens qui m’incite à formuler un vœu.

            B.- Candidature préparatoire à la Pharmacie.

            Dans le programme des candidatures en Sciences naturelles et médicales, la Commission a eu raison de préciser ce qu’il faut entendre par « compléments » de chimie ou de physique : la Classe des Sciences ne l’avait pas fait.

            L’Académie ne pense-t-elle pas, comme le suggère M. Schoofs, que les mêmes précisions s’imposent en ce qui concerne les compléments de chimie ou de botanique inscrits au programme de la candidature préparatoire à la pharmacie ?

            On pourrait dire : « Compléments de chimie (chimie organique) et Compléments de botanique (botanique systématique). »

            M. C. Heymans. – Messieurs, à titre de membre de la Commission, je voudrais répondre  à certaines remarques de M. Fredericq.

            La première concernait le point 8 du programme de la candidature : « Introduction à la philosophie et éléments de logique scientifique et de philosophie morale ».

            Bien entendu, l’Introduction à la philosophie est une branche de culture générale et elle pourrait prendre place dans les études moyennes, mais en fait, dans cet enseignement, on en parle très peu aux étudiants. C’est pourquoi je crois utile que, dans l’enseignement supérieur, on enseigne la philosophie plus en détail, particulièrement la logique scientifique et aussi la philosophie morale : c’est là mon sentiment personnel.

            En ce qui concerne les notions de psychologie, que M. Fredericq voudrait voir glisser dans les branches du doctorat, je crains que le fait de confier ce cours au professeur de psychiatrie ne risque de faire dévier cette étude dans une direction déterminée, parce qu’un bon psychiatre n’est pas nécessairement un excellent psychologue ; tandis qu’un spécialiste en psychologie peut enseigner cette science d’une manière assez générale, c’est-à-dire sur une base plus large que ne le ferait un psychiatre, lequel appuiera surtout sur l’aspect pathologique et non sur les aspects physiologiques des notions de la psychologie.       

            Le troisième point relevé par M. Fredericq, c’est que la loi ne groupe pas par année les branches prévues pour les deux années de candidature. Je suis d’accord avec lui pour constater que cela entraîne, pour les jurys d’examen, des difficultés qui sont un véritable « casse-tête chinois » pour reprendre l’expression de notre collègue. Mais, d’autre part, je crains qu’il soit dangereux de fixer d’une manière immuable les branches à enseigner en première année de candidature et celles qui doivent figurer au programme de la deuxième année de candidature. Cela existe pour les autres doctorats, et l’on voudrait voir établir la même chose pour le doctorat en médecine. Mais, dans certaines universités, il est préférable d’enseigner en deuxième année le cours donné ailleurs en première année, par exemple. Il faut donc tenir compte de certaines conditions locales. C’est pourquoi, il n’est pas mauvais que les Facultés de médecine disposent d’une certaine latitude et qu’on laisse une certaine élasticité quant au mouvement des cours de doctorat en médecine.

            Je crains donc cette immuabilité du programme des cours, surtout, je le répète, en doctorat en médecine, où les conditions d’enseignement sont plus difficiles qu’aux autres. Il ne faut donc pas enlever, aux Facultés de médecine, une certaine liberté quant au programme.

            M. J. Roskam. – Je m’associe aux éloges adressés à la Commission par MM. Schoofs et Fredericq et je me rallie entièrement aux amendements proposés par ce dernier.

            Qu’il me soit permis de faire également une suggestion en ce qui concerne l’anatomie. Je voudrais voir figurer dans cet enseignement, aux cours de la candidature, l’anatomie radiologique. Il me semble que cela pourrait grandement faciliter la besogne des étudiants au doctorat.

            M. R. Vivario. – Je voudrais répondre aux observations de MM. Schoofs et Fredericq en ce qui concerne les études de la candidature préparatoire à la pharmacie.

            La Commission n’a pas précisé ce que devaient être les compléments de chimie et de botanique mais, comme le suggèrent nos collègues, il me paraît désirable d’indiquer qu’il s’agit de Compléments de chimie organique et de botanique systématique.

            M. J. Bordet. – Messieurs, je reste toujours partisan du cours de psychologie et de morale au début des études médicales. Les notions essentielles de psychologie normale et de morale doivent être présentes à l’esprit de tous les étudiants, quelle que soit leur spécialisation ultérieure. Pour ce qui concerne la morale, il ne semble pas opportun de la désigner sous le nom de philosophie morale. Le mot de philosophie fait parfois songer aux dissertations abondantes, aux exercices oratoires, au vocabulaire prolixe plutôt qu’à l’étude minutieuse de la réalité concrète. Or, la morale est une science objective, comme la physique ou la chimie. Se rattachant à la sociologie, elle comporte l’examen des aptitudes mentales nécessaires et des règles qu’il faut appliquer pour que l’humanité reste fidèle au principe, indispensable au maintien de la paix, de la solidarité et de la collaboration fraternelle. Il va sans dire que son étude doit être reprise en doctorat en médecine sous le titre de déontologie médicale.

            M. A. Dalcq.- Messieurs, je me réjouis de constater que le travail effectué par la Commission a été, d’une manière générale, favorablement accueilli par nos Collègues. La critique la plus grave faite à nos propositions émane de M. Fredericq et concerne l’enseignement de la philosophie et de la psychologie. Notre Collègue ne croit pas à la nécessité d’un enseignement de la philosophie en Candidature, et estime que cette formation doit être donnée à la fin de l’enseignement secondaire. Il souhaite maintenir la psychologie, mais la reporter en Doctorat. M. Roskam appuie ces amendements éventuels. M. Heymans a déjà marqué sa préférence pour le régime préconisé par la Commission. Mon opinion est plus proche de celle de M. Heymans que de celle exprimée par nos Collègues liégeois. Il me paraît en effet utile qu’en deuxième et troisième années on maintienne des enseignements comme ceux de la philosophie ou la psychologie, qui traitent de l’homme en général, de la pensée humaine et de son importance ; c’est une contrepartie utile vis-à-vis du reste des enseignements, qui sont plutôt spécialisés et techniques. Cependant, et c’est ici que je me sépare de M. Heymans, il n’y a pas nécessairement inconvénient à ce que les cours de psychologie et de psychiatrie soient donnés par le même professeur. Cela dépend de la personnalité de ce dernier et de la conception qu’il a de sa mission.

            Il serait sans doute souhaitable que la philosophie soit enseignée davantage à la fin du secondaire mais, comme l’a fait observer M. Heymans, dans l’état actuel des choses on ne peut guère espérer une réforme aussi profonde.

            En ce qui concerne la synchronisation des programmes dans les trois années de cours, c’est le seul point sur lequel nous n’avons pu en Commission, parvenir à un accord. Il semble que, dès à présent, les branches pour lesquelles cet accord est possible sont déjà données au même moment ; l’histologie et la physiologie générales sont données en seconde Candidature de même que l’ostéologie, l’arthrologie, la myologie. La splanchnologie et l’anatomie topographique viennent en 3e année, de même que l’histologie et la physiologie spéciales. Malheureusement, l’unanimité sur la distribution des autres branches ou parties de cours paraît extrêmement difficile à réaliser.

            Ma dernière remarque portera sur la proposition de M. Roskam, au sujet de l’anatomie radiologique. Dès à présent, le libellé des programmes permet de donner cette formation, et on le fait effectivement en certaines Facultés, et notamment dès la candidature. N’oublions pas d’ailleurs qu’il existe en Doctorat un cours d’Anatomie des régions qui est tout indiqué pour reprendre les aspects radiologiques de l’anatomie ; cet enseignement est alors plus efficace qu’en candidature, grâce à la maturité plus grande des étudiants. Il me paraît donc pas nécessaire de mentionner dans le rapport cette préoccupation, si justifiée soit-elle ; on peut, sur ce point, faire confiance aux Anatomistes.

            M. L. Brull. – Messieurs, j’appuie la thèse de M. Fredericq en ce qui concerne l’enseignement de la psychologie. En effet, alors que la technique prend un développement chaque jour plus considérable, beaucoup de médecins négligent trop la psychologie du malade et n’en tiennent pas compte dans l’interrogatoire de leurs patients. Or, j’ai toujours professé l’opinion qu’un médecin n’est pas digne de ce titre s’il ne sait pas sonder la psychologie de ses malades.

            L’enseignement de la psychologie serait très fructueux au doctorat car il apprendrait au candidat à mieux aborder son malade et à l’interroger avec fruit.

            Je n’ai pas bien compris la différence que l’on peut faire entre la psychologie normale et pathologique. Leur frontière n’existe pas. J’estime que l’enseignement de la psychologie en Candidature fait plutôt l’effet d’un cours de mathématiques.

            L’étudiant est encore trop jeune à ce moment pour en tirer tout le bénéfice qu’il est capable d’en tirer lorsqu’il est entré en contact avec l’humanité souffrante.

            M. Ch. Van Goidsenhoven. – Messieurs, je me rallie entièrement aux considérations émises par M. Fredericq, notamment en ce qui concerne la place à donner à la psychologie ; mais si ce cours risque d’être un enseignement livresque, il n’intéressera pas les étudiants en médecine.

            M. F. Bremer. – Somme toute, les notions préparatoires sont les mêmes pour la pharmacie et pour la médecine, mais quel est le programme de deuxième année universitaire pour la candidature préparatoire à la pharmacie ?

            M. E. Van Campenhout. – Les compléments de chimie, les éléments d’anatomie et de physiologie humaines, les compléments de botanique et les éléments de minéralogie et de géologie.

            M. F. Bremer. – J’en infère donc que les compléments de chimie servent d’introduction à la chimie biologique.

            M. J. Titeca. – Puisque les psychiatres ont souvent été mis en cause, je me crois particulièrement autorisé à prendre part à cette discussion.

            Personnellement j’estime, comme la plupart des orateurs qui m’ont précédé, qu’il est fort peu souhaitable de confier dans une Faculté de Médecine l’enseignement de la psychologie à un psychologue. Par ailleurs, je crois, comme M. Fredericq, que les étudiants en candidature ne possèdent pas encore les connaissances indispensables pour profiter pleinement d’un enseignement rationnel de la psychologie, enseignement qui doit être basé sur une connaissance approfondie de l’anatomie et de la physiologie ou du système nerveux.

            Je vous rappelle que, par exemple, de grands progrès ont été réalisés au cours des dernières années dans divers domaines de la psychologie. L’Ecole de Montréal, sous l’impulsion de Penfield et de Jaspar, a réalisé sur l’homme de véritables expériences en ce qui concerne les processus de la mémoire. L’exposé de telles expériences, qui consistent à pratiquer des simulations très limitées à certaines zones temporales, ne peut être pleinement compris, à mon avis, par des étudiants qui ne possèdent pas encore les connaissances indispensables d’anatomie et de physiologie. C’est pourquoi, d’après moi, l’enseignement de la psychologie à la Faculté de Médecine devrait toujours être confié à un psychologue ayant une formation biologique générale et le cours devrait être inscrit dans un des doctorats.

            M. J. Bordet. – La psychologie étant un chapitre de la physiologie il est logique qu’elle soit enseignée par un médecin. La pensée étant une fonction du cerveau, de multiples rapports unissent son activité à celle des autres constituants de l’organisme.

            M. le Président. – Nous avons entendu tout un ensemble d’observations qui n’ont pas manqué d’intérêt, et plus personne ne demandant la parole, je puis donc considérer la discussion comme étant close.

            En ce qui concerne, j’ai été un surpris de voir l’enseignement de la psychologie retardée jusqu’au doctorat, mais je suis aussi convaincu qu’il devrait être donné par un vieux clinicien ayant l’habitude des malades ordinaires, et non par un psychiatre qui, lui, n’est en rapport qu’avec des malades anormaux.

            Monsieur le rapporteur désirant encore dire quelque mots, je lui donne volontiers la parole.

            M. E. Van Campenhout. – Messieurs, avant de donner suite à plusieurs suggestions qui ont été faites, il serait utile de réunir d’abord la Commission. Je voudrais cependant faire encore une petite remarque immédiatement, au sujet de ce qu’ont dit MM. Roskam et Fredericq.

            M. Fredericq affirme que les étudiants ne sont pas à même, au début, de comprendre la psychologie. Or, en troisième candidature ils sont sensés connaître l’anatomie et la physiologie et s’ils ne sont pas capables de suivre un cours de psychologie à ce moment-là, alors ils ne le seront plus jamais.

            Il faut cependant bien distinguer entre la psychologie expérimentale, qui est normalement une psychologie spécialisée, et la psychologie du malade, qui peut être apprise par tout étudiant en médecine.

            A M. Roskam, je fais remarquer que l’anatomie radiologique est une partie du cours d’anatomie.

            M. le Président. – Je vous remercie encore au nom de la Compagnie.

            Personne ne s’étant fait inscrire pour la discussion des communications faites au cours des séances précédentes, je les considère comme étant terminées.

Séance du 30 avril 1955.

 

Complément

au rapport de la Commission interacadémique chargée d’étudier la révision de la loi du 21 mai 1929 sur la collation des grades académiques légaux et le programme des examens universitaires.

Note concernant la candidature en science préparatoire à la médecine vétérinaire.

Bruxelles, le 25 juin 1955.

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

            Conformément à l’avis exprimé par la Commission chargée d’étudier la réforme de la loi du 21 mai 1929 sur la collation des grades académiques, les délégués des écoles de médecine vétérinaire de Cureghem et de Gand se sont réunis pour examiner le programme des deux années de candidature en sciences naturelles préparatoires à la médecine vétérinaire.

            Etaient présents : MM. les Professeurs G. Peeters et A. Verstrate, de Gand ; F. Liégeois, de Cureghem.

            Ils estiment que pour répondre aux exigences de la médecine vétérinaire, il y a lieu de proposer le programme suivant :

I. – Epreuve propédeutique S. N.  (Sciences Naturelles) :

1)    Physique expérimentale ;

2)    Chimie générale ;

3)    Eléments de Biologie (Notions générales, botanique, zoologie) ;

4)    Introduction aux Mathématiques supérieures y compris les notions de statistique.

II.   – Epreuve de candidat proprement dit :

1)    Compléments de Chimie organique et analytique servant d’introduction à la chimie biologique ;

2)    Compléments de Zoologie ;

3)    Compléments de Botanique ;

4)    Eléments de Géologie et de Géographie physique ;

5)    Eléments de Philosophie : Logique, Psychologie, Morale.

Ces matières font l’objet de deux années d’étude au moins.

Chacune des deux épreuves comprend des travaux pratiques sur toutes les matières qui en comportent.

            Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire perpétuel, l’expression de notre haute considération.

(S.) F. Liégeois, G. Peeters, A. Verstraete.

(N.B. Excusé, mais ayant marqué son accord :

Professeur Ch. Van Goidsenhoven).

 

Séance du 25 juin 1955.