Académie royale de Médecine de Belgique

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Vidéo et résumé de Nathalie M. Delzenne

LE MICROBIOTE INTESTINAL EN TANT QUE NOUVELLE CIBLE THÉRAPEUTIQUE

(Ont pris part à la discussion Mme Fr. Meunier, MM. J.E. Dumont, J.-M. Kauffmann, Th. Godfraind, Mme J. Fontaine, MM. M. Lamy, P. Forget, A. Scheen et R. Louis)

 

AVANCÉES RÉCENTES DANS  DOMAINE DE L’OBÉSITÉ ET DES DÉSORDRES NUTRITIONNELS

(Séance du samedi 25 janvier 2014)

par Nathalie M. DELZENNE (UCL), membre ordinaire.                

Les cent mille milliards de bactéries qui colonisent le tractus digestif humain composent le  microbiote intestinal. Le regain d’intérêt pour cet écosystème avec lequel nous vivons en symbiose émane, notamment, du développement de nouvelles approches moléculaires basées sur le séquençage du  « microbiome » (correspondant au génome bactérien). Une dysbiose, c’est-à-dire une perturbation de la composition ou des fonctions métaboliques du microbiote, caractérise de nombreuses pathologies ou altérations métaboliques et nutritionnelles, telles que les pathologies inflammatoires de l’intestin, l’obésité et le syndrome métabolique, la malnutrition, mais également des désordres comportementaux. Ces altérations du microbiote sont-elles la cause ou la conséquence de l’état métabolique? Des données expérimentales et d’intervention chez l’homme suggèrent un rôle causal de la dysbiose dans les perturbations du métabolisme énergétique de l’hôte.

Le concept de prébiotique élaboré en 1995  définit l’impact de certains constituants de l’alimentation (principalement des oligosaccharides, ou polysaccharides) qui échappent à la digestion dans la partie haute de l’intestin, mais qui peuvent être fermentés sélectivement par certaines bactéries, cet effet étant associé à une amélioration de certaines fonctions physiologiques de l’hôte. Les mécanismes moléculaires sous-jacents des effets prébiotiques dans le contexte de l’obésité et du syndrome métabolique impliquent une amélioration de la fonction barrière de l’intestin, une modulation de la fonction endocrine gastro-intestinale, de la sensibilité à la leptine et à l’insuline,  et une modification de l’expression de gènes clés régulateurs du métabolisme énergétique, de l’immunité et de la différentiation adipocytaire. La connaissance des mécanismes fondamentaux de la relation entre nutriments, microbiote et hôte ouvrira très probablement de nouveaux horizons dans la prise en charge thérapeutique de pathologies et de découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques dans des contextes où l’approche pharmacologique classique reste peu fructueuse.