Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire de M. M. Chevremont, de Liège, intitulé : "Contribution à l'étude des microsomes"

La Commission chargée de l’étude de ce travail était composée de MM. P. Gérard et J. Firket, rapporteur, Membres titulaires.

            La connaissance de la structure du cytoplasme reste un des objectifs de la Cytologie. Les techniques d’étude des cellules vivantes en culture, celles de micro-dissection et d’ultra-micro-scopie ont permis, il y a quelques temps déjà, de voir quelles structures, observées sur les cellules fixées, sont dues à des artefacts et quelles autres sont réellement existantes dans le cytoplasme frais.

            A la suite de l’application de semblables techniques, on considérait, il y a une dizaine d’années encore, que la substance fondamentale du cytoplasme vivant apparaît, lorsqu’on l’examine aux plus forts grossissements de l’analyse microscopique par transparence, comme système colloïdal homogène renfermant des vacuoles et des chondriosomes, système qui est optiquement vide à l’ultra-microscope. Certaines procédures, et notamment la fixation par les vapeurs osmiques, conservent au cytoplasme fixé l’aspect sus-décrit pour les cellules vivantes. Et pourtant, plus récemment, des auteurs comme Frey-Wyssling, Monne, Peters, Schmidt, etc. ont pu mettre en évidence une structure submicroscopique en réseau ou en trame, que l’on attribue en général à l’orientation ou à l’union particulière de certaines molécules ; ce fut le résultat de l’observation de la biréfringence au microscope polarisant et des spectres de diffraction aux rayons X.

            D’autres part, l’application des méthodes de centrifugations fractionnées à grande vitesse, utilisées depuis 1934, et progressivement améliorées, permirent de mettre en évidence l’existence d’un nouveau constituant submicroscopique dans le cytoplasme. Notre compatriote Albert Claude s’illustra particulièrement en 1938 en isolant ainsi de fins granules différents des chondriosomes et des grains de sécrétion, dont le diamètre approximatif est de 80 à 150 mµ, granules que l’on ne voit pas en lumière transmise. En 1943, Claude appela ces éléments submicroscopiques des microsomes. Grâce à son haut pouvoir de résolution le microscope électronique confirma et précisa ces derniers résultats. Les études faites par Claude, par Stern, par Brachet et Jeener et d’autres encore, permirent d’établir que les microsomes sont riches en acide ribonucléique, qu’ils contiennent des protéines soufrées, des lipides et divers enzymes. Leur importance s’affirma dès que l’on s’aperçut qu’il s’agissant là d’un constituant constant du protoplasme cellulaire, aussi bien des tissus normaux que des tissus tumoraux.

            Notre confrère Chèvremont, très averti des possibilités que les cultures de tissus apportent dans les problèmes de biologie cellulaire, estimant d’autre part que les histiocytes macrophages que l’on voit dans les cultures avaient été le matériel de choix des auteurs précités, pour la démonstration des microsomes, grâce à la possibilité qu’ils ont de s’étaler, in vitro, en lames protoplasmiques minces, aborda à son tour l’analyse microscopique de ces dernières cellules du point de vue de la recherche des microsomes. Ses observations furent faites en microscopie à lumière transmise sur des cultures fixées au moyen des liquides les moins détériorants ; il tenta semblable recherche parce qu’il estimait que, malgré tout, la centrifugation différentielle et la microscopie électronique sont des moyens d’investigation relativement brutaux. Les grossissements indirectement atteints dans ses illustrations microphotographiques vont jusqu’à 3.375 fois. En outre, il appliqua aux mêmes histiocytes macrophages, la méthode récemment découverte du microscope à contraste de phases. On sait que celle-ci permet de déceler, sur des cellules vivantes et non colorées, et ce avec la plus grande netteté, les particularités structurales que les plus fines méthodes de coloration de la cytologie classique avaient mises en évidence après de longues années.

            M. Chèvremont put constater la présence de granules très analogues aux microsomes dans les cellules très étalées de ses cultures, fixées par des mélanges osmiés, et colorés par l’hématoxyline ferrique, confirmant ainsi l’existence des microsomes basée jusque-là sur les expériences de centrifugation différentielle, et d’examens au microscope électronique.

            De remarquables microphotographies illustrent la démonstration. Les images vues sont très comparables à celles que Claude et Porter obtinrent avec le microscope électronique. En réservant à notre Compagnie la primeur de semblables possibilités de démonstrations des microsomes, M. Chévremont confirme l’annonce qu’il en avait faite au Congrès international de Cytologie expérimentale de Stockholm, en 1947, devant les spécialistes les plus avertis.

            Il croit pourtant que sa démonstration n’a été rendue possible  que par les conditions particulièrement favorables d’étalement, de fixation et de coloration qu’il a utilisées. C’est probablement du fait que le diamètre des granules observés est augmenté par une couche de laque d’hématoxyline et de fer enveloppante que la microscopie par transparence permet de les voir.

            Quant à la question de savoir si les microsomes sont également visibles dans les cellules vivantes non fixées et examinées au microscope à contraste de phases, malgré les conditions favorables où l’auteur s’est trouvé, il semble que jusqu’à présent, pas plus que les auteurs qui, comme Hughes et Fell, Buchbaum et même Zollinger, qui avaient utilisé la microscopie de phases, M. Chèvremont n’a pu observer des microsomes dans les conditions où il s’est placé. Semblable démonstration eût certes été importante, puisqu’elle eût été faite, cette fois, sur du protoplasme vivant ; mais il semble qu’en microscopie de phases, aussi bien que dans les autres conditions d’analyse microscopique ou submicroscopique, la visibilité des éléments ou leur démonstration dépend de leurs dimensions et de leur réfringence par rapport au milieu. En cytologiste averti, M. Chèvremont nous dit qu’il n’est pas impossible que les conditions d’examen employées jusqu’ici puissent être améliorées en utilisant des objectifs actuellement à l’étude, tels que ceux à contraste variable ou encore en employant des films ou des plaques photographiques plus sensibles ou à contraste plus fort.

            Nous devons savoir gré à M. Chèvremont de nous donner la démonstration iconographique exceptionnellement brillante qui illustre son mémoire.

            Nous souhaitons que M. Chèvremont nous apporte d’autres travaux à l’avenir et que les résultats forcément limités qu’il nous donne aujourd’hui ne soient pas les seuls qu’il expose au jugement de notre Compagnie. Sa réputation de cytologiste et d’histiochimiste n’est pas établie seulement sur sa contribution actuelle. Elle est basée sur des travaux dont l’importance a été depuis longtemps reconnue, travaux relatifs notamment à la radio-sensibilité tissulaire, à la détection histochimique de la lactoflavine et des substances à groupe sulfhydrile, à la transformation des myoblastes en macrophages et son déterminisme, enfin à la relation de la phosphatase alcaline et de la croissance.

            Aussi l’ensemble de son œuvre et le mémoire soumis à notre appréciation nous engagent-ils à proposer à l’Académie : 1° de publier son mémoire dans notre Bulletin en lui demandant de réduire le nombre de ses illustrations pourtant fort belles ; 2° de porter son nom sur la liste des aspirants au titre de Correspondant de notre Compagnie ; 3° de souhaiter que M. Chèvremont nous apporte encore à l’avenir d’autres résultats de ses travaux.

            Ces propositions sont adoptées.

Séance du 28 janvier 1950.