Académie royale de Médecine de Belgique

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Discours Jean-Bernard Otte, fin de mandat présidentiel 2013

ALLOCUTION DE M. J.-B. OTTE,

Président  sortant  

Cher Jacques Boniver,  nouveau Président

Cher Jacques Brotchi, nouveau premier vice-Président, 

Chers membres du Bureau sortant et entrant,

Cher Augustin Ferrant, Secrétaire perpétuel,

Chers collègues, Mesdames, Messieurs,

Dans mon discours d’entrée en fonction, je vous avais dit ne pas avoir cherché à occuper la Présidence de notre Compagnie. Arrivé au terme de mon mandat, je reconnais à avoir eu du plaisir à exercer cette fonction. La première raison en est la convivialité et la franchise des échanges au sein du Bureau. J’y ai côtoyé de riches personnalités d’autres disciplines que la mienne, avec des caractères et des compétences diverses et d’orientation philosophique différente, ce qui reflète bien le caractère pluraliste de notre société.

Je souhaite profiter de cette occasion pour les en remercier très chaleureusement, en particulier les deux vice-présidents et le Secrétaire perpétuel. Je rends un hommage appuyé à ce dernier pour la manière efficace avec laquelle il gère les affaires de notre Compagnie. Les textes soumis au Bureau le sont en temps et en heure, y compris les procès-verbaux des réunions du Bureau rédigés à partie de gribouillis écrits en séance et certainement soutenus par une large random allocation memory. Tout cela avec une égalité d’humeur, alors que nous savons que ses prestations au service de l’Académie sont très lourdes et actuellement non compensées.

Pierre Coulie et Jean-Marie Boeynaems ont apporté une précieuse collaboration aux travaux du Bureau qu’ils quittent aujourd’hui ; je les en remercie.

Je souhaite la bienvenue aux deux nouveaux membres du Bureau : Mme D. Balériaux  apportera un vent féminin dans les voiles du Bureau, avec son phrasé typique plein de distinction et la pertinence de ses interventions. Dans Ulysse, Homère attribue à Eole six fils et six filles, Mme Balériaux aurait pu être l’une d’entre elle.

Jacques Melin vient compléter le trio des Jacques. Je ne crois pas qu’ils vont animer une révolte comme au temps des jacqueries qui étaient des révoltes paysannes au moyen-âge et se sont poursuivies à la période révolutionnaire. Mais réjouissons-nous car à eux trois ils vont imprimer un nouveau dynamisme au Bureau et à toute la Compagnie.

Une deuxième source de plaisir a été la présentation des orateurs des séances ordinaires et l’enrichissement intellectuel nourri par leur écoute.

La présidence de notre Compagnie et des réunions du Bureau donne à celui qui l’exerce une amorce de levier pour faire bouger les choses et prendre des initiatives. Ce fut une troisième source de plaisir. Je suis donc un Président sortant comblé.

J’en viens maintenant aux  aux dossiers aboutis ou non pendant ma présidence. Je vous avais annoncé qu’un de mes objectifs était de promouvoir la politique de santé des enfants et la représentation du monde pédiatrique au sein de notre Académie. Je remercie le Bureau de m’avoir soutenu. Concrètement, un poste de spécialiste en médecine aiguë de l’enfant a été ouvert et a échu, lors de la dernière élection, à un représentant éminent en la personne de Stéphane Clément de Cléty. Des lectures par des pédiatres de diverses sous-spécialités sont prévues au programme de 2014 et de 2015.

Un symposium a été consacré le 3 mai 2013 à l’excès de poids chez l’enfant qui est devenu une plaie de notre société. Ce fut un grand succès avec participation d’une grosse centaine de personnes issues pour la plupart de milieux extra-académiques. Les actes de ce symposium sont accessibles sur le site de notre Compagnie, grâce à la diligence du coordinateur administratif, Alexandre Buchet ; ceci me donne l’occasion de le remercier vivement pour sa diligence et son efficacité dans les nombreuses tâches qui lui sont confiées.

Le 26 mai prochain, nous organiserons, avec les Commissions mère-enfant des deux Académies, un symposium sur l’apport des biotechnologies et de la multidisciplinarité à l’amélioration de l’espérance  et de la qualité de vie des enfants. Le programme vient d’être finalisé et sera très prochainement affiché sur le site des deux Académies. Grâce au soutien financier du Fonds de Biotechnologie-Biotechnologie Fonds, nous sommes en mesure d’inviter trois orateurs étrangers de grand renom : Mme Isabelle Sermet, de Paris, qui nous parlera du traitement génétique curatif de la mucoviscidose, Amid Nathwani, de Londres, qui nous parlera du traitement génétique de l’hémophilie et Harald Winter de Boston, pionnier du développement de nouvelles molécules pour le traitement des maladies inflammatoires de l’intestin. Voilà des sujets susceptibles d’intéresser nombre d’entre vous. L’invitation sera bien sûr largement diffusée au monde pédiatrique.

Pour clore le chapitre pédiatrique, j’ai eu le privilège d’inviter, pour la séance ordinaire de décembre, un grand format de la chirurgie pédiatrique, le Professeur Juan Tovar de Madrid et le Professeur Giorgio Perilongo, de Padoue, Président en exercice de la Société Internationale d’Oncologie Pédiatrique.

Je ne reviendrai pas sur les deux symposia organisés sur la transplantation avec la KAGB en 2010 et 2012. Nos objectifs ont été atteints, y compris la suppression de toute discrimination en matière d’assurances à l’égard des donneurs vivants, hormis  l’obtention  d’un arrêté d’exécution d’un article de la loi de 1986 pour la prise en charge par l’INAMI des frais médicaux à charge des donneurs vivants et la juste compensation de la perte de revenus professionnels liée à l’arrêt de travail. Nous n’avons pas été entendus par la Ministre Onkelinx malgré plusieurs courriers pendant les quinze derniers mois dont certains lui ont été remis en mains propres par Jacques Brotchi au titre de membre du Sénat, et que je remercie pour son appui. C’est un petit exemple du poids très relatif de notre Académie. J’y reviendrai plus loin et cette problématique sera développée par notre nouveau Président.

Confrontées à la volonté politique d’élargir aux mineurs d’âge la loi de dépénalisation sous conditions de l’euthanasie  de 2002, les deux Académies de Médecine ont mis sur pied une commission mixte pour préparer des recommandations communes. Notre réflexion a été nourrie par un remarquable document sur l’accompagnement des enfants en fin de vie, rédigé par Stephan Clément de Cléty de l’UCL, Christine Fonteyne et Bernard Dan de l’ULB.

Ces recommandations ont été approuvées de façon consensuelle par notre assemblée générale le 30 novembre 2013 et, sur le même mode, le 18 janvier 2014 par la KAGB. Elles ont été diffusées au monde politique et aux medias le 21 janvier, alors que le débat a commencé à la Chambre des représentants. Piloter avec Marc De Broe ce dossier très délicat a été une rare mais enrichissante expérience. Je remercie le bureau et l’assemblée générale de notre Compagnie pour leur soutien.

Le prochain Bureau, sous la guidance de notre nouveau Président, va entreprendre une réflexion, cette fois prospective, sur la question encore plus difficile de l’extension de la loi aux victimes d’une affection cérébrale dégénérative. Je dis « réflexion prospective » car nous avons été réduits à être réactifs en ce qui concerne les mineurs.

J’encourage le nouveau Bureau à poursuivre la collaboration avec notre Consoeur flamande, déjà concrétisée dans les initiatives auxquelles je viens de faire allusion et facilitée par les qualités relationnelles et linguistiques de notre Secrétaire perpétuel, Augustin Ferrant et de notre coordinateur administratif, Alexandre Buchet. Il est certain que le poids des avis émis par nos deux Académies est accru par une démarche commune. Voyez d’ailleurs les initiatives prises dans le domaine de la culture. Un accord de collaboration a été signé dans ce domaine par les ministres en charge dans les deux communautés, quoique le contenu doive encore être précisé pour ne pas rester dans le jardin des bonnes intentions. Sur le terrain culturel, cet accord a été précédé par des initiatives importantes comme la collaboration entre le Théâtre National et le KVS qui programment des initiatives communes, comme les spectacles de Tom Lannoy dans les deux langues et sur les deux scènes.

Mes chers Collègues, permettez-moi d’aborder le futur de notre Académie de Médecine, à vrai dire le futur des deux Académies de Médecine dont le sort est lié en la matière  car il est à craindre que leur statut et leur rôle social passent de la tour d’ivoire élitiste à celui du cercle des poètes disparus quoique férus d’excellence.

Pourquoi ce propos alarmiste ? La réduction drastique, dont vous parlera notre nouveau Président, de l’allocation de fonctionnement que l’ARMB a reçu de la Communauté Française en 2013, et recevra en 2014 est le reflet de la méconnaissance du rôle de notre Académie mais, c’est à craindre, aussi de la diminution du poids de l’Académie en matière d’avis demandés et remis rapidement. D’ailleurs, l’ARMB n’a jamais reçu aucune demande d’avis de la ministre ayant la santé dans ses compétences dans la Communauté Française ou la Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous n’avons reçu que de très rares demandes d’avis de la Ministre Onkelinx au niveau du Gouvernement fédéral. Ce dernier s’est doté d’outils performants, largement pourvus en chercheurs et en moyens financiers, comme le Centre Fédéral d’expertise-KCE et le Conseil Supérieur de la Santé. Comment les Académies de Médecine pourraient-elles rivaliser avec ces structures ?

Prenons comme exemple la discussion en cours sur la modification du système de contingentement de certaines spécialités médicales, à savoir la médecine générale, la gériatrie, la médecine aiguë, la médecine d’urgence et la psychiatrie infanto-juvénile qui souffrent d’un déficit de praticiens. Dans le cas précis de la médecine générale, l’INAMI a réalisé en 2012 une étude sur la performance de la médecine générale. Nous ne comptons dans cette spécialité qu’un seul représentant au sein de notre Compagnie. Fût-il soutenu par des collègues, comment pourrait-il dégager temps, moyens d’investigation et ressources pour réaliser ce genre d’enquête et permettre à notre compagnie d’émettre un avis qualifié ?

La gériatrie est un autre exemple patent. Nous savons, toutes et tous, les conséquences sociales et médicales du vieillissement de la population. L’Académie de Médecine pourrait trouver opportun et même indispensable d’y réfléchir et d’émettre des recommandations, alors que nous ne comptons dans nos rangs aucun représentant de cette discipline puisque aucun des trois candidats à ce profil n’a obtenu la majorité absolue lors des dernières élections. Il n’en reste pas moins que le prochain Bureau pourrait prendre des initiatives en la matière, par exemple la programmation d’un symposium thématique.

Il m’apparaît que la remise en  question par la Fédération Wallonie-Bruxelles du financement du fonctionnement de notre Académie est une sorte d’électrochoc qui doit nous inciter, et particulièrement le nouveau bureau, à réfléchir en profondeur au rôle des Académies de Médecine, avec la KAGB, puisque la même préoccupation est née dans leurs rangs et qu’ils ont pris un premier contact avec notre Secrétaire perpétuel.  Le rôle des Académies  ne peut être réduit à quelques symposia thématiques et aux séances de lectures, aussi passionnantes qu’elles puissent être comme celle d’aujourd’hui, alors qu’il existe un grand nombre de sociétés scientifiques dans notre pays.

Chers collègues, Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi de terminer en vous présentant, dans les mêmes termes que dans mon discours d’entrée il y a un an, mes vœux très sincères pour la nouvelle année que nous venons d’entamer. Pour ceux qui sont encore en pleine activité, gardez du temps pour votre famille et pour vous-même. Pour ceux qui sont retraités, prenez du bon temps mais gardez votre esprit de service.

Je vous remercie pour votre aimable attention.