Académie royale de Médecine de Belgique

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Notice biographique

André LEMIERRE était né à Paris le 30 juillet 1875. Son père était d'origine normande, sa mère était née à Paris. Il perdit son père très tôt mais sa mère, jeune veuve, éleva courageusement ses cinq enfants.

Il fit ses études secondaires au Collège Monge et poursuivit le cycle de ses études médicales à l'Université de Paris. Il fit d'abord une année d'internat dans le service de Widal, notre Collègue regretté, qui eut sur lui une influence qui ne s'atténua jamais.

Lors de sa présentation comme candidat au titre de Membre honoraire étranger de notre Compagnie en 1950, le rapporteur émit à son sujet l'appréciation suivante: "M. A. Lemierre, Professeur émérite de la Faculté de Médecine de Paris où il était chargé de la clinique des maladies infectieuses a aussi été Professeur à l'Institut de Médecine coloniale de Paris: il est l'auteur de nombreux et importants travaux et jouit d'une réputation universelle".

L'oeuvre scientifique de notre défunt Collègue est très vaste: tous les articles consacrés à sa mémoire sont unanimes à en souligner la valeur exceptionnelle. A l'exemple de Widal, il prit comme base fondamentale de ses travaux l'examen clinique mais s'empressait d'y ajouter: "L'examen clinique au lit du patient ne suffit pas, les investigations d'ordre bactériologique, chimique, physique et histologique poursuivies au laboratoire en sont le complément indispensable", mais elles ne doivent quand même être utilisées que comme des éléments d'appoint. L'ensemble des travaux du Professeur Lemierre se partage en deux groupes: l'un portant sur les affections des reins, l'autre sur les maladies infectieuses. Des recherches sur les névropathies sont toujours d'actualité et servent de base aux chercheurs. Sa vaste expérience sur les névropathies fut consignée dans un traité devenu classique qu'il fit paraitre en collaboration avec Widal.

Le domaine des maladies infectieuses lui doit également d'importantes acquisitions. Elles ouvrent aux recherches des cliniciens des champs tout à fait nouveaux et pleins d'avenir. Il se mit en pratique dans un très grande mesure l'hémoculture qui est depuis lors restées l'élément capital des recherches en ce domaine. Pendant ces quinze dernières années, il se voua spécialement à l'étude des maladies à anaérobies. Ses travaux les plus connus en ce domaine sont ceux sur les septicémies à streptobacillus moniliformis, ceux sur les bactériémies à bacillus ramosus et surtout ceux sur les septico-pyohémies à bacillus funduliformis. Mais s'il consacra presque toute son activité aux névropathies et aux maladies infectieuses, il ne laissa jamais passer l'occasion d'étudier les malades qui s'offraient à son observation de grand clinicien. C'est ainsi qu'il consacra plusieurs travaux à l'étude du Kala-azar, de la fièvre bilieuse hémoglobinurique...

La plupart de ses recherches sont devenues classiques. Sa vaste expérience personnelle lui facilita grandement la publication de son grand traité de médecine en 17 volumes qu'il élabora avec les Professeurs Lenormant, Fagniez...

Les plus grands honneurs lui avaient été octroyés: élu à l'Académie nationale de Médecine dès 1933, il en devint le Président en 1952. Il était Grand Officier de la Légion d'Honneur et décoré de multiples ordres étrangers. Ces grands honneurs lui étaient décernés sans qu'il eût garde de les rechercher. En réalité, ils n'ajoutaient rien au prestige de ce savant universellement connu par l'éclat de son enseignement et la valeur de son oeuvre scientifique.

Notre Académie l'avait d'emblée élu Membre honoraire le 16 décembre 1950. Dès l'annonce de son décès, le Bureau a tenu à envoyer un message de condoléances à Madame Lemierre et à sa famille. Nous tenons à leur réitérer aujourd'hui l'expression de nos profonds regrets pour la grande perte qu'ils subissent, et le témoignage de notre profonde sympathie. Nous y associons les Institutions scientifiques que sa mort a mises en deuil et qui, comme notre Compagnie, conserveront sa mémoire en pieuse vénération.