Académie royale de Médecine de Belgique

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Rappel du projet de motion élaboré par la Classe des Sciences de l'Académie royale de Belgique concernant l'utilisation pacifique normale de l'énergie nucléaire

M. M. Florkin, Président, avait, en séance du 31 mai 1975, suite à la lecture faite par M. Z.M. Bacq sur « Les dangers radiobiologiques de l’exploitation pacifique de l’énergie nucléaire », présenté un projet de motion établi par la Classe des Sciences de l’Académie royale. M. M. Florkin avait fait ressortir qu’il existait sur ce plan, une incidence nettement médicale, soulignant que notre pays devrait pouvoir disposer sans trop tarder d’une unité de recherche consacrée à l’étude des effets du plutonium et de certains autres atomes radioactifs de façon à pouvoir : 1° prévoir à temps tout danger biologique ; 2° répondre sans délai aux demandes des autorités ; 3° entraîner des équipes de sécurité. Il demandait que l’Académie de Médecine émette une opinion à ce sujet.

            Le texte de ce projet de motion était rédigé en ces termes :

            La Classe des Sciences de l’Académie royale de Belgique, après avoir entendu deux exposés résumant les travaux de l’UNSCEAR (Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des radiations ionisantes) se déclare convaincue que l’utilisation pacifique normale de l’énergie nucléaire, même considérablement amplifiée, ne représentera qu’une augmentation extrêmement faible, pratiquement négligeable (quelques pour cent) des sources naturelles d’irradiation auxquelles tous les êtres vivants sont soumis depuis l’apparition de la vie sur terre.

            Mais, étant donné la persistance de certaines incertitudes, la Classe estime que notre pays devrait pouvoir disposer d’un Institut national de recherche consacré à l’étude du plutonium, des transuraniens et des atomes radioactifs produits par les centrales nucléaires. Cet institut aurait notamment pour mission de prévenir tout danger biologique, de répondre aux problèmes posés par les autorités et de préparer des équipes de techniciens à la manipulation du plutonium.

            Après une longue discussion qui s’est poursuivie entre MM. Z.M. Bacq, M. Millet, R. Bourg, R. Goutier et M. Gerebtzoff, M. le Vice-Président donne la parole à M. Bacq qui tient à apporter les précisions suivantes :

            M. Z.M. Bacq. – Depuis le dépôt du texte de ma lecture, diverses publications ont confirmé les faits que j’ai en l’honneur d’exposer à l’Académie le 31 mai :

            1. – la concentration du plutonium provenant des retombées atomiques dans les gonades des citoyens des U.S.A. est d’environ 0.5 pCi/Kg. Cette concentration est du même ordre de grandeur que celle des tissus mous (Richmond C.R. et Thomas R.L., Health Physics, 29, 241-250, août 1975) ;

            2. – dans l’une des îles de l’atoll d’Eniwetok, on trouve en surface des particules contenant plusieurs milligrammes de Pu ; la radioactivité atteint 0.5 à 0.75 mR/heure (Gudiksen P.H. et Lynch O.D.T., Health Physics, 29, 17-25 juillet 1975) ;

            3. – dans le lichen Cladomia alpestris brouté par le renne dans le centre de la Suède, on trouve, en provenance des retombées atomiques, une impressionnante série de radionuclides : 133 Eu, 144Ce, 137Cs, 125Sb, 106Ru, 95Zr et 54Mn. L’auteur a calculé que la dose totale absorbée par ce lichen de 1961 à 1975 est de l’ordre de 15 rad (Sören Mattsson L.J., Health Physics, 29, 27-41, juillet 1975) ;

            4. – les dosages de 239 Pu et 238 Pu dans le même lichen de la même région, indiquent des niveaux impressionnants de 300 pCi/kg de matière sèche pour le 239 (en 1970) et de 7 pCi (en 1967) pour le 238. Ces chiffres confirment les dosages de Pu effectués dans l’air entre 1960 et 1972 (voir fig. 4 de mon exposé du 31 mai) (Holm E. et Persson R.B.R., Health Physics, 29, 43-51, juillet 1975).

            N’est-on pas en droit de dire que la pollution de tout l’hémisphère nord de notre planète est largement réalisée depuis plus de dix années par les retombées des essais militaires d’engins nucléaires et thermonucléaires ?

            Enfin, on trouvera à la page 181 de la livraison de juillet 1975 du même périodique Health Physics, les résultats d’une enquête de Claire Nader (Washington). La première phrase de l’abstract est la suivante : « Human exposure to medical radiodiagnostic X-rays can be reduced by 90% without loss of benefit ».

Séance du 27 septembre 1975.