Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission mixte chargée d'examiner la note des professeurs d'Ophtalmologie du pays, relative à l'intention manifestée par les opticiens, d'obtenir le titre d'optométristes

Cette Commission mixte, composée pour l’Académie de Médecine, de MM. J. François, J. Titeca, M. Appelmans, J. Lequime, R. Weekers et G. Verriest, et, pour la « Koninklijke Academie voor Geneeskunde », de M. J. Colle, P. Kluyskens et P. Van de Calseyde, a établi le rapport suivant dont M. J. Titeca donne lecture :

            « Les professeurs d’Ophtalmologie des Universités belges sont unanimement très inquiets de l’intention des opticiens de se faire considérer comme des optométristes, dont les activités comportent le dépistage de symptômes de pathologie oculaire. A cet effet, ceux-ci exigent de pouvoir utiliser les techniques de l’ophtalmoscopie, de la tonométrie et de la périmétrie, et d’être honorés pour ces prestations. D’autre part, pour acquérir cette qualification, l’inscription au registre national des opticiens-optométristes suffirait, cette inscription ne requérant qu’une situation acquise ou la fréquentation d’une école technique secondaire de degré supérieur ou inférieur (où l’on donne un cours de sept heures par semaine sur la physiologie oculaire et générale, la pathologie générale, la pathologie oculaire et la pharmacologie oculaire). Ces cours sont imposés par l’arrêté royal du 1er octobre 1974 émanant du Ministère de la Prévoyance sociale, fixant le programme de l’examen de compétence technique en vue d’obtenir l’agréation en qualité d’opticien auprès de l’I.N.A.M.I.

            L’exigence de connaissances ophtalmologiques et médicales n’a d’autre but que de rendre les opticiens aptes à comprendre l’objet de leur profession et la portée des prescriptions qui leur sont confiées par les ophtalmologistes.

            La prise de position des opticiens va à l’encontre de toutes les lois sur l’art de guérir et tend à substituer un enseignement secondaire à un enseignement universitaire. L’examen du fond d’œil (ophtalmoscopie), de la tension oculaire (tonométrie) et du champ visuel (périmétrie) ont essentiellement pour but de dépister des symptômes qui dépendent d’affections génétiques, dégénératives, inflammatoires, tumorales, traumatiques ou toxiques.

                        Il y a d’ailleurs lieu de rappeler l’article 2, § 1er du chapitre I sur l’exercice de l’Art de Guérir (10 novembre 1967) qui stipule : « Constitue l’exercice illégal de l’art médical, l’accomplissement habituel par une personne ne réunissant pas l’ensemble des conditions requises par l’alinéa 1er du présent paragraphe, de tout acte ayant pour objet, à l’égard d’un être humain, soit l’examen de l’état de santé, soit le dépistage de maladies et déficiences, soit l’établissement du diagnostic, l’instauration ou l’exécution du traitement d’un état pathologique, physique ou psychique, réel ou supposé, soit la vaccination. » 

            La Commission épouse le point de vue des professeurs d’Ophtalmologie et estime que le fait d’accorder aux opticiens les prérogatives sollicitées ferait courir à la santé publique un danger réel. Elle demande aux Académies de proposer aux Ministres de l’Education nationale et de la Santé publique de rejeter les propositions des opticiens.

            Ce rapport est adopté à l’unanimité et sera porté à la connaissance des autorités gouvernementales compétentes.

Séance du 27 novembre 1976.