Académie royale de Médecine de Belgique

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Octobre 2013 - Le regard de la chimère.

Benoît Lengelé

Leçon des arts, des lettres et de la science sur la nature de la figure humaine

Jeudi 17/10/2013 – 18h00

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Depuis l’Antiquité, la chimère faciale a toujours figuré, dans les mythes et les légendes de l’Humanité, l’image essentielle du Mal et de la Transgression. Ainsi celui qui croisait autrefois des yeux le regard de la Gorgone était-il condamné, à être transformé en statue de pierre, c’est-à-dire à perdre symboliquement son humanité.

Avec la première greffe de visage réalisée à l’aube du XXIe siècle, la chimère faciale a résolument quitté l’univers des récits légendaires et des représentations picturales effrayantes pour entrer dans la réalité médicale du monde présent. Autrefois sujet d’hyperbole littéraire, d’exercice de style plastique ou artifice de science-fiction, elle est en effet devenue, par le progrès des techniques, un fait de science. Et comme au début du XIXe siècle, le célèbre blessé à crâne ouvert de Broca fut l’occasion pour lui de décrire l’aire cérébrale du langage, de même l’observation rigoureuse des malades défigurés puis refigurés par le biais d’une transplantation faciale a permis aux pionniers de cette technique de lever un voile providentiel sur les nombreuses questions relatives à l’identité profonde du visage humain; cette entité anatomique dont les peintres et écrivains du passé avaient dit qu’elle était « le miroir de l’âme et des sentiments ».

Le cours-conférence proposé au Collège Belgique dresse le bilan des acquis récents de la Science sur la nature de ce que nous appellerons le Visage intérieur; c’est-à-dire l’ensemble des structures superficielles et profondes qui, en relation singulière et autonome avec le milieu extérieur, portent du cerveau à la surface cutanée, à la fois l’identité de chaque personne humaine, mais également, dans son histoire de la naissance à la mort, l’expression du vécu instantané de l’existence.

Faisant en permanence écho aux écrits des philosophes et des poètes ainsi qu’ aux œuvres des plus grands peintres, nous montrons ainsi d’abord que le visage est ontogéniquement d’origine neurale et segmentée et que, si cette configuration segmentaire semble s’effacer sous l’apparente continuité des traits de l’enfant et de l’adulte, elle réapparait dans l’expression faciale et le vieillissement. Nous démontrerons ensuite que la défiguration entraîne dans le schéma corporel du blessé un stigmate cortical cérébral, lui aussi segmentaire, en partie compensé par un échange de fonction main/visage, dont la causalité neurale s’inscrit toujours dans la tentative d’une relation compensée à l’Autre. Nous prouverons enfin que cette blessure corticale engendrée par la défiguration est réversible avec la transplantation faciale, pour autant que le greffon restaure, au-delà de sa survie vasculaire immédiate, chacune de ses relations neurales segmentaires ontogéniques avec le cerveau.