Académie royale de Médecine de Belgique

|

Rapport de la Commission mixte chargée de l'étude du problème de la réforme des études médicales.

Historique

La conception première d’un travail préparant une réforme des études médicales a été émise le 6 décembre 1958 par M. J.J. Bouckaert, alors Président de la « Koninkijle Vlaamse Academie voor Geneeskunde van België », à l’issue et en conclusion d’un symposium international sur l’enseignement médical, organisé par cette Académie à l’occasion du XXe anniversaire de sa création. Cette idée reçut immédiatement un accueil favorable de la part de M. J. Roskam, à ce moment Président de l’Académie royale de Médecine de Belgique, et de M. A. Dalcq, Secrétaire perpétuel de cette même Compagnie.

Comme il a déjà été exposé en tête d’un rapport préliminaire publié par M. Welsch dans le Bulletin contenant le procès-verbal de la séance du 29 juin 1963 (Bull. Acad. Med. Belg., VIIe série, 3 : 412-417, 1963), les deux Académies de Médecine ont ainsi pris l’initiative d’une étude qui a été entreprise en mars 1960 et poursuivie chaque mois, presque sans interruption, jusqu’en juin 1963.

Le groupe de travail a été constitué du côté de la « Koninkijke Vlaamse Academie voor Geneeskunde van België » par MM. J.J. Bouckaert, P. Regniers, J.P. Bouckaert, A. Lacquet, C. Hooft et J. Vandenbroucke, et du côté de notre Compagnie par M. C. Heymans, J. Roskam, P. Albert, G. Leplat, P. Bordet, E. Van Campenhout, M. Welsch et J.J. Pasteels, M. A. Dalcq a pris régulièrement part aux travaux en tant que Secrétaire perpétuel. Les séances ont été présidées alternativement par MM. J.J. Bouckaert, Président en exercice de la « Koninkijke Vlaamse voor Geneeskunde van België », et par M. J. Roskam, Président de la délégation de l’Académie royale de Médecine de Belgique.

Le rapport final que l’on peut lire ci-dessous a fait l’objet de discussions alternatives au cours de plusieurs des séances qui se sont déroulées pendant l’année 1963. Il a été adopté à l’unanimité par les deux Académies de Médecine et sera transmis à M. le Ministre de la Santé publique et de la Famille, à M. le Ministre de l’Education nationale et de la culture, à MM. les Recteurs des quatre Universités et à MM. les Présidents ou Doyens des Facultés de Médecine.

Texte du rapport.

La Commission mixte chargée de l’étude du problème de la réforme des études médicales a été aminée à retirer le projet qu’elle avait primitivement élaboré et soumis pour un premier examen aux Académies.

Il a paru, en effet, qu’une modification fondamentale de la structure même des études de médecine n’était guère opportune au moment où l’on met au point les modalités d’application du traité de Rome sur la base d’une comparaison des programmes d’études actuels.

Le traité de Rome stipule, en effet, que la libre circulation des biens et des personnes entrera en vigueur au plus tard le 1er janvier 1968 et peut-être dès le 1er janvier 1966.

Si, vu la similitude des programmes des études universitaires dans les six pays, un accord semble d’ores et déjà acquis en ce qui concerne la libre circulation des médecins généralistes, des difficultés se présentent, au contraire, lorsqu’il s’agit d’apprécier la valeur professionnelle des médecins spécialistes, la durée de formation étant fort différente d’un pays à l’autre de la Communauté.

Il paraît cependant acquis que, lorsqu’on parle de durée de formation, toutes les délégations admettent que cette durée ne peut commencer à courir qu’à partir de la date où le docteur en médecine est autorisé à exercer l’art de guérir.

Cette interprétation a une incidence directe sur les travaux de la Commission mixte des Académies qui étudie la réforme des études médicales.

En effet, une des propositions importantes faites par cette Commission prévoyait qu’après un tronc commun d’études de six ans, le diplôme de docteur en médecine serait délivré, mais que l’autorisation de pratiquer l’art de guérir ne serait acquise qu’après un an de stage ou d’internat pour les futurs médecins généralistes ou après deux ans de spécialisation pour les futurs médecins généralistes.

Or, dans l’état actuel des délibérations au sein de la Communauté Européenne, ces deux années de formation n’auraient pas de valeur légale puisque, ainsi qu’il est dit plus haut, la durée de formation ne prend cours qu’à partir du moment où le docteur en médecine est autorisé à pratiquer l’art de guérir.

Dans ces conditions, la proposition de la Commission mixte des Académies porterait préjudice aux intérêts légitimes d’un nombre important de médecins sortant des Universités belges. Aussi, la Commission mixte a-t-elle décidé de renoncer provisoirement à proposer des réformes concernant la durée des études, la délivrance du diplôme de docteur en médecine après six ans d’études, et les épreuves conduisant à l’autorisation de pratiquer.

Par ailleurs, le Gouvernement semble décidé à introduire une plus grande souplesse dans le programme des enseignements universitaires et à donner à ce point de vue beaucoup plus de liberté aux Universités.

En effet, un projet de loi, élaboré par le Département de l’Education nationale et de la Culture, dissocie très nettement les notions de « matière d’examen » d’une part, de « programme d’enseignement » d’autre part.

Selon ce projet, la loi doit se borner à l’énoncé des premières en termes très larges, à l’énumération des « principaux domaines du savoir qu’elle juge indispensables à la formation scientifique et professionnelle des futurs diplômés ». Cette énumération doit, par ailleurs, pouvoir être aisément modifiée par le Roi en fonction des progrès de la science. L’avis conforme des quatre Universités, naguère requis en pareille occurrence, sera remplacé par celui d’une Commission comprenant les Ministres qui ont l’Education nationale dans leurs attributions, les Recteurs des quatre Universités et, s’il échet, les Recteurs des établissements assimilés.

L’organisation des cours, exercices et travaux pratiques, nécessaires pour préparer les étudiants à subir les examens sur les matières prévues par la loi, seront du ressort exclusif des Conseils d’administration des Universités, les Facultés entendues.

Ces modifications représentant donc une amélioration considérable de la situation actuelle. La future Commission ministérielle aura à proposer au Roi une nouvelle liste des matières d’examens établies dans le sens d’une simplification et d’un allégement. Quant aux Universités, elles pourront librement adapter leurs cours, travaux et exercices pratiques, de manière constante, aux progrès de la science, aux changements survenant dans l’exercice de la profession, aux contingences locales.

*

*    *

Dans ces conditions, il a paru à la Commission que, sans bouleverser les structures existantes, des réformes importantes pourraient être réalisées dans le domaine des études de médecine par les actions conjointes de la Commission ministérielle et des Facultés. Son rôle, dès lors, devrait se limiter à élaborer des recommandations concrètes, d’une part en vue de la révision des matières d’examens prévue par la loi, d’autre part en vue de l’organisation des programmes d’enseignement, ces conseils étant respectivement destinés à la Commission ministérielle et aux Facultés.

Ces recommandations distinctes sont exposées et commentées séparément ci-dessous.

A.     – Recommandations en vue de la révision des matières d’examens prévue par le projet de loi.

L’article 23 deviendrait :

L’examen pour le grade de candidat en sciences naturelles et médicales comprend :

1° Eléments de physique expérimentales ;

2° Eléments chimie générale ;

3° Eléments de biologie animale et végétale ;

4° Eléments d’embryologie ;

5° Anatomie humaine ;

6° Histologie générale et spéciale ;

7° Eléments de physiologie générale et physiologie humaine ;

8° Eléments de biochimie générale et biochimie humaine ;

9° Eléments de psychologie expérimentale.

 Ces matières font l’objet de trois épreuves et de trois années d’études au moins.

 Les récipiendaires subissent une épreuve pratique sur les matières reprises sous les nos 1, 2,3,4,4,6,7,8.

 L’article 25 deviendrait :

L’examen pour le grade de docteur en médecine, chirurgie et accouchements comprend :

 1° Anatomie pathologique ;

2° Physiologie et biochimie pathologique ;

3° Microbiologie médicale et parasitologie humaine ;

4° Eléments de psychologie médicale ;

5° Propédeutique, y compris les éléments de radiodiagnostic ;

6° Pharmacologie ;

7° Pathologie et thérapeutique spéciale des maladies médicales et chirurgicales ;

8° Théorie des accouchements ;

9° Clinique médicale (adultes et enfants) ;

10° Clinique chirurgicale ;

11° Clinique obstétricale ;

12° Hygiène et médecine sociales ;

13° Eléments de médecine légale ;

14° Principes de déontologie médicale ;

15° Eléments des cliniques spéciales.

 Ces matières font l’objet de quatre épreuves et de quatre années d’études au moins.

 En dehors des matières qui font l’objet d’un examen clinique, les récipiendaires subissent une épreuve pratique sur les matières reprises sous les nos 1,3 et 5.

 Nul ne peut se présenter à la quatrième épreuve s’il ne justifie par certificats :

1°) qu’il a fréquenté avec assiduité et succès pendant deux ans au moins, à partir de l’époque à laquelle il a obtenu le grade de candidat en sciences naturelles et médicales, les enseignements de clinique médicales (adultes et enfants), de clinique chirurgicale et de clinique obstétricales ;

2°) qu’il a, en outre, fait un stage régulier de 12 mois, comportant des prestations d’interne et effectué successivement au moins dans les services hospitaliers de médecine (adultes et enfants), chirurgie et obstétrique.

Les certificats d’assistance aux leçons cliniques sont délivrés et signés par les Professeurs de clinique universitaire.

Les certificats de stage sont délivrés et signés soit par les Professeurs de clinique universitaire, soit par les chefs de service hospitalier agréés par l’Université.

 Commentaires.

 Les recommandations exposées ci-dessus comportent comme modifications principales aux textes anciens :

a)     Pour ce qui concerne la candidature en sciences naturelles et médicales :

-        La substitution de la mention « Eléments de psychologie expérimentales » à celle de « Les notions de philosophie (logique, psychologie, morale) ». La Commission estime en effet qu’il y a lieu de laisser à chaque Faculté de Médecine la liberté d’inscrire ou non, à son programme, un enseignement des notions de philosophie ;

-        La réunion, sous l’intitulé unique « Eléments de biologie animale et végétale », des matières anciennement dénommées : « Eléments de zoologie, y compris les notions d’anatomie comparée », et « Eléments de botanique ».

b)     Pour ce qui concerne le doctorat en médecine :

-        De façon générale, une condensation des matières énoncées, permettant une plus grande souplesse ;

-        L’intitulé « La pathologie et la thérapeutique générales, y compris la physiothérapie » a été remplacé par l’intitulé plus large, montrant mieux la continuité à partir des enseignements de candidature : « Physiologie et biochimie pathologiques » ;

-        La substitution du terme « Microbiologie » au terme « Bactériologie », trop étroit ;

-        L’introduction de la matière : « Eléments de psychologie médicale » ;

-        L’intitulé « Pharmacologie » a été remplacé par « Thérapeutique générale ». La Commission a en effet estimé que les notions de pharmacologie et de pharmacodynamique ne doivent figurer dans les programmes d’enseignement que dans la mesure où elles sont nécessaires à comprendre et à pratiquer la thérapeutique.

-        Les intitulés anciens : « La pathologie et la thérapeutique spéciales des maladies internes, y compris les maladies mentales » et « La pathologie et la thérapeutique chirurgicales, générales et spéciales » sont fusionnés dans l’intitulé unique : « Pathologie et thérapeutiques spéciales des maladies médicales et chirurgicales », lequel englobe la physiothérapie, que l’ancien texte énonçait en annexe de la pathologie et de la thérapeutique générale (cf. ci-dessus) ;

-        L’énoncé de la matière «  La théorie et la pratique des opérations chirurgicales y compris l’anatomie des régions » a été supprimé ;

-        L’énumération des éléments des cliniques spéciales a été supprimée. Ces éléments sont réunis sous un intitulé unique. La création des diplômes ou certificats de spécialiste rend en effet souhaitable de réduire au strict minimum les éléments des cliniques spéciales à enseigner au cours des études de base. Ces éléments devront se limiter aux notions indispensables aux médecins généralistes et se compléteront éventuellement dans un enseignement intégré.

Les données qui précèdent constituent un énoncé de la matière scientifique et médicale.

Pour ce qui est de la culture générale, la Commission est convaincue de son importance pour l’exercice de la médecine et estime qu’il serait hautement désirable de donner aux étudiants en médecine les occasions et les moyens de la développer.

Mais il serait à mon avis préférable de laisser à chaque faculté de médecine le choix des matières à enseigner, de la forme et de l’importance à donner à pareil enseignement.

 B.     – Recommandations en vue de l’organisation des programmes d’enseignement.

La Commission est pleinement consciente de ce que le simple intitulé d’un cours ne donne aucune garantie quant à son contenu réel et qu’il en va de même pour la limitation horaire apportée à chacun d’eux. Tout dépend de l’esprit dans lequel les enseignants comprennent leur tâche. C’est pourquoi elle croit devoir formuler tout d’abord quelques remarques générales destinées à indiquer l’esprit dans lequel la réforme des études médicales lui paraît des devoir être menée.

1)   Tout enseignement doit être adéquatement conçu en vue de la fin qu’il se propose. Celle-ci, en ce qui concerne les études de médecine, est, actuellement, la formation de diplômés soit capables d’exercer immédiatement la médecine générale, soit susceptibles d’acquérir une formation ultérieure de médecin spécialiste, de s’orienter vers la médecine administrative, de se consacrer à la recherche scientifique.

Etant donné la multiplicité et la diversité des sciences qui sont à la base de la médecine ainsi que l’étendue et la complexité de chacune d’entre elles, il importe que, dès la première année, les enseignements soient orientés en fonction du but final poursuivi et coordonnés, tant pour éviter des redites inutiles que des omissions regrettables. Idéalement, cette coordination pourrait aboutir, dans certains cas au moins, à la mise sur pied d’enseignements intégrés.

Certes la personnalité du maître doit pouvoir se manifester pleinement dans l’enseignement universitaire : elle lui confère sa valeur et son originalité. Néanmoins, le but à atteindre dans un délai raisonnable – former des étudiants à l’exercice d’une profession – doit imposer certaines limites à l’individualisme excessif. Chacun des enseignements que reçoit l’étudiant en médecine ne peut être considéré comme une fin en soi. Tous, au contraire, doivent s’inscrire dans un ensemble, bâtir sur ce qui les a précédés, préparer ce qui les suivra.

Pour réaliser cet objectif, la Commission recommande instamment aux Facultés d’inviter les Professeurs à préciser ce qu’ils attendent des enseignements qui, précédant le leur, doivent en assurer les fondations. Chaque Collègue pourrait alors, sur la base de cette enquête, introduire dans son cours toute l’information utile requise, en lui conservant cependant une valeur formative et en le maintenant dans des limites raisonnables. Cette consultation et cette mise au point devraient être répétées à intervalles fréquents, de façon à assurer la constante adaptation de l’enseignement aux modifications qui affectent les sciences médicales et l’exercice de la profession.

Relativement facile à réaliser pour les enseignements qui relèvent de la seule Faculté de Médecine, l’application de ces mesures est toutefois particulièrement importante pour les enseignements de candidature dépendant de la Faculté des Sciences. En effet, le choix des notions à enseigner aux étudiants en médecine, dans le cadre de disciplines aussi vastes que la Physique, la Chimie et la Biologie, devrait, de toute évidence, pouvoir être fait par une Commission mixte inter-facultaire qui tiendrait le plus grand compte du but visé par l’inscription de ces branches parmi les matières d’examen pour l’obtention du grade de Candidat en Sciences naturelles et médicale.

2)  La coordination des programmes d’enseignement par les Facultés aura évidemment pour conséquence de préciser une durée horaire pour chacun des cours prévus. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’elle doit être la signification du nombre d’heures ainsi attribuées dans chaque cas.

Les prestations exigées des étudiants au cours de chaque année d’étude sous forme d’assistance aux cours théoriques, aux séances de démonstration et de travaux pratiques, de fréquentation des services hospitaliers, doivent être maintenues dans des limites raisonnables, en tenant compte du temps indispensable ensuite pour le travail d’assimilation des notions enseignées et pour les activités, tout aussi nécessaires, de délassement, qu’elles soient de caractère sportif ou intellectuel, y compris, dans certains cas, la recherche scientifique.

L’horaire une fois établi, la mission de chaque titulaire de cours sera donc essentiellement :

a)               choisir, parmi les éléments de la discipline dont il est responsable, ceux qu’il estime être indispensables à la formation de ses élèves, soit en raison de leur valeur formative, soit en raison de leur application immédiate, et ce, compte tenu de l’ensemble du programme et du but final visé par le curriculum ;

b)               condenser les notions choisies en un nombre de leçons correspondant à celui qui lui est attribué. Il va de soi que les notions périmées et superfétatoires, qui exigent des étudiants un travail de mémorisation aussi épuisant qu’inutile, doivent être bannies. Incontestablement aussi, le Professeur qui, ignorant délibérément les limitations que lui impose l’horaire, renverrait purement et simplement l’étudiant à un traité pour l’étude des chapitres qu’il estimerait n’avoir pas le temps d’exposer, manquerait gravement à son devoir

3) Sans négliger les éléments de caractère informatif, indispensables au praticien, l’enseignement doit mettre l’accent sur les notions fondamentales de caractère formatif.

En effet, il est rigoureusement impossible d’enseigner toute la médecine en sept années. De plus, les progrès incessants des sciences médicales modifient continuellement, tout au long de la vie professionnelle du praticien, les procédés de diagnostic, de thérapeutique et de prophylaxie qui lui ont été enseignés au cours de ses études. Un rôle essentiel des Facultés de Médecine doit donc être de donner à leurs diplômés la formation de base et l’esprit critique nécessaires pour permettre aux médecins, qu’ils soient généralistes, spécialistes, administratifs ou chercheurs, de poursuivre leur instruction durant dans la masse des documents de valeur inégale que leur offre la littérature médicale.

            D’ailleurs, le programme des études médicales, relevant d’une Université et non d’une Ecole technique, ne peut être établi exclusivement en fonction des seules applications pratiques. Il doit faire connaître non seulement le « comment », mais aussi le « pourquoi » de ses actes au futur praticien. Car celui-ci ne peut se borner à appliquer des procédés standardisés, des « recettes », aux divers types de situation qu’il rencontre. Il doit, au contraire, adapter son action à chaque cas individuellement considéré, sur la base de connaissances solides, jointes à des qualités d’observateur sagace, à un sens critique bien développé, à une faculté de raisonnement rigoureux.

4)  Pour développer au mieux ces qualités, les étudiants devraient être davantage guidés dans leurs études et l’on devrait pouvoir faire appel, beaucoup plus qu’on ne le fait à présent, à leur participation active aux diverses formes d’enseignement.

 

Ceci exige, évidemment, non seulement une considérable augmentation du personnel scientifique, mais surtout la possibilité de recruter et de maintenir en fonction des collaborateurs qui ont fait la preuve de leur goût pour l’enseignement et de leur compétence sur le plan didactique.

 *

*    *

            Ces remarques générales étant faites, la Commission voudrait exposer à présent, de façon plus particulière, comment elle entend l’organisation des cours relatifs aux diverses matières d’examen.

1)   L’économie générale de son projet consiste en un tronc d’études communes de six années, dont la sixième consacrée à un stage du type « rotating internship », puis d’une septième, au cours de laquelle tous les étudiants seraient initiés aux mêmes matières d’examen, mais au moyen de cours plus ou moins développés pour chacune d’elles, selon celles des cinq options qu’ils choisiraient à ce moment en fonction de leur orientation future probable :

a)     Orientation vers la médecine générale ;

b)     Orientation vers une spécialisation exigeant une formation de base surtout médicale ;

c)     Orientation vers une spécialisation exigeant une formation de base surtout chirurgicale ;

d)     Orientation vers la médecine administrative ;

e)     Orientation vers la recherche scientifique.

Cette diversification des cours, mais avec maintien de l’unité des matières d’examen, sans obliger à faire aucune distinction de diplôme, présente de nombreux avantages.

En effet, les « stages internés » (cf. article 25 modifié) au cours de la 3e année du doctorat devraient être reprises en 4e année, mais de façon à instituer quelques directions générales de spécialisation tout en gardant le même groupe de matières et ceci par l’introduction de cours « moyens » et « légers » (le 3e palier de ces cours spécialisés, les cours ou « questions » approfondis étant réservé pour les séminaires didactiques du postgraduate). Ces grandes directions de spécialisation – nouveauté de cette proposition – se défendent par l’inutilité flagrante et le non-sens pédagogique de l’enseignement actuel des disciplines spécialisées imposé sous la même forme à chaque étudiant, qu’il se destine à devenir omnipraticien, spécialiste, médecin administratif, chercheur. La réduction sensible des matières par l’amputation de l’inutile permettrait d’ailleurs d’ajouter des disciplines ou des enseignements fort utiles et même nécessaires pour certaines directions : par exemple des polycliniques de médecine générale pour les futurs omnipraticiens ; un stage de médecine sociale et un cours plus volumineux de médecine et d’hygiène sociales pour la direction « médecine administrative et sociale » ; des cours de bio-mathématiques, de chimie, etc…, pour la direction « Recherches ». Ce changement permettrait de « recruter » certaines catégories de médecins absolument nécessaires, par exemple : non seulement les chercheurs, mais également les médecins administratifs.

En outre, ce changement pourrait faire gagner une année d’étude pour certaines spécialisations, ce qui est souhaitable du point de vue social.

2)    Les cours correspondant aux matières d’examen reprises sous les nos 1,2 et 3 de l’article 23 modifié devraient être groupés en 1re C.S.N.M. La réunion sous un même intitulé des « Eléments de biologie animale et végétale » n’implique évidemment pas que cette matière doive obligatoirement faire l’objet d’un seul cours. La Commission estime cependant que, si la participation d’au moins deux spécialistes à cet enseignement est souhaitable, son unité et sa valeur formative seraient mieux assurées si l’un deux était Professeur titulaire responsable et l’autre Professeur associé. Il convient de préciser que la Commission ne voit nullement, dans l’enseignement en question, un exposé de Biologie générale au sens, souvent donné à ce terme, de Biologie cellulaire. Un tel enseignement serait en effet prématuré pour l’étudiant de première année qui acquiert seulement des notions suffisantes de physique et de chimie et qui ne connaît rien encore à la biochimie. L’enseignement de la biologie en 1er C.S.N.M. devrait surtout faire connaître les grandes lois biologiques, en particulier : l’interdépendance des êtres vivants, l’hérédité, l’évolution. En outre, par ses travaux pratiques, il devrait éveiller et stimuler l’esprit d’observation et apprendre à l’étudiant à décrire avec clarté et précision les objets et phénomènes qu’il observe.

La Commission n’a pas cru qu’il fallait prévoir des notions de mathématique parmi les matières d’examen. Elle estime, cependant, que les Facultés devraient inscrire au programme des cours de 1er C.S.N.M. un enseignement de « Notions de mathématiques appliquées aux sciences biologiques et médicales y compris les éléments de biostatique ». Le titualre d’un tel enseignement devrait être un expérimentateur, si possible biologiste, qualifié, d’autre part, en mathématiques.

3)  Les cours correspondant aux matières d’examen reprises sous les nos 4 à 9 de l’article 23 modifié devraient être répartis entre les 2e et 3e C.S.N.M.

L’enseignement des « Eléments de psychologie expérimentale » appelle quelques commentaires. La Commission estime que cet enseignement, qui doit faire connaître à l’étudiant les grandes lois de l’activité psychique normale sur la base d’une connaissance de la physiologie spéciale du système nerveux, ne peut trouver sa place qu’en 3e C.S.N.M. Elle recommande qu’il soit confié à un psychologue qui soit médecin. Ce cours devrait relever de la Faculté de Médecine et non de la Faculté de Philosophie et Lettres.

4)  Les cours correspondant aux matières reprises sous les nos 1à 8 de l’article 25  modifié devraient être répartis entre les 1er et 2e doctorats, les « Séances anatomo-cliniques » relevant de la matière 1 étant toutefois reportées aux 3e et 4e doctorats.

Les « Notions de génétique médicale » pourraient, selon les circonstances propres à chaque Faculté, être rattachées aux matières 1, 2 , 7. Il va de soi  que ces notions seraient en outre développées en clinique sous la forme d’enseignement intégré.

Rappelons que l’intitulé-matière, « Thérapeutique générale » englobe les éléments de pharmacologie et de pharmacodynamie, et celui : « Pathologie et thérapeutique spéciales des maladies médicales et chirurgicales », les éléments de physiothérapie sensu stricto et de radiothérapie.

L’enseignement, nouvellement introduit, de « Psychologie médicale » devrait figurer au programme du 1er doctorat. Il semble important, en effet, d’initier très tôt les étudiants aux problèmes psychologiques particuliers que peuvent poser leurs relations avec les malades et le personnel para-médical. D’autre part, la Commission, estimant que les étudiants doivent fréquenter les services hospitaliers, en dehors des cours de propédeutique, dès le 1er doctorat, recommande qu’au début de cette année, les étudiants reçoivent une ou deux leçons de déontologie médicale destinées à leur faire connaître l’essentiel des devoirs légaux et moraux que leur impose le contact avec des malades et à les amener à s’inspirer, dès l’abord, des grands principes régulateurs de la profession à laquelle ils se préparent.

5)  Le 3e doctorat devrait être essentiellement consacré au stage hospitalier, avec fréquentation seulement des leçons cliniques et des séances anatomo-cliniques. Ce stage, qui, rappelons-le, devrait comporter des prestations d’interne, serait d’autre part effectué successivement dans au moins les services de : médecine (adulte et enfants), chirurgie et obstétrique (principe du « rotating internship »).

La Commission recommande l’inscription à ce 3e doctorat d’un enseignement : « Synthèse topographique et clinique de l’Anatomie ».

 

6)  Les cours correspondant aux matières reprises sous les nos 12 à 15 de l’article 25 modifié, devraient être reportés au 4e doctorat, les enseignements dispensés étant d’ailleurs différents, comme dit ci-dessus, pour chacune des cinq options qu s’offriraient en ce moment à l’étudiant.

La Commission, consciente de ce que de solides qualités morales sont tout particulièrement requises du médecin, recommande que l’enseignement de la déontologie ne se limite pas aux exposés ex cathedra prévus en nombre limité au programme des cours, mais que l’aspect déontologique des cas soit toujours souligné et , le plus souvent possible, discuté lors de la présentation de malades en clinique.

Des remarques analogues peuvent d’ailleurs être faites à propos de l’aspect social des cas et de leurs incidences sur le plan de l’hygiène.

(7) En vue de l’admission à l’examen final, les cours cliniques correspondant aux matières reprises sous les nos 9, 10, et 11 de l’article 25 modifié doivent avoir été suivis pendant deux ans, c’est-à-dire quatre semestre, ceux-ci pouvant être répartis au choix des étudiants sur les quatre années de doctorat.

Il est suggéré que les futurs généralistes (option A) les suivront durant les 4 doctorats et subiront les examens y relatifs lors de la 4e épreuve, les examens de cliniques spéciales y étant alors jumelés.

Les futurs spécialistes (option B, exigeant une formation de base surtout médicale (*) et option C, exigeant une formation de base chirurgicale (**) pourraient les suivre durant les trois premiers doctorats et subir les examens à ce moment, de façon à pouvoir consacrer surtout leur 4e année aux cliniques spéciales.

Il en serait de même pour les futurs médecins d’administration et les futurs chercheurs qui pourraient ainsi consacrer surtout leur 4e année, les premiers à la médecine sociale, les seconds au travail de recherche.

La Commission recommande que des leçons de clinique médicale et de clinique chirurgicale du 4e doctorat soient prévues avec des orientations respectivement adaptées aux options A, B et C.

 

8)  La Commission estime, enfin, que si chaque épreuve doit donner lieu à la délivrance d’un certificat mentionnant éventuellement un grade attribué par le jury d’examen, le diplôme final, par contre, devrait mentionner un grade attribué par la Faculté tout entière en tenant compte de l’ensemble du curriculum de l’intéressé et non pas seulement de son dernier examen.

 

La Commission avait également préparé, titre exemplatif un projet de programme détaillant la répartition des cours correspondant aux diverses matières d’examen. Ce programme ayant fait l’objet de certaines critiques, l’Académie a préféré renoncer à l’intégrer dans le rapport. Toutefois, les personnes qui le désirent pourraient avoir communication de ce complèment en s’adressant au Secrétériat de l’Académie de Médecine.

 

Séance du 25 janvier 1964.

 

 

 

 



* On y rangerait par exemple : anesthésiologie, pédiatrie, neurologie, cardiologie, pneumologie, gastro-entérologie, rhumatologie, endocrinologie, psychiatrie, dermatologie, ophtalmologie, oto-rhino-laryngologie.

 

** On y rangerait par exemple : chirurgie générale, orthopédie, neurochirurgie, chirurgie, chirurgie maxillo-faciale, urologie, gynécologie et obstétrique.