Académie royale de Médecine de Belgique

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Discussion du rapport sur la 8ème assemblée générale du C.I.O.M.S., qui s'est tenue à Genève du 9 au 17 septembre 1970

(publié dans le fascicule 2 du tome II du bulletin, année 1970)

M. Desmedt. – Je crois que ce rapport évoque toute une série de propositions importantes. Un des éléments les plus appréciables est la suggestion que des chercheurs dans un contexte clinique ou dans des hôpitaux universitaires, puissent avoir la possibilité d’effectuer des recherches dans un temps limité, mais à temps plein.

En effet, étant donné le développement des méthodes de recherche et la compétence élevée indispensable pour progresser, ces périodes à temps plein dans le domaine de la recherche clinique sont absolument indispensables.

D’autre part, le rapport soulève le problème de l’éveil précoce de la vocation de chercheur. Je suis persuadé que c’est un point sur lequel il faut insister. Il s’agit de susciter cette vocation et permettre aussi peut-être un engagement personnel assez précoce dans les activités de recherche.

Je crains toutefois que, étant donné l’augmentation du nombre des étudiants en médecine, les possibilités ne soient nécessairement limitées à quelques-uns d’entre eux. La généralisation de ces activités de recherche ne sera possible, tout au moins à un degré suffisant en rapport avec les besoins qui se manifestent en recherche clinique. Il est évident que, parmi les futurs médecins, un certain nombre – ceux dont je viens de parler – seront des chercheurs à temps plein. Mais le plus grand nombre devront, au cours de leur carrière, s’adapter à des méthodologies et concepts nouveaux pour contribuer au développement de leur spécialité sans cependant souhaiter s’engager à temps plein et définitivement dans la recherche médicale.

De ce fait, il faudrait peut-être examiner d’une manière quelque peu critique certaines tendances qui apparaissent à propos de l’enseignement des sciences médicales de base et, dans certains domaines, il faudrait insister sur le caractère, le développement de la recherche. Dans cette perspective, les exercices pratiques pourraient mettre l’ensemble des étudiants en médecine au contact des méthodes de recherche et ouvriraient la discussion critique sur les résultats.

Je pense qu’il y a un effort à faire dans ce sens, qui serait bénéfique dans la mesure où il s’adresserait à un très grand nombre d’étudiants en médecine et où il formerait, où il sèmerait dans leur esprit ces notions fondamentales nécessaires à l’exécution de la recherche clinique.

A côté de la recherche visant à la découverte de phénomènes nouveaux, il y a lieu de ne pas négliger la formation, peut-être plus modeste, d’un grand nombre d’esprits qui seraient rompus aux méthodes expérimentales et sauraient les appliquer à l’homme. Autrement dit, il faudrait pouvoir donner aux étudiants en médecine la possibilité de pratiquer ce que l’on pourrait appeler des activités de semi-recherche, moins ambitieuses que la contribution personnelle et originale dont les méthodes sont trop compliquées et exigent trop de manipulations

Etant donné le manque de temps, que nous connaissons tous, il serait donc peut-être intéressant de permettre aux étudiants de pratiquer des activités refaisant des expérimentations déjà à peu près bien établies, et qui les mettraient en contact direct sur le plan des manipulations et sur le plan des critiques subséquentes, avec la démarche expérimentale.

 

M. Dalcq. – Il reste beaucoup à faire dans ce pays pour parvenir, dans les prochaines décennies, à une floraison de la recherche, tant fondamentale que clinique.

La dernière suggestion exprimée par notre Collègue M. Desmedt vise à obtenir l’initiation de certains éléments pendant leurs études de médecine grâce à un effort temporaire de recherche.

En réalité, je crois que pour aboutir à ce résultat, il faudrait financer cet effort, étudier la possibilité d’octroyer une indemnité aux étudiants qui pourraient être choisis dans ce but.

Par ailleurs, au moment où l’effort de recherche s’est affirmé pour les diplômés, pour ceux qui ont déjà fait montre de leurs capacités depuis quelques années, il semble que, malgré les possibilités qu’offre le F.N.R.S., il y ait actuellement une lacune. Fréquemment, certains de nos chercheurs, surtout dans le domaine des sciences cliniques, insistent pour pouvoir aller faire un séjour à l’étranger, en fait dans le seul but de pouvoir élaborer en toute tranquillité, pendant une certaine période, une thèse d’agrégation. Bon nombre des thèses d’agrégation qu’on a vues fleurir récemment ont été réalisées dans ces conditions à l’étranger. Il n’y a pas d’inconvénient à ce fait, mais il serait utile que nos jeunes chercheurs, lorsqu’ils ont atteint un certain stade de recherche, aient la possibilité de travailler tranquillement chez nous, dans quelque laboratoire de nos diverses facultés de médecine, pas nécessairement dans celle où ils ont été formés. La maturation finale d’un problème réclame une période, je ne dirai pas de six mois, mais au moins d’une année de tranquillité absolue.

A mon sens, le rapport insiste un peu trop, bien que ce soit très utile, sur des formations accessoires : la nécessité de suivre des cours, des compléments de formation, etc… Mais tout cela étant supposé acquis, il est essentiel qu’une étude puisse être menée d’une façon absolument personnelle, qui sera une garantie de sa valeur finale. Bien entendu, les concours des Maîtres ne sont pas à exclure, mais le travail dans le calme, avec les aides techniques nécessaires, est un facteur extrêmement important.

 

M. Maisin. – Pour donner suite aux propos de M. le Secrétaire perpétuel, dans le cadre des Recommandations du Conseil supérieur du Cancer, figure celle de créer des carrières de chercheurs. Ces chercheurs alors récemment diplômés, pourraient librement exercer leur travail de recherche dans n’importe quel laboratoire du pays et quelle que soit  l’Université où ils auraient été formés. Dans le but de réaliser ce vœu du Conseil supérieur du Cancer, le Ministre de la Santé publique a mis à la disposition de la Fondation de la Recherche médicale une somme de 17 millions pour cette année. Et je crois que, dans les intentions du Ministère de la Santé publique, cette somme pourrait être augmentée si des démarches bien charpentées pouvaient être faites dans ce sens.

 

M. Van Cauwenberge. – J’ai personnellement pris un vif intérêt à la session de l’O.M.S. et je suis d’ailleurs reconnaissant à l’Académie de m’avoir permis d’assister à ces journées.

L’intervention de M. Dalcq rejoint en réalité dans une certaine mesure un des points soulevés par M. Desmedt, c’est-à-dire l’importance, à l’heure actuelle, pour le chercheur clinicien, de pouvoir faire des séjours dans un laboratoire de sciences de base.

D’une part, la clinique devenant de plus en plus absorbante et, d’autre part, la recherche devenant de plus en plus malaisée, je partage entièrement cet avis, qui traduit bien l’opinion de nombreux participants à ces journées du C.I.O.M.S. Il y a en effet un intérêt indiscutable pour les cliniciens à jouir, pendant une ou deux années, d’une période de tranquillité pendant laquelle ils peuvent approfondir certains problèmes de recherche dans les sciences de base.

D’une part, la clinique devenant de plus en plus absorbante et, d’autre part, la recherche devenant de plus en plus malaisée, je partage entièrement cet avis qui traduit bien l’opinion de nombreux participants à ces journées du C.I.O.M.S. Il y a en effet un intérêt indiscutable pour les cliniciens à jouir, pendant une ou deux années, d’une période de tranquillité pendant laquelle ils peuvent approfondir certains problèmes de recherche dans les sciences de base.

C’est la raison pour laquelle, dans le rapport signé conjointement par MM. Welsch, Lambert, Aubert et moi-même, cet élément a été repris. Nous recommandons ces séjours, conformes en cela au vœu des chercheurs actuels, qu’ils appartiennent aux sciences de base ou aux sciences cliniques. Ce point est extrêmement important.

Bien sûr, le clinicien ne doit pas pour cela perdre de vue sa formation clinique. Celle-ci doit être assurée d’une façon aussi complète qu’autrefois, sinon plus. Mais ce n’est pas parce qu’il passera deux ans dans un laboratoire de sciences de base en relation avec les problèmes inspirés par la clinique qu’il perdra le bénéfice de sa formation clinique. En cette occurrence, la remarque de M. Maisin présente un grand intérêt, car elle donne à l’heure actuelle, dans le domaine particulier du cancer, la possibilité aux chercheurs de se perfectionner dans un domaine des sciences de base en relation avec les problèmes ardus que soulève la pathogénie du cancer.

J’insiste sur le fait que , comme M. Welsch l’a d’ailleurs dit dans notre dernière séance, ce rapport ne résume que les idées essentielles qui furent développées au cours de ces Journées qui ont eu, à nos yeux, un très grand intérêt. Evidemment, nous avons tenu à ne pas y être exhaustifs, puisque le rapport détaillé sera publié dans les comptes rendus du C.I.O.M.S.

Je vous remercie.

 

M. le Secrétaire perpétuel. – Pour appliquer cette suggestion, il faut une organisation administrative. L’attention du Fonds de la Recherche scientifique médicale pourrait être utilement attirée sur ce point. Il pourrait prendre à ce sujet les initiatives qui s’imposent.

 

M. Van Cauwenberge. – Cette proposition est très importante et en rencontre d’ailleurs une autre qui fut émise l’an dernier par M. Lambert à l’issue d’une précédente réunion du C.I.O.M.S. Il souhaitait que notre Académie constitue une Commission qui envisage ces problèmes de la recherche médicale et de la recherche de base et fasse ensuite des propositions concrètes aux différentes Fondations, notamment au Fonds de la Recherche scientifique médicale et au F.N.R.S.

 

M. le Secrétaire perpétuel. – M. Bacq, qui est notre représentant au F.N.R.S., pourrait peut-être se charger de cette mission.

 

M. Van Cauwenberge. – Et aussi M. Lambert, lequel avait déjà présidé la réunion de cette Commission.

 

(publié dans le fascicule 2 du tome II du Bulletin, année 1970)

 

Séance du 27 mars 1971.