Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le problème posé par l'emploi des insecticides

M. Pasteels donne lecture du rapport :

La Commission unanime propose d’appuyer l’appel émanant du Comité belge des Sciences biologiques, présenté par la Classe des Sciences de l’Académie royale, attirant l’attention du Gouvernement sur l’emploi inconsidéré des pesticides et herbicides, qui risquent de détruire l’équilibre biologique normal. A cette occasion, il y aurait lieu également de demander la modification de l’arrêté royal du 12 septembre 1956 concernant les oiseaux insectivores et les tenderies de façon à assurer autant que possible une protection efficace des oiseaux.

Cependant, la nécessité d’intensifier la production de matières alimentaires dans un monde dont la majeure partie est en état d’hyponutrition, rend inévitable l’emploi judicieux de pesticides et d’insecticides. Leurs inconvénients et leurs dangers réels, tant pour la santé humaine que pour l’équilibre biologique, doivent être palliés par des mesures légales.

La Commission propose le renforcement du contrôle actuel par les mesures suivantes :

1)     Faire assurer le contrôle de la rémanence des pesticides.

2)     Encourager la recherche des pesticides à action spécifique.

3)     Intensifier et entretenir par tous les moyens de publicité (enseignement, presse, radio, télévision) l’information du public sur tous les aspects de ces questions, en insistant tout autant sur la toxicité des pesticides que sur la nécessité de maintenir l’équilibre biologique de la faune et de protéger tous les oiseaux.

M. Vanbreuseghem émet une critique portant sur l’utilisation du terme « pesticide » alors qu’il est question d’ « insecticides ».

Il demande également si le terme de « rémanence des pesticides » ne risque pas de paraître imprécis.

M. Heymans revient sur la question de terminologie. Il invoque notamment la terminologie internationale adoptée par l’O.M.S. et dans laquelle seul le terme « pesticide » est employé, étant plus général que celui d’insecticide. M. Heymans souhaite aussi que l’on précise de quelle manière et dans quelles conditions on souhaiterait voir effectuer le contrôle de la rémanence des pesticides.

M. Vanbreuseghem prend acte des précisions données par M. Heymans au sujet de l’emploi international du terme « pesticide » et justifie son intervention en disant que, effectivement, la préoccupation portait sur les insecticides.

M. Maisin apporte une information qui concerne un des insecticides employés, qui est le diacétylaminofluorène. C’est un des plus violents cancérigènes connus et qui atteint pratiquement tous les organes ! On a récemment démontré qu’un de ses dérivés en position 7, le 7-fluoro-2-acétylaminofluorène, provoque des cancers de l’estomac, ce qui n’était connu jusqu’à présent pour aucune autre substance. Ceci souligne l’importance des préoccupations à propos des produits aujourd’hui répandus dans la nature, qu’ils soient appelés pesticides ou insecticides.

M. Liégeois apporte quelques précisions sur la question soulevée. La Commission dont il faisait partie s’est occupée de cette nomenclature, mais elle n’a fait que reprendre les termes employés par la Classe des Sciences de l’Académie royale, lesquels émanent eux-mêmes des documents que cette Compagnie avait reçus. Pour être complet, il est préférable d’employer le terme générique de « pesticide » qui englobe à la fois les insecticides, les herbicides et les fongicides et, par conséquent, c’est dans ce sens général que ce terme a été employé.

En ce qui concerne la rémanence, le rapport peut difficilement entrer dans le détail sans tomber dans des longueurs. Il s’agit, bien entendu avant tout, de la rémanence concernant les productions commerciales comestibles. Dans celle-ci, la rémanence au sol intervient également, en ce sens que l’on sait parfaitement que certains pesticides ne peuvent, par exemple, être utilisés que par temps sec, que l’on peut conduire le bétail dans certaines pâtures où l’on a répandu ces produits sur ces pâturages. Il est donc préférable d’employer le terme de « rémanence » sans entrer dans le détail, en soulignant que les particularités ont été attentivement envisagées par la Commission. M. Liégeois estime que l’énoncé concis qui a été donné est largement suffisant pour appuyer le vœu émis par la Classe des Sciences de l’Académie royale.

M. le Président demande donc à l’assemblée si le texte du rapport doit ou non être modifié.

L’Académie opine pour le maintien du texte et M. le Secrétaire perpétuel, ajoute que la publication d’un résumé de la discussion indiquera dans quel sens le texte doit être compris.

Il est donc décidé de maintenir le texte de la Commission dans son état primitif et il est approuvé à l’unanimité.

Séance du 21 mars 1964.