Académie royale de Médecine de Belgique

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                 Après diverses observations émises par M. Bourg, puis par M. Nihoul, auxquelles répond M. Van Cauwenberge, l’Académie donne son approbation au texte suivant, mis au point par M. Van Cauwenberge :

                 Le développement de nos connaissances médicales, tant dans le domaine des sciences cliniques que dans celui des sciences de base, est tel que l’acquis du jeune médecin diplômé de nos universités est complètement dépassé après dix, voire cinq années de pratique s’il n’a pas pris soin de tenir régulièrement à jour ce qui lui a été enseigné au cours de ses études. Cette affirmation peut être, aujourd’hui, considérée comme une banalité.

                 Néanmoins, dans la plupart des pays d’Europe occidentale, rien n’est officiellement prévu pour assurer la formation postuniversitaire du médecin, qu’il soit spécialiste ou généraliste.

                Depuis longtemps déjà, les Facultés de Médecine de nos Universités ont, leur propre initiative, tenté de porter remède à cet état de choses en organisant des séances de recyclage qui sont devenues de plus en plus fréquentes, sans que des moyens nouveaux n’aient été mis à leur disposition.

                 Les médecins, d’ailleurs parfaitement conscients de ce besoin de recyclage, ont mis sur pied, depuis longue date, dans les villes de province comme dans les villes universitaires, des séances d’enseignement postuniversitaire dans le cadre de sociétés médicales ou médico-chirurgicales locales. Les besoins de recyclage s’avérant de plus en plus impérieux, les initiatives se sont multipliées sans qu’une bonne coordination soit nécessairement assurée entre elles.

                 Les universitaires ne cessent, dès lors, d’être sollicités et, aujourd’hui, il apparait indispensable de prévoir sur des bases nouvelles la formation continue du médecin et, plus spécialement du généraliste.

                 Les Académies de Médecine et les Universités devraient proclamer ce principe indispensable du recyclage du médecin et obtenir des autorités ministérielles de tutelle une reconnaissance officielle de cet enseignement. Le Ministère de la Santé national est, bien sûr, intéressé, mais le Ministère de la Santé publique, voire celui de la prévoyance sociale ne peuvent rester indifférents à ce problème, car il importe, afin qu’une médecine de qualité soit pratiquée dans notre pays, que le praticien soit parfaitement tenu au courant du développement des méthodes nouvelles de diagnostic et de traitement.

                 La connaissance des indications précises de ces méthodes doit en éviter les abus. Si le principe de la nécessité d’un recyclage du médecin est admis, il convient que soient envisagées, dans le cadre d’une Commission nationale ou régionale, les méthodes les plus efficaces et les plus économiques pour assurer ce recyclage.

                 En tout état de cause, celui-ci doit se faire dans une indépendance absolue, en dehors de considérations d’ordre politique, philosophique ou professionnel, dans le seul but d’assurer au médecin une mise à jour aussi parfaite que possible de ses connaissances et, à nos populations, les meilleurs soins de santé, tant sur le plan préventif que curatif.

                 C’est enseignement doit être organisé avec la participation de ceux à qui il est dispensé, non seulement en ce qui concerne la matière à enseigner, mais également en ce qui regarde les modalités sous lesquelles elle est présentée au médecin. A ce point de vue, plusieurs possibilités peuvent être envisagées et aucune d’elles ne doit être négligée.

                 La formule idéale semble être l’organisation de stages hospitaliers pour le médecin généraliste, stages au cours desquels il pourra discuter, avec les maîtres de stages, de l’évolution des techniques de diagnostic et de traitement. La préparation de ces stages pose, néanmoins, des problèmes d’ordre pratique, tant du côté hospitalier que du point de vue du médecin généraliste. L’organisation de conférences par des spécialistes belges ou étrangers, dans le domaine des sciences de base comme dans celui des sciences cliniques, en ne perdant jamais de vue l’incidence pratique du problème traité, paraît importante également pour assurer une information adéquate du médecin.

                 Des discussions périodiques par petits groupes à propos de problèmes cliniques est une autre formule qui doit retenir l’attention.

                 Dans le cadre de cet enseignement, le recours aux méthodes audio-visuelles peut être des plus utile. La télévision, notamment, permettrait de toucher le médecin à son domicile, même s’il est éloigné de tout centre universitaire ou hospitalier important.

                 Si cette formule n’est pas parfaite, elle peut être utile, particulièrement dans le cadre qui vient d’être envisagé. De plus, elle est un complément certain aux autres méthodes qui doivent permettre la formation continue du médecin. Assurément, il serait souhaitable que les émissions télévisées se fassent soit par des circuits privés accessibles aux seuls médecins, soit à l’aide de systèmes applicables aux postes de télévision ordinaires, qui permettraient uniquement à ceux qui disposent de l’équipement adéquat de recevoir l’émission. Cette modalité permettrait d’assurer le maximum de discrétion de l’information médicale à l’égard du grand public.

                Toutefois, ces méthodes sont des plus onéreuses et les procédés actuellement envisagés par l’Association pour la Diffusion des Sciences sont certainement utiles au généraliste, sans que cela ne porte préjudice au public, à condition cependant que ces émissions soient soigneusement contrôlées par une Commission médicale adéquate impartiale.

                En conclusion : l’Académie royale de Médecine reconnaît unanimement l’impérieuse nécessité d’assurer la formation continue du médecin. Elle se propose d’insister fortement auprès de son Ministre de tutelle pour que cette formation soit reconnue comme une responsabilité de l’Etat qui devrait :

1)  assurer le caractère objectif que doit revêtir cet enseignement, par ailleurs indépendant de toute influence politique, philosophique ou financière ;

2)    veiller à la coordination indispensable des initiatives existantes et futures ;

3)   mettre à la disposition de cet enseignement les moyens nécessaires pour en assurer la quantité et la qualité ;

4)    soutenir l’intérêt que présente, à côté des formes classiques d’enseignement, l’introduction des méthodes audio-visuelles modernes, notamment la télévision, appliquée selon une technique appropriée ( et, autant que possible, discrète), qui doivent permettre de toucher le médecin, même éloigné des grands centres hospitaliers.

Séance du 25 novembre 1972.