Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport sur la réunion du C.I.O.M.S. « La formation du Chercheur », tenue au siège de l'O.M.S. à Genève, les 9, 10 et 11 sept. 1970

Rapport sur la réunion du C.I.O.M.S. tenue au siège de l’O.M.S. à Genève, les 9, 10 et 11 septembre 1970.

M. M. Welsch. – Cette réunion, à laquelle participaient de nombreux collègues représentant soit leur pays, leur Académie nationale ou une Société scientifique, avait pour thème : « La formation du Chercheur ». L’Académie Royale de Médecine de Belgique y était représentée par MM. X. Aubert, P.P. Lambert, H. Van Cauwenberge et M. Welsch ; la « Koninklijke Vlaamse Academie voor Geneeskunde van Belgïe », par MM. P.G. Janssens et I. Leusen.

            Les séances étaient dirigées par le Président du C.I.O.M.S., notre Collègue, le Professeur M. Florkin.

            Au cours de son message, introductif, M. Avakow, représentant l’U.N.E.S.C.O., attira l’attention sur la situation du chercheur, sur les particularités de son travail, sur l’exode des compétences vers les pays où la recherche scientifique connaît les meilleures conditions, exode qui est d’ailleurs favorisé par l’absence d’un statut professionnel du chercheur, et sur les conséquences de cet exode pour des pays qui consacrent parfois, cependant, 1,5 à 3,5, voire 4% du produit national brut à la recherche scientifique.

            C’est de tous ces faits que résulte l’intérêt porté par l’U.N.E.S.C.O. à semblable réunion.

            Le Président précisa ensuite l’esprit dans lequel le colloque avait été organisé et souligna l’intérêt qu’il convient de porter à la formation du chercheur, destiné aussi bien aux sciences fondamentales qu’aux recherches cliniques. Ce problème présente une grande importance pour les Facultés de Médecine qui doivent assurer la formation à la fois du médecin praticien et du chercheur. L’épanouissement de ce dernier doit se faire sans opposition entre les sciences fondamentales et cliniques, dans un esprit de complémentarité.

            Le chercheur clinique ne peut plus être un autodidacte. Sa formation doit être envisagée, non seulement dans la perspective d’une médecine curative, mais aussi dans celle d’une médecine préventive, vu l’importance toujours croissante de cette dernière pour la santé publique.

            Différents points furent alors discutés concernant le recrutement des chercheurs, les modalités et l’endroit de leur formation, l’établissement de leurs programmes d’études, la coopération internationale dans leur formation.

            Divers Collègues ont présenté des rapports introductifs à une discussion générale, en particulier les Professeurs Rexed, Roche, Stone, Fliedner, Bloch, Gelhorn, Milliez. A côté d’eux, bon nombre d’autres participants ont ensuite contribué à la discussion.

            Il est malaisé de résumer toutes les opinions qui ont été exprimées sur d’innombrables problèmes et qui furent parfois contradictoires.

            Nous ne retiendrons, dans la suite de ce bref compte rendu, qu’un certain nombre d’idées qui, sans avoir nécessairement rallié l’adhésion de tous, nous ont paru rencontrer les vues d’une majorité.

            Sans aucun doute notre compte rendu ne donnera qu’une idée très incomplète du colloque. Mais peut-être incitera-t-il ceux qui l’auront parcouru à étudier de plus près les rapports originaux dès qu’ils seront publiés.

-  L’enthousiasme pour la recherche doit être inculqué par les qualités de l’enseignement universitaire et par la pratique de la recherche elle-même. La méthode classique de l’apprentissage au contact d’un chercheur brillant ou au sein d’une équipe s’avère souvent essentiel et il est actuellement admis que celle-ci doit être interdisciplinaire, rassemblant des individus de formations différentes : médecins, biologistes, chimistes, physiciens, statisticiens, etc. De plus, la personnalité du Maître, la qualité de l’équipe, voire le succès des résultats obtenus, jouent incontestablement un rôle essentiel dans la formation du chercheur.

-  La formation du chercheur médecin peut comporter, au cours de ses études classiques, et de post-graduat, à côté d’une recherche active, un enseignement théorique adéquat et diversifié dans les disciplines fondamentales. Un équilibre judicieux s’impose entre la théorie et la recherche active. Depuis un an en Suède, une telle organisation est d’application pour le chercheur des sciences fondamentales. Pour ce qui concerne le chercheur clinicien, les discussions sont encore en cours.

-  Certains collègues, dont M. Bloch, estiment que la formation idéale et complète du chercheur dans les sciences fondamentales est matériellement impossible actuellement, parce que la vie est trop brève pour faire la synthèse d’une telle somme de connaissances. Dès lors, la formation des chercheurs et des jeunes médecins doit être d’emblée différente en fonction de leur orientation future.

-  La formation du chercheur doit être continue. Même après avoir acquis son indépendance, à un certain stade de sa carrière, le chercheur poursuit sa formation grâce non seulement à des contacts au sein de l’Université, mais également au niveau international. D’où l’importance des colloques et des échanges rapides d’informations scientifiques entre spécialistes. Une standardisation bien comprise peut améliorer la qualité de l’information. Ainsi, l’application de règles communes pour l’élaboration des travaux scientifiques destinés à la publication faciliterait-elle les échanges de connaissances entre chercheurs. Les séjours d’étude dans divers centres supposent évidemment la possibilité de disposer de bourses en nombre suffisant et la nécessité d’une information adéquate quant à ces possibilités.

-  Le rôle respectif des Universités et des Instituts de Recherches dans la formation du chercheur peut être discuté. L’université doit jouer en tout cas un rôle d’initiation. Par la qualité de son enseignement, notamment dans les sciences fondamentales, elle peut ouvrir largement l’esprit aux problèmes d’actualité. Elle doit, de plus, contribuer à former le chercheur en stimulant chez lui, par l’émulation, les qualités de l’esprit nécessaires à sa carrière. Il faut, par cela, l’intégrer aussi tôt que possible au sein d’une équipe où il doit être, non un simple auxiliaire technique, mais un agent actif, ayant l’opportunité de manifester son originalité.

Le caractère pluridisciplinaire de l’enseignement universitaire est fondamental pour le jeune chercheur qui, ultérieurement, pourrait poursuivre sa formation dans un sens plus polarisé, soit dans certains centres universitaires, soit dans des Instituts de recherches. Vu le caractère international de la recherche, il est hautement souhaitable que des programmes d’études concernant les disciplines fondamentales, y compris les mathématiques, la statistique, etc., souples mais communs, soient mis au point, et ce de façon urgente. Le programme d’études ne doit cependant point empêcher les jeunes de consacrer une partie de leur temps à la pratique de la recherche. La création est en général l’apanage des jeunes et doit se faire sans contrainte. Les études visant à former le chercheur devraient être sanctionnées par la délivrance d’un certificat qui devrait avoir la même signification dans les divers pays.

-  Les instituts de recherches soulèvent des problèmes pratiques importants. Ils constituent, en effet, des unités administratives à programmes définis et à objectifs scientifiques délimités, ce qui permet certes d’assurer un meilleur rendement. Ils rencontrent toutefois des difficultés sur le plan de la formation générale du chercheur et ne peuvent guère se constituer en centres d’enseignement pour chercheurs que dans un cadre limité, de niveau post-gradué.

Un risque doit être évité dans de telles Institutions : celui du vieillissement. Aussi, faut-il assurer une possibilité de retour à l’Université pour ceux qui ont passé un certain temps dans les Instituts de recherche. Ce retour pourrait se faire soit à titre temporaire, soit à titre définitif, dans le sens d’une reconversion vers l’Enseignement ou l’Administration.

- Les responsables de la formation des chercheurs doivent tenir compte des domaines où les besoins de connaissances scientifiques nouvelles sont importants. Ils doivent tenir compte des exigences de la Société et de l’intérêt que l’opinion publique manifeste pour certaines questions. En effet, la charge financière que représente la recherche scientifique, que ce soit dans les domaines des sciences naturelles et sociales, des sciences bio-médicales fondamentales, des sciences cliniques, de l’écologie, de la toxicologie, de la pharmacologie clinique, ou de l’information médicale, etc., est supportée par le contribuable et représente une fraction – trop petite peut-être, mais non négligeable – du budget de l’Etat. Il convient donc que les jeunes soient informés de la priorité que méritent certains domaines de recherche et que leur orientation vers eux soit favorisée. D’ailleurs, s’ils sont conscients de l’importance particulière de certains problèmes, il s’établira souvent une sorte d’autorégulation.

- La formation des chercheurs et les programmes de recherches doivent être adaptés géographiquement. Il en est d’ailleurs de même pour la formation du praticien. Le médecin et le chercheur doivent être formés en fonction des conditions qui prévalent dans leur pays d’origine, sous peine de non-retour vers celui-ci. Il faut, de plus, que le futur chercheur acquière le maximum de connaissances dans son propre pays et qu’ensuite celles-ci soient complétées à l’étranger par des séjours aussi brefs que possible.

Dans nos pays, la formation universitaire est peut-être trop uniforme. Il serait souhaitable de la diversifier davantage en créant des options, les unes de type plus médical, les autres de type plus scientifique, tout en assurant des interrelations et des ponts entre elles. Le chercheur clinicien doit avoir, à la fois, une solide formation de base et une sérieuse connaissance des problèmes cliniques. Il doit, en effet, au sein de l’équipe où il travaillera, occuper une place prépondérante dans toute étude réalisée sur l’homme -  étude dont l’importance ne cessera de croître au cours des prochaines années.

Pour le clinicien, on recommandera des séjours point trop longs dans des Instituts de recherches suivis de retour à la clinique, et ceci, à plusieurs reprises.

Il faut que les chercheurs cliniciens et les chercheurs physiciens, chimistes, biophysiciens, biochimistes, physiologistes, pharmacologues, statisticiens, épidémiologistes, etc., puissent discuter ensemble sur un plan de compréhension réciproque, d’où l’importance actuelle, et plus encore future, des disciplines hybrides qui ne peuvent se développer que par un travail d’équipe : physiologie clinique, biochimie clinique et pharmacologie clinique. Il faut que, dans les Facultés de Médecine, les chercheurs soient sensibilisés aux questions touchant aussi bien la clinique que la santé publique. Mais bien plus encore que des connaissances, c’est une méthode de travail, une manière d’aborder les problèmes et d’en chercher la solution, qu’il convient d’inculquer au futur chercheur.

 

M. le Président et M. le Secrétaire perpétuel remercient M. Welsch et les co-auteurs de ce remarquable rapport.

 

Séance du 27 février 1971.