Académie royale de Médecine de Belgique

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Nathalie Jodogne. Enjeux systémiques de l’obésité de l’enfant. - Vidéo

problème révélateur du dysfonctionnement familial? Point de vue de la psychologue

Psychologue clinicienne, psychothérapeute familiale, Cliniques universitaires Saint-Luc

 

L’obésité de l’enfant est multifactorielle et rarement d’origine somatique même s’il existe des facteurs de prédisposition génétique. C’est une maladie aux nombreuses conséquences délétères d’un point de vue physique, psychologique et relationnel. Déjà à 3-5 ans, les enfants gros sont moins investis socialement par leurs pairs, leurs enseignants. A l’adolescence, c’est une cause de souffrance majeure et à l’âge adulte source de discrimination sociale. C’est une maladie chronique visible perçue différemment par les soignants car elle engage une notion de responsabilité du patient. Les parents sont responsables mais n’en ont pas conscience pour autant ou alors se sentent souvent jugés, découragés et impuissants face aux kilos.  Du côté des soignants eux-mêmes, les patients peuvent être perçus comme résistants passifs au changement et ils se sentent souvent démunis dans une approche mono-disciplinaire.

Les auteurs sont unanimes: l’obésité de l’enfant c’est un travail d’équipe et une affaire de famille! L’implication de l’ensemble des membres de la famille est essentielle. L’accompagnement superficiel “manger moins, bouger plus” est souvent décevante car ne tient pas compte des variables individuelles, familiales et relationnelles qui ont mené au symptôme et entretiennent celui-ci.

D’un point de vue psychologique, l’obésité peut revêtir une double fonction: la protection de l’équilibre familial (fonction et rôle de l’enfant dans sa famille) et de l’équilibre individuel ( fonction défensive des compensations alimentaires). S’il existe des perturbations ou facteurs de dysfonctionnement au sein de ces familles en termes de communication, de dynamique, de difficultés de vie, mieux vaut créer une alliance avec elles et  les considérer avant tout comme compétentes pour aider leur jeune.

Aux cliniques universitaires Saint-Luc nous avons fait le choix depuis 1980 déjà d’une approche intégrée pédiatre-psychologue où nous recevons ensemble le patient et sa famille. Nous nous engageons dans une alliance thérapeutique avec eux (soutien, non-jugement, bienveillance et créativité) pour mobiliser la famille autrement.  La phase initiale de la prise en charge est d’aider les parents et le jeune à mieux percevoir le surpoids de leur enfant, de travailler à une écoute attentive de leur perception du symptôme obésité et de leur mode de fonctionnement autour de celui-ci. La phase de traitement est à la fois de construire avec eux des modifications du life style à leur rythme et des modifications psychologiques mieux adaptées aux besoins de développement de l’enfant et de la dynamique familiale. Des vignettes cliniques viendront illustrer notre propos.