Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le problème de la méthode dite de thérapeutique cellulaire

M. Lequime, au nom de la Commission, donne lecture du projet de rapport auquel celle-ci s’est arrêtée et qui a été distribué avec la convocation.

M. J. Roskam, tout en marquant son approbation générale de rapport, craint que la phrase finale ‘Dans ces conditions, la méthode ne peut entrer dans la pratique courante et son emploi n’est jusqu’à présent qu’au titre de thérapeutique d’exception » soit trop peu restrictive. En effet, notre Collègue a eu l’occasion de constater l’apparition de phénomènes d’éosinophilie chez des malades ainsi traités, et l’on a signalé des cas de maladies démyélinisantes en rapport possible avec la même thérapeutique.

M. J. Van Den Branden signale également des informations qu’il vient de recueillir en Suisse et considère comme certain que des manifestations graves d’allergie peuvent ainsi survenir chez des malades qui en étaient précédemment exempts.

En conséquence M. Roskam, soucieux d’éviter que l’on puisse trop aisément invoquer une « thérapeutique d’exception », propose d’amputer la phrase finale du rapport ainsi qu’il suit :

« Dans ces conditions, la méthode ne peut entrer dans la pratique courante, et considérant les risques auxquels elle expose, son emploi ne peut être envisagé qu’avec la plus ectrême circonspection ».

Cet amendement est adopté à l’unanimité. Le texte ci-dessous sera donc communiqué à M. le Président du Conseil supérieur de l’Ordre des Médecins :

« La Commission chargée de fournir les éléments d’une réponse à la question posée par le Conseil Supérieur de l’Ordre des Médecins désireux de « connaître l’avis de l’Académie au sujet des thérapeutiques tissulaires », s’est réunie le 28 mai ». Etaient présents : MM. P. Govaerts, P. Lambin, J. Lequime et M. Welsch. M. F. Liégeois est excusé.

« Après un premier examen de la question, la Commission, estimant que l’appellation « thérapeutiques tissulaires » pouvait être appliquée à des procédés très divers, a demandé que le Conseil supérieur précise sa question. Celui-ci a fait savoir qu’il avait en vue la méthode « pronée notamment par le Docteur Niehans : des cellules embryonnaires sont prélevées à l’abattoir sur des fœtus d’animaux et immédiatement injectées au malade ». Il désire savoir : « si cette méthode a fait ses preuves et si elle entrer dans la thérapeutique courante ».

« La Commission s’est réunie une seconde fois le 25 juin. Etaient présents : MM. Liégeois, Lequime et Welsch. M. Lambin était excusé et M. Govaerts, absent. Après que M. Liégeois eut exposé les précautions qui sont mises en œuvre aux abattoirs pour le prélèvement des cellules embryonnaires et commenté l’Arrêté royal du 6 juin 1960 relatif à la fabrication, et à leur dispensation (Moniteur du 22 juin 1960, p. 4684), la Commission, à l’unanimité, a exprimé un avis qui a été examiné et amendé le 16 juillet par l’Académie, et que voici :

« La thérapeutique cellulaire, telle que définie ci-dessus, est une méthode dont on ne peut dire qu’elle a fait ses preuves. En effet, en dépit du grand nombre de cas traités et des succès rapportés par certains auteurs, on doit reconnaître que ses bases expérimentales sont insuffisantes et qu’elle n’a pas fait l’objet d’études cliniques dans des conditions assurant l’observation comparative de malades témoins indispensables.

En dépit des précautions prises lors de la récolte du matériel destiné aux injections, la présence éventuelle de virus latents ne peut être écartée avec certitude. De même, bien qu’il s’agisse de matériel embryonnaire, la possibilité de réactions allergiques doit être particulièrement retenue. En fait, des accidents, en particulier de graves désordres sanguins, consécutifs à cette thérapeutique, ont été rapportés (voir p. ex. J. Olmer, Bull. Acad. nat. Méd., Paris, 1959, 143, 636). L’Académie Nationale de Médecine (Paris) a d’ailleurs adopté à l’unanimité (Bull. Acad. nat. Méd., Paris, 1958,142, 628) les conclusions du rapport de MM. Verge et Justin-Besançon, défavorables à l’emploi de la méthode dite de thérapie cellulaire fraîche. Dans ces conditions, la méthode ne peut entrer dans la pratique courante, et considérant les risques auxquels elle s’expose, son emploi ne peut être envisagé qu’avec la plus extrême circonspection ».

 Séance du 16 juillet 1960.