Académie royale de Médecine de Belgique

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Eloge académique de feu le Pr Henri Vis

(Séance du 29 mars 2003)

Éloge académique du Professeur Henri VIS, membre titulaire, par le Professeur Jacques E. Dumont, membre honoraire

Mon ami, le Professeur Henri Vis, est né en 1928 dans une famille hollandaise, à Anvers.  Son père, de philosophie protestante, a certainement contribué à une rectitude morale, à un sérieux et à une certaine rigidité qui le caractérisaient ; sa mère lui a donné le goût de l’art.  Après des études secondaires en français, il entre à l’Ecole de Médecine de l’ULB en 1947 et en sort en 1954.  Il est reconnu pédiatre en 1958, agrégé de l’enseignement supérieur en 1963, il dirige à partir de 1964 l’unité de recherche de l’IRSAC à Lwiro, au Kivu, devient professeur de pédiatrie à l’ULB et l’un des trois chefs de service de pédiatrie à l’Hôpital-St.-Pierre en 1971, directeur CEMUBAC en 1974, créateur et directeur de l’ « Hôpital des Enfants Reine Fabiola » en 1984, jusqu’à sa retraite en 1993.  Il est correspondant de notre Académie depuis 1976, et membre titulaire depuis 1991.

Sa contribution scientifique principale fut l’étude de la malnutrition chez l’enfant.  Il définit les bases fondamentales biochimiques et physiopathologiques de cette affection, ses multiples formes, le rôle des oligoéléments.  Il met au point un traitement qui ramène la mortalité de 37 % à 10 % : on ne fait pas beaucoup mieux aujourd’hui.  Il démontrera le rôle des oligoéléments dans cette pathologie et inspirera d’autres chercheurs (Goyens et Dumont) à rechercher et trouver un rôle de ces oligoéléments, dans le goitre et le crétinisme endémique.  Il pousse sa recherche sur le plan nutritionnel et épidémiologique et montre que la fréquence de l’affection au Kivu et au Rwanda est en augmentation constante.  Ceci est dû à l’effet conjoint de plusieurs facteurs : l’augmentation de population due en partie à la diminution de l’espacement entre les naissances, elles-mêmes conséquence de l’abandon de l’allaitement maternel, le développement d’une agriculture d’exportation (café, thé) à la place de l’agriculture de subsistance, l’intensification de l’agriculture conduisant à l’appauvrissement du sol.

Le diagnostic posé, H. Vis peut prédire en 1974 une catastrophe démographique pour le début des années 90.  La guerre civile au Rwanda débutera en 1990, le génocide sera commis en 1994.  M. H. Vis dès 1976 va tout mettre en œuvre pour empêcher ses prédictions de se réaliser : le contrôle des naissances, qui sera torpillé par l’administration Reagan, la réorientation de l’agriculture, qui le met en opposition avec des intérêts financiers.  En 1984 les autorités réussissent à démissionner un homme trop « dérangeant ».  Pendant tout ce temps, H. Vis a couplé constamment recherche, soins, formation, et action politique et de santé publique.  Il a créé un véritable système de santé au Kivu …  Cette approche à long terme, peu médiatique mais qui résout les problèmes au lieu de pallier à des crises aiguës, est à contraster avec l’approche médiatique, temporaire et à court terme de beaucoup d’OMG humanitaires.

En 1984, H. Vis crée l’Hôpital des Enfants Reine Fabiola (HUDERF), concrétisation d’un rêve très antérieur du Professeur Dubois : un hôpital conçu entièrement en fonction de l’enfant et de son bien-être.  Il crée aussi le laboratoire de recherches pédiatriques avec Philippe Goyens qui continue une recherche très originale.

Les qualités de H. Vis étaient multiples : une haute intelligence ; un idéal social élevé, exigeant, passant avant les relations humaines, ce qui fait de lui un homme parfois difficile à vivre ; un altruisme général que j’ai illustré ; un désintéressement absolu, financier et intellectuel (il a permis et initié toute l’équipe Ermans Delange de la recherche goître au Kivu, sans jamais s’imposer comme participant) ; une honnêteté rigoureuse, parfois rigide ; une envergure et une curiosité intellectuelle remarquables ; un humour sarcastique parfois mal perçu.

Je suis fier aujourd’hui d’avoir été l’ami de Henri Vis et fier de ce qu’il m’ait demandé de vous présenter cet éloge funèbre.

Une minute de silence est observée à la mémoire du regrette confrère disparu.

A l’interruption de séance, la famille de M. H. Vis est raccompagnée par le Président et le Secrétaire perpétuel.