Académie royale de Médecine de Belgique

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Eloge académique Pr René Lambotte (Séance du 27 septembre 2008)

(Séance du 27 septembre 2008)

Feu le Professeur René LAMBOTTE, membre titulaire et ancien Président, par Jean–Michel FOIDART et Ulysse Gaspard, membres titulaires.  

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Madame Lambotte,

Chers Philippe et Miguel,

Chers membres de la famille,

Mes chers Collègues,

Nous sommes réunis ce matin pour rendre hommage à notre ancien Président, à notre Collègue Académicien, le Professeur René Lambotte, votre époux et papa.  L’Académie de Médecine, tout entière, désire vous exprimer sa tristesse et notre émotion.

Le Professeur René Lambotte est né à Liège, le 30 juillet 1931.  Après des humanités gréco-latines à l’Athénée royal de Liège, il est proclamé Docteur en Médecine, Chirurgie et Accouchements de l’Université de Liège, avec Grande Distinction, en 1957.  Après avoir satisfait à ses obligations militaires en 1957-1958, il devient, jusqu’en 1965, assistant au service de Gynécologie-Obstétrique de l’Université de Liège sous la direction des Professeurs O. Gosselin puis L. Grégoire.  Successivement premier assistant, chef de travaux, puis Agrégé de Faculté en 1969, il accède à la Chaire d’obstétrique en  1971.  En 1973, il est promu Professeur ordinaire.

Quatre ans plus tard, il est élu Doyen de la Faculté de Médecine (de 1977 à 1982).  Il devient membre du Conseil d’Administration de l’Université de Liège jusqu’en 1985.  Il préside le Comité de Gestion du Centre hospitalier Universitaire, de 1982 à 1984 et organise l’avenir du CHU de Liège.

La carrière clinique et académique du Professeur Lambotte fut exceptionnellement féconde, au niveau national et international.

Son travail de recherche, réalisé avec le Professeur J. Salmon, concerne une α1 globuline du liquide amniotique et l’existence d’auto-anticorps dirigés contre cette glycoprotéine, amniotique au cours de la prééclampsie.  Les résultats en sont publiés dans la prestigieuse revue Nature.  Sur le plan scientifique, il pratique, ce qui est appelé de nos jours, la recherche « translationnelle » c’est-à-dire celle qui est effectuée du lit du malade jusqu’au laboratoire des sciences de base.  Il côtoie successivement les laboratoires du Professeur Gehrard Uhlenbruck, biochimiste et immunologiste, du Max Planck Institute de Köln, celui du Professeur Caldeyro Barcia de Montevideo, clinicien qui codifia la physiologie de l’accouchement, celui du Professeur Grabar, un des pères de la découverte, alors controversée, des auto anticorps à l’institut du Cancer à Villejuif, puis l’unité d’échographie du Professeur Kratochwill, à Vienne.  Rappelons qu’en 1967, l’échographie qui allait révolutionner l’obstétrique en permettant de visualiser le fœtus, n’existait pas.  Le Professeur Lambotte fut parmi les premiers, en 1970, à en comprendre l’intérêt et les possibilités futures.  Il créa dès 1975 une unité d’échographie qui compte aujourd’hui sept échographistes spécialisés.

Comme Doyen de la Faculté de Médecine, il réforme les études de Médecine, concentre les enseignements théoriques sur cinq années d’études, et organise les stages cliniques en deux années pleines.

A cette époque, la construction de l’Hôpital Universitaire de Liège pose problème.  Commencé en 1967, le gros œuvre est achevé depuis 1980, mais pas un seul lit n’a encore quitté Bavière.  Vingt ans se sont pourtant déjà écoulés depuis la décision de construire, au Sart Tilman, le nouvel hôpital universitaire.  Les soucis s’accumulent.  Les raisons de cette lenteur ?  Principalement les difficultés de financement et de gestion rencontrées par l’ULg.  Le Doyen de la Faculté de Médecine, René Lambotte, prend alors une série de décisions destinées à corriger la situation.  Les nouveaux moyens dégagés relancent la construction et l’achèvement de l’hôpital.

Simultanément, le Professeur Lambotte entreprend une réforme audacieuse de son département. Il comprend très tôt la nécessité de spécialiser en secteurs spécifiques l’activité clinique gynécologique et obstétricale.  L’endocrinologie connaît à l’Université de Liège un essor spectaculaire.  Le Professeur Lambotte associe très tôt la médecine de la reproduction à cette révolution de l’endocrinologie.  Sous son impulsion, le Professeur U. Gaspard, puis le Professeur F. Van den Brûle, développent la gynécologie fonctionnelle.  M. U. Gaspard sera le premier des huit agrégés qu’il formera, assurant ainsi la pérennité de l’Ecole.  Véritable pionnier, il crée le concept de « cliniques du sein ».  Obstétricien chevronné, le Professeur Lambotte s’investit personnellement dans la surveillance de la grossesse.  Il développe avec le Professeur J. Senterre, la médecine périnatale intégrée.  Ainsi naît un solide partenariat avec les enseignants et cliniciens de pédiatrie, de génétique et d’anesthésiologie.

Il préside le Conseil Scientifique de l’ONE de 1986 à 1990, et de 1996 à 2004.  Le Conseil scientifique de l’ONE préside à l’organisation des missions scientifiques et éducatives de la médecine prénatale, périnatale et de la pédiatrie en Communauté française.  Cette fonction essentielle lui permit pendant de nombreuses années de jouer un rôle important dans la politique de santé et la gestion des grossesses et de la petite enfance, à haut risque de maltraitance.  Soucieux d’aider les pays en voie de développement, il accueillera dans son service et formera plus de vingt médecins zaïrois.  Il effectua divers séjours au Bénin, à Kinshasa et en Afrique francophone pour stimuler les échanges scientifiques, la formation médicale et la pratique clinique de qualité.  Il présida le Congrès de l’Union Africaine de Gynécologie Obstétrique de Kinshasa.

Dès 1974, il accorde des moyens de recherche importants à la recherche fondamentale en médecine de la reproduction, permettant ainsi l’essor d’un laboratoire de recherche auquel participent de nombreux et brillants collaborateurs.

En 1985, sept ans après la naissance de Louise Brown – qui constitua le véritable point de départ des techniques de procréation médicalement assistée – le Professeur René Lambotte crée le Centre de Procréation Médicalement Appliquée, à l’Université de Liège.  Aujourd’hui, ce centre accueille annuellement, huit cents couples qui entament un traitement de fécondation.  En cancérologie pelvienne, il organise le dépistage provincial du cancer et développe la cytologie gynécologique et la recherche anatomo-pathologique.  Soucieux d’envisager les aspects psychologiques de la stérilité, de l’avortement, des affections cancéreuses, de la ménopause mais aussi de traiter les problèmes sexuels, il développe un secteur de gynécologie psychosomatique.

Au niveau national et international, le Professeur Lambotte se distingue comme un brillant ambassadeur de l’Université  de Liège.  Il participa à de très nombreuses commissions ministérielles : commissions médico-sociales, Conseil des Hôpitaux, Commission d’agréation des spécialistes en Gynécologie-Obstétrique, Conseil de médecine préventive de la Communauté française …

Il n’y a pas de science sans conscience.

Homme de respect et de tolérance, humaniste et éthicien, le Professeur René Lambotte participa à de nombreuses commissions d’éthique (au Centre hospitalier régional, au CHU de Liège, au FNRS), présida le Centre de Réflexion bioéthique interdisciplinaire de la Faculté de Médecine de Liège et fut membre du Comité Consultatif Fédéral de Bioéthique.  Il était Docteur Honoris Causa de l’Université de Lille depuis 1996 et Chevalier, Officier puis Grand Officier de l’Ordre de la Couronne et Commandeur puis Grand officier de l’Ordre de Léopold.

Il est impossible de rappeler ici les nombreux enseignements, conférences, colloques, congrès nationaux et internationaux qu’il organisa et présida à Liège et à l’étranger.  Il fut l’auteur de nombreuses publications et de nombreux ouvrages d’obstétrique.

Toutefois cet énuméré académique serait quelque peu insuffisant si nous n’insistions pas ici sur la personnalité conviviale de notre ancien Maître.  Il était un homme chaleureux, aimable, courtois et sensible à la détresse et à la souffrance.  Amoureux de musique classique, son épouse et lui étaient des assidus du Conservatoire royal de Musique de Liège et de l’Opéra.  Sa famille, son épouse, leurs deux fils et belles-filles, leurs petits-enfants occupaient une place importante dans sa vie.  Ses proches collaborateurs, se²s intimes, ses amis savent combien le Professeur Lambotte avait investi dans les valeurs familials et combien il pouvait trouver, auprès de son épouse et de ses fils, un soutien affectif puissant.   

Qu’il me soit permis, à vous, chère Madame Lambotte, à Philippe et Miguel, ainsi qu’à vos épouses et à vos enfants, de vous redire la profonde tristesse de l’Académie de Médecine.  Le Professeur Lambotte restera vivant dans la mémoire de ce cénacle prestigieux qu’il présida.  Nous vous assurons de notre soutien.