Académie royale de Médecine de Belgique

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Eloge académique Pr Robert de Marneffe (Séance du 26 avril 2008)

par Georges Primo, membre titulaire et ancien Président. 

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Chers Collègues,

Mesdames, Messieurs,

Robert de Marneffe nous a quittés le 28 août 2007.  Son père, le docteur Armand de Marneffe, est médecin aux Armées pendant la Grande Guerre 14-18. Durant la campagne, il est stationné à Rouen où l’état-major lui confie la mise sur pied de l’hôpital anglo-belge de Bon-Secours, centre d’orthopédie et de physiothérapie de l’armée belge. L’hôpital est inauguré le 2 juin 1916 et le Docteur Armand de Marneffe en est le directeur. Dans cette institution, le secteur de la gymnastique et revalidation médicale est géré par Miss Loveday, une kinésithérapeute anglaise qui devient plus tard Madame de Marneffe. De leur union naît Robert de Marneffe le 1er septembre 1919 et, ultérieurement, encore une fille et un garçon. Les trois enfants feront tous des études de médecine.

Des parents si nettement impliqués dans la discipline orthopédique allaient sans doute influencer la vocation de leur fils aîné qui va en effet consacrer sa carrière professionnelle à la chirurgie orthopédique. Sa sœur et son frère par contre s’orienteront vers d’autres spécialités.

Robert de Marneffe obtient son diplôme en 1945 à l’Université libre de Bruxelles après avoir subi comme beaucoup de camarades de l’époque les vicissitudes de l’occupation nazie durant son parcours universitaire.

Il commence sa spécialisation en chirurgie car, à l’époque, l’orthopédie n’était pas encore une discipline chirurgicale séparée de la pratique chirurgicale générale.

Il est accepté comme assistant «  bénévole » (c’est-à-dire surnuméraire non rétribué) dans le service de chirurgie de l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles à ce moment encore dirigé par le Professeur Robert Danis qui fut dans notre pays, je le rappelle, un chirurgien de grande réputation dans le domaine de la chirurgie osseuse.

Pendant son apprentissage clinique, Robert de Marneffe profite des latitudes de son statut d’assistant bénévole pour entreprendre des recherches morphologiques et expérimentales sur la vascularisation osseuse. Le fruit de ses travaux l’amène à la rédaction d’une thèse d’agrégé qu’il défend en 1951. La même année, il est nommé assistant en titre, puis adjoint en 1956  et, en 1962, premier adjoint.

En 1964, son ami le Professeur Jean Van Geertruyden, chef du service de chirurgie à l’hôpital Brugmann, le sollicite pour venir dans son service mettre à profit ses compétences orthopédiques et prendre la direction de ce qui va devenir la future clinique de chirurgie orthopédique dans le département. En 1967,  il est nommé chef de cette clinique et occupera cette fonction jusqu‘à sa retraite en 1984.

Dès son arrivée à Brugmann, de Marneffe impose ses méthodes de travail guidées par la rigueur et le souci du détail. Après inventaire de l’instrumentation osseuse qu’il a trouvée trop disparate à son goût, il procède à un meilleur ordonnancement de celle-ci. Il standardise le matériel à prévoir selon le type d’intervention programmée pour ne plus, disait-il, non sans humour, devoir vérifier s’il y avait bien  assez de vis pour tous les trous d’une plaque d’ostéosynthèse ou devoir raccourcir un clou trop long pour un patient trop petit ! Toutes ces innovations furent bienvenues pour le personnel du quartier opératoire qui n’y trouvait que des avantages pour mieux satisfaire ses grandes exigences dans le travail.

Bien vite Robert de Marneffe réunit autour de lui une équipe enthousiaste à qui il inculque son savoir et qu’il invite à s’impliquer avec lui dans l’organisation d’une structure d’enseignement de la discipline orthopédique dans les hôpitaux universitaires bruxellois et les hôpitaux de stage affiliés.  Plus tard, la qualité reconnue de ses disciples lui vaudra la satisfaction de voir deux d’entre eux choisis pour diriger les services d’orthopédie créés dans les nouveaux hôpitaux académiques inaugurés à la fin des années 70 d’une part à la V.U.B. et, d’autre part, à l’U.L.B. Un troisième lui succèdera à Brugmann lorsqu’il prendra sa retraite. En tant que responsable universitaire, Robert de Marneffe ne perd pas de vue l’importance de la recherche indispensable à tout progrès. Il met sur pied, avec ses associés et en collaboration avec des ingénieurs de la faculté polytechnique de l’U.L.B. et de l’école royale militaire,  un centre interdisciplinaire de recherche en biomécanique osseuse expérimentale et clinique dont l’activité féconde fournira à plusieurs de ses chercheurs l’opportunité de rédiger une thèse d’agrégation.

La production bibliographique de Robert de Marneffe rend compte de son intérêt pour l’ensemble des pathologies du système ostéoarticulaire. Néanmoins, il a quelques sujets de prédilection parmi lesquels la hanche malade, les pathologies du rachis, les affections du genou, la création d’équipes pluridisciplinaires pour le traitement des grands polytraumatisés.

La chirurgie fonctionnelle de la hanche retient particulièrement son intérêt. Il s’initie au travaux de Pauwels à Aix-la-Chapelle sur le traitement de la coxarthrose par recentrage de la tête fémorale dans le cotyle après ostéotomie de varisation ou valgisation pertrochantérienne.  L’expérience qu’il acquiert dans ce domaine lui permet en 1978 de présenter avec plusieurs collègues un rapport très fouillé portant sur 806 cas d’ostéotomie de la hanche qui est publié dans les Acta Orthopedica Belgica.

Par la suite il sera aussi un des premiers en Belgique à implanter des prothèses artificielles de hanche nouvellement mises à l’usage. En 1965 et 1978, il présentera d’ailleurs une lecture sur ce sujet à la tribune de notre compagnie.

La contention des fractures des os longs par fixation externe, principe initié au début du siècle par notre compatriote Albin Lambotte, est remise au goût du jour par les membres de son équipe. En 1965, sous les auspices de la Société Belge d’orthopédie,  il organise un premier symposium sur ce sujet qui connaît un grand succès.

A la faculté, Robert de Marneffe est nommé chargé de cours en 1962 et membre du collège d’enseignement  de la pathologie chirurgicale aux étudiants du graduat. Pour le postgraduat, dès la rentrée académique 1962-63, avec ses collègues André Danis et Marcel Van der Ghinst, il jette les bases d’une licence spéciale en orthopédie dont il assume la présidence en relation avec la faculté. Il crée le Collège d’Enseignement de la Licence en Orthopédie (le CELO) où il enrôle les chirurgiens orthopédiques de services universitaires et de stage. Ce groupe structure un programme académique annuel qui comporte des séances à thèmes et des séminaires d’actualisation destinés aux candidats spécialistes en orthopédie. Cet enseignement  deviendra par la suite un DES avec jury d’examen et diplôme universitaire. Ce DES sera accessible aux praticiens qui ont au préalable suivi une formation chirurgicale générale d’au moins deux ans.

Dans notre pays, l’activité constante de Robert de Marneffe  en faveur de la pratique orthopédique contribue pour une part importante à sa reconnaissance comme une spécialité à part entière et légitime son credo que, quiconque victime d’une pathologie ostéoarticulaire, quelle que soit sa gravité, doit de préférence être confié aux bons soins d’un ortho traumatologue qualifié et dûment patenté.

Au sein de la Société Belge d’Orthopédie, de Marneffe est un membre très actif, fort écouté et apprécié par ses pairs. Pendant 19 ans, il siègera au bureau de la société comme trésorier de 1959 à 1975, ensuite comme second vice-président en 1976, premier vice-président en 1977 et enfin, président en 1978.

En 1964, il est chargé du rapport au congrès annuel de la société sur le traitement chirurgical de la coxarthrose, un de ses sujets de prédilection comme nous l’avons déjà signalé. L’année de sa présidence, lors du congrès annuel, il met sur pied un premier symposium de la Société Européenne de Biomécanique conjoint au cinquième symposium du Centre Interdisciplinaire Belge de Biomécanique osseuse. 

Robert de Marneffe devient membre de la Société internationale de chirurgie osseuse et traumatologie (SICOT) en 1957. Neuf ans plus tard, en 1966, il en est le secrétaire général, fonction qu’il va occuper pendant dix-huit ans, après quoi il termine en 1984 comme président élu lors du congrès de la société à Londres.

Dans sa position de secrétaire au fait des arcanes de la société, il perçoit bien vite que celle-ci a une image trop exclusivement euro-américaine, bien que dite internationale. Il va dès lors s’employer avec énergie à faire évoluer cette image vers plus d’internationalisme. A plusieurs reprises, il obtient des modifications statutaires qui visent à un meilleur équilibre de la représentativité des grands continents. Pendant sa présidence, il finit par avoir gain de cause lorsque des nouveaux statuts, qu’il a rédigés de concert avec deux autres collègues du Bureau, sont acceptés. Ils rendent plus faciles l’adhésion des chirurgiens orthopédiques du monde entier qu’il n’a eu de cesse de voir réunis dans une grande fraternité internationale.

Pour mémoire, permettez-moi de vous rappeler que Robert de Marneffe fut nommé membre correspondant de notre compagnie en 1970 et élu titulaire en 1988.  Pour tous les collaborateurs et élèves qu’il a formés, il fut un maître respecté, apprécié pour son individualité forte, franche et directe, ne laissant pas de place à l’ambiguïté.  Dans la discussion de problèmes, il se révélait un interlocuteur prompt à dégager l’essentiel et ne se gênait point pour signifier sans ambages s’il était ou non d’accord avec la manière d’approcher le sujet. C’était un pragmatique dont la ténacité ne manquait pas de venir à bout des obstacles les plus ardus pour finalement trouver une solution acceptable par tous.

Bien que n’étant pas orthopédiste, j’ai cependant eu le plaisir de côtoyer presque quotidiennement Robert de Marneffe pendant de nombreuses années sur le site de l’hôpital Brugmann où nous étions bons amis et voisins en tant qu’usagers des infrastructures communes dans lesquelles nous exercions nos activités respectives. Je remercie les Professeurs Frans Burny et Maurice Hinsenkamp, deux de ses fidèles disciples, qui ont mis à ma disposition la documentation qui a servi de base à ma présentation. Avec cette évocation, certes succincte, de la carrière de notre éminent collègue, je m’honore de pouvoir vous dire mon sentiment que Robert de Marneffe laisse le souvenir unanime d’une personnalité appréciée pour son inlassable activité déployée au service de la communauté orthopédique belge et internationale.

Une minute de silence est observée à la mémoire de notre regretté confrère disparu.

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