Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport sur la réunion du C.I.O.M.S. consacrée à la recherche biomédicale


Prenant la parole au nom des trois délégués, M. P. Janssens, représentant la « Koninklijke Vlaamse Academie voor Geneeskunde », M. H. Van Cauwenberge et M. P.P. Lambert, représentant cette Académie, ce dernier présente le rapport suivant sur la réunion du C.I.O.M.S., consacrée à la recherche biomédicale, qui s’est tenue à Genève les 8, 9 et 10 octobre 1969, présidée par le Professeur J. Hamburger, en l’absence du Professeur M. Florkin, empêché :

«  La première séance de travail a été, en majeure partie, consacrée à l’impact des sciences bio-médicales fondamentales sur les problèmes de la santé. Les progrès de la biochimie, en particulier, ont eu un retentissement clinique considérable, notamment dans le domaine de la génétique. C’est pourquoi il paraît aujourd’hui important et urgent de faire en sorte que soient évaluées au mieux les possibilités d’application clinique des découvertes fondamentales.

« or, le chercheur fondamentaliste n’est pas nécessairement le plus qualifié pour apprécier les développements que sa recherche pourrait avoir dans d’autres domaines, notamment la clinque. Afin de multiplier les contacts entre cliniciens et fondamentalistes, il pourrait être souhaitable de confier à quelques personnalités la mission d’évaluer les possibilités d’applications cliniques et les chances de développement, dans cette voie, des programmes en cours dans les laboratoires de sciences fondamentales. Ceci pourrait être envisagé sur le plan universitaire ou, mieux encore, sur le plan national.

« Inversement, on pourrait citer de nombreux exemples où l’observation des malades et la recherche clinique qui en découle ont été le point de départ d’études qui ont conduit à la découverte de mécanismes régulateurs fondamentaux de la physiologie normale. Cette constatation plaide à son tour pour un rapprochement des chercheurs des sciences fondamentales et des disciplines cliniques. Ce but peut être atteint par la constitution de groupes multidisciplinaires de recherche, soit au sein d’institutions hospitalo-facultaires spécialisées (exemple français), soit d’institutions directement dépendantes des organismes nationaux (Ministères ou Comité nationaux de recherche), une telle collaboration doit, au minimum, être recherchée sur un plan uniquement fonctionnel.

« Les opinions étaient parfois divergentes sur les moyens à mettre en œuvre pour rapprocher les fondamentalistes des chercheurs qui s’intéressent aux sciences de la santé. Ces contacts ne doivent pas se limiter aux seuls membres du corps médical. Il faut tendre vers la constitution de groupes multidisciplinaires de recherche, auxquels participeront, en fonction du but poursuivi, des biophysiciens, des mathématiciens, des ingénieurs, des sociologues, des économistes.

« La grande diversité des disciplines engagées dans la recherche bio-médicale impose un effort tout particulier dans le domaine de la formation des chercheurs et des enseignants.

« Les moyens à mettre en œuvre pour créer de telles équipes doivent nécessairement venir de l’Etat. Il est donc indispensable que l’opinion publique soit informée et suffisamment éclairée pour comprendre que la promotion de la santé ne dépend pas uniquement d’une technicité accrue dans la pratique médicale, mais aussi de recherches fondamentales, à première vue moins directement rentables.

 

« Les travaux de la deuxième journée ont été consacrés aux problèmes posés par la planification de la recherche bio-médicale. L’ordre de priorité des différents domaines de la recherche bio-médicale ne peut être le même dans tous les pays, car des impératifs socio-économiques et autres peuvent imposer des choix différents d’une région du globe à l’autre.

« La priorité doit, certes, toujours rester à la recherche la plus originale. Les moyens matériels que requiert la recherche isolée sont d’ailleurs modestes par rapport à l’ensemble des crédits accordés à la recherche bio-médicale. La plus grande partie des subsides doivent aller à des équipes plus ou moins importants sur la base d’un programme scientifique approuvé par un comité d’experts.

«  Les représentants des pays où la recherche bio-médicale est déjà très encadrée exprimaient avec le plus de force leur conviction que la recherche bio-médicale doit être planifiée.

« Cette planification peut se faire sur le plan national, voire même international. Elle s’impose aussi au niveau des disciplines et des équipes de recherche, surtout lorsqu’elles sont multidisciplinaires.

« Il appartient au pouvoir politique de définir les grandes options scientifiques d’un pays, c’est-à-dire les domaines dans lesquels il doit porter son effort (agriculture, santé, recherche spatiale, etc.), en fonction de critères propres à chacun d’eux, et de fixer le pourcentage des subsides consacrés aux différents domaines retenus. Au-delà de ce stade, il convient que les organismes chargés de l’élaboration de la politique scientifique (et, préférentiellement, composés d’hommes de science de compétence indiscutée) définissent les objectifs proposés pour une planification. Le choix de ces objectifs doit se faire en fonction du potentiel scientifique existant et des chances de succès que l’on peut raisonnablement attendre d’un effort concerté.

« La création de comités d’experts présidés par des hommes de science, qui auront accepté de consacrer leur talent à valoriser le travail scientifique d’autrui,  permettra de fixer au mieux ces objectifs. Ces comités définiront les étapes successives de la connaissance qu’il faudra franchir pour assurer une heureuse issue du projet. Ils s’efforceront de rapprocher les équipes susceptibles de contribuer utilement à sa réalisation et répartiront au mieux les crédits. A titre d’exemple de recherche planifiée, les travaux qui ont abouti à la production du vaccin antipoliomyélitique ont été cités.

« On peut estimer que la création d’institutions directement dépendantes des conseils scientifiques est un procédé coûteux pour atteindre une telle coordination. Le but paraît pouvoir être atteint d’une manière plus fonctionnelle (contrats de recherche).

« La question qui fit l’objet de la troisième séance de travail concernait l’organisation sur le plan international de l’effort de recherche dans le domaine bio-médical.

« La création d’un organisme international a été suggérée avec les objectifs suivants :

1)    Favoriser la communication et l’information entre les équipes scientifiques intéressées aux mêmes problèmes ;

2)    Favoriser la formation des chercheurs par la création, dans certains centres particulièrement qualifiés, d’enseignements accessibles à des chercheurs issus d’autres universités ou d’autres pays (bourses, subsides) ;

3)    Réunir l’information nécessaire sur les progrès récents en matière d’équipement ;

4)    Préciser la structure des unités de recherche qui assurerait le meilleur rapport rendement/structure ;

5)    Aider les pays où la recherche bio-médicale est encore un peu structurée à résoudre leurs propres problèmes ;

6)    Définir les problèmes qui pourraient faire l’objet de recherches planifiées sur le plan international.

 

« En conclusion, il nous semble qu’à l’échelle de notre pays, dans le cadre de nos universités et de nos instituts de recherches, ainsi que de nos fondations nationales de recherche, un effort devrait être fait :

1)    Pour assurer, sur un plan interuniversitaire, la formation commune des chercheurs qui se destinent à la recherche bio-médicale, quelle que soit leur formation initiale, ce qui contribuerait grandement à développer leur esprit de collaboration ;

2)    Pour confier à une commission permanente, largement interdisciplinaire, le soin de coordoner les programmes des universités justifiant le soutien financier de la communauté ;

3)    Pour participer à un effort international de coordination de la recherche, à condition que chacune des unités de recherche intéressées bénéficie des informations acquises. »

A l’issue de cette lecture, un échange de vues s’engage entre M. Roskam, M. Lambert, M.  le Président et M. le Secrétaire perpétuel, d’où il ressort qu’il convient, en vue d’une diffusion judicieuse des conclusions de ce rapport, de constituer une Commission  mixte des deux Académies. Ce point figurera à l’ordre du jour de la prochaine séance.

Séance du 28 février 1970.