Académie royale de Médecine de Belgique

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Avis concernant l'administration d'anabolisants et hormones mâles à l'effet d'obtenir une masse musculaire importante dans certaines pratiques sportives intensives

Rapport de la Commission conjointe chargée de donner un avis concernant l’administration d’anabolisants et hormones mâles à l’effet d’obtenir une masse musculaire importante dans certaines pratiques sportives intensives

Par lettre du 7 juillet 1989, et document complémentaire du 3 octobre 1989, le docteur L. Corbeel, président du Conseil provincial du Brabant de l’Ordre des médecins, nous demandait de vouloir faire connaître notre avis en ce qui concerne le traitement par anabolisants et hormones mâles, de personnes qui effectuent des efforts musculaires intensifs.

Une Commission conjointe avec notre consœur néerlandophone s’est réunie les 28 octobre et 25 novembre 1989, et, après échange de vues, a formulé l’avis suivant :

Les androgènes et stéroïdes anabolisants sont préconisés chez les sportifs en vue d’améliorer leurs performances (dopage). Bien que ces substances augmentent la masse et la force musculaires lorsqu’elles sont associées à un traitement et à un régime alimentaire adéquat, il existe peu d’études objectives prouvant les effets bénéfiques de cette pratique.

Par contre, comme en témoignent de nombreuses publications scientifiques et notamment « The New England Journal of Medicine » (321, 1042-1045, 1989), l’utilisation répétée d’androgènes et de stéroïdes anabolisants entraîne des effets néfastes, principalement sur les systèmes hépatique et endocrinien. Au niveau du foie, l’atteinte se traduit par une augmentation discrète des transaminases pouvant aller jusqu’à la gliose hépatique et même à la cancérisation. Les effets sur le système endocrinien peuvent induire une stérilité transitoire, une atrophie testiculaire, une gynécomastie et un cancer de la prostate chez l’homme, une inhibition de l’ovulation, une virilisation et de l’acné chez la femme ; on mentionne en outre une perturbation du métabolisme des lipides et des hydrates de carbone, une rétention hydrique et de l’hypertension. Du point de vue psychologique, les sautes brusques d’humeur et une agressivité accrue sont classiques.

Le bilan global de l’utilisation des androgènes et anabolisants en pratique sportive est, dès lors, clairement néfaste en ce qui concerne leurs effets sur la santé. »

La Commission conjointe était composée de MM. H. Van Cauwenberge, J. Derivaux, L. Molle, P. Franchimont et A.E. Lambert pour l’Académie royale de Médecine et de MM. P. De Nayer, G. Verdonk, A. Vermeulen et M. Bogaert pour la « Koninkijke Academie voor Geneeskunde van België ».

Ce texte, présenté par M. L. Molle, après avoir appelé les commentaires de MM. M. Gerebtzoff et P. Lefèbvre, est adopté et approuvé à l’unanimité dans la présente séance. Il fera l’objet d’une large diffusion.

Séance du 25 novembre 1989.