Académie royale de Médecine de Belgique

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Vidéo et éloge de feu le Pr Emile Betz, membre honoraire

(Séance du 23 février 2013)

Éloge académique du Professeur Emile Hyppolite Betz, membre honoraire

par le Pr Jacques Boniver, membre titulaire.

 

Chère famille,

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Chers Collègues,

Mesdames, Messieurs,

C’est pour moi un grand honneur de présenter ce matin l’éloge académique de feu le  Professeur Emile Hyppolite BETZ, mon maître.

Monsieur Betz est né à Arlon, le 22 novembre 1919. Proclamé docteur en médecine, chirurgie accouchements à l’Université de Liège en 1944, il commence aussitôt sa carrière universitaire au Service du Professeur Jean Firket, alors Professeur d’anatomie pathologique.

Il y entreprend très naturellement une  formation d’anatomo-pathologiste, qu’il aura l’occasion d’approfondir au cours d’un séjour de près de deux ans d’abord à l’Université de Zurich, sous la direction des Professeurs Von Meyenburg et Von Albertini, ensuite au Kansas University Medical Center, comme « Visiting assistant Professor », sous la direction du Professeur Stowell.

Il est successivement assistant d’anatomie pathologique, puis chef de travaux, associé du Fonds national de la recherche scientifique puis agrégé de faculté ; il est nommé chargé de cours en 1959 et Professeur ordinaire d’anatomie pathologique en 1960, charge qu’il assurera jusqu’à 1985.

Au cours de cette période, il est chef du service d’anatomie pathologique à l’Hôpital de Bavière et directeur du Service provincial d’analyse des tumeurs. Il a eu de nombreux élèves qui exercent encore dans de nombreux laboratoires, principalement en Province de Liège. Il a contribué significativement à ce que l’anatomie pathologique soit reconnue comme spécialité médicale à part entière et non pas comme un simple secteur le la biologie clinique.

Il a été directeur trésorier du Centre anticancéreux près l’Université de Liège, Centre qui sous sa direction a réalisé un travail de pionnier en matière de dépistage du cancer.

Il est élu  membre correspondant de notre Académie en 1973, membre titulaire en 1981 et membre honoraire en 2006.  Il est Grand Officier de l'Ordre de Léopold.

Le Professeur Betz a été très actif dans des sociétés savantes, comme la Société belge d’anatomie pathologique et la Société européenne de Radiobiologie, on y reviendra, ainsi qu’au niveau du FNRS où il préside les Commissions scientifiques de Cancérologie, de Recherches fondamentales, de Morphologie normale et pathologique.

Les élèves du Professeur Betz et ceux qui l’ont côtoyé auront été marqués par de nombreux points forts  de ses compétences et de sa personnalité.

Sans vouloir être exhaustif, j’en citerai quelques uns.

Tout d’abord ses qualités d’enseignant. Comme je l’ai dit, le Professeur Betz a été titulaire des enseignements d’anatomie pathologique pendant plus de 25 ans. Ses anciens étudiants se souviennent encore aujourd’hui de la qualité de son enseignement qui était soutenu par un  livre de référence de très haute qualité, qu’il avait rédigé avec son prédécesseur le Professeur Jean Firket et publié en 1963 ; il l’actualisera ultérieurement avec l’aide de ses collaborateurs Michel Reznik, Léon Simar et Victor Smollar.  Ses anciens étudiants et ceux qui ont été cliniciens de l’Hôpital de Bavière se souviennent aussi des très célèbres séances de confrontations anatomo-cliniques auxquelles les cliniciens « responsables » du cas clinique présenté participaient avec une grande crainte vu la façon dont Mr Betz mettait parfois (ou souvent) en évidence les errements du clinicien.

Le Professeur Betz est un des pionniers de la recherche en radiobiologie en Belgique et en Europe, - il a d’ailleurs été un des membres fondateurs de la Société européenne de Radiobiologie que j’évoquais précédemment.

Les anciens se rappelleront que c’est à l’issue de la seconde guerre mondiale, et on en comprendra aisément les raisons, que la radiobiologie s’est développée.

Les recherches du Professeur Betz ont visé en particulier à comprendre les effets des radiations ionisantes sur le système endocrinien ainsi qu’à analyser l’efficacité et les mécanismes d’action des radioprotecteurs ; ces recherches furent le thème de sa thèse d’agrégation.

Il s’intéressa aussi aux effets des radiations ionisantes sur le système hématopoïétique et aux cancers radio-induits.

Ses travaux de recherche, consacrés à la radiobiologie mais aussi aux ulcères gastriques expérimentaux et à l’anatomie pathologique, ont été publiés dans plus de 260 articles, le dernier datant de 1985.

Comme directeur d’un laboratoire de recherches, il a toujours été attentif aux propositions de ses collaborateurs visant à faire avancer les méthodes requises pour la pathologie expérimentale. Ainsi a-t-il créé une animalerie de rats et de souris, ce qui a permis en particulier à Hervé Barbason de mener à bien ses recherches sur l’influence du rythme nycthéméral sur le foie normal et tumoral. Il a aussi développé un important laboratoire de microscopie électronique ; c’est cette technique que Michel Reznik a utilisée pour ses travaux sur la régénération du muscle strié squelettique et Léon Simar pour ses recherches sur les modifications des organes lymphoïdes lors des réactions immunitaires. Il a aussi acquis très tôt des compteurs automatiques de cellules avec analyse des volumes qui ont été des outils que Jules Haot a utilisés pour ses recherches sur la moelle hématopoïétique d’animaux soumis à irradiation.

Enfin, c’est dans son laboratoire qu’a été installé le premier cytofluorimètre de flux en Belgique au moment où je suis revenu d’un stage post-doctoral à l’Université Stanford.

Le Professeur Betz était un chef, un patron. Il le montrait dans son service, mais il a mis ce talent au service de son institution puisqu’il a été successivement Doyen de la Faculté de Médecine de 1970 à 1977 puis Recteur de l’Université de Liège de 1977 à 1985, année de son accession à l’éméritat. Il a ainsi contribué au transfert de la Faculté de Médecine vers le campus du Sart Tilman et en particulier à la création du CHU.

Le Recteur Betz avait une conception très académique des fonctions rectorales, qui selon lui, devaient être indépendantes des influences politiques. Je pense que cela ne lui a pas valu que des amis dans les milieux politiques et il faut bien dire que ces successeurs ont été amenés à suivre un tout autre paradigme…

Le Professeur Betz était un homme impressionnant, bien sûr par ses qualités et ses compétences, mais aussi par sa stature, sa voix, ses attitudes. Si certains considéraient que son abord était difficile, en fait il était très soucieux des intérêts de chacun, selon ses mérites et comme on peut voir ici, pouvait être très chaleureux et amateur de bonnes choses.

Monsieur Betz a épousé en 1945, le Docteur Marcelle Bareau, qui avait été diplômée la même année que lui et qui a été chef de travaux au service de bactériologie à l’hôpital de Bavière. Madame Betz est décédée il y a deux ans. Monsieur et Madame Betz ont eu trois enfants, dont deux sont médecins, qui leur ont donné cinq petits enfants, dont deux sont médecins, et neuf arrière petits enfants.

C’est à eux tous que l’Académie royale de Médecine présente aujourd’hui ses plus sincères condoléances suite  au décès de ce grand Monsieur survenu le 31 juillet 2012.

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