Académie royale de Médecine de Belgique

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Résumé de Jean-Marie Krzesinski (Séance du 25 avril 2009)

Le sel et l’hypertension artérielle, cent ans de controverses

par  J.M. KRZESINSKI (U.Lg.), invité.  

L’intérêt pour le chlorure sodique (NaCl ou plus couramment sel) existe depuis des temps éloignés. L’Homme a développé un réel appétit pour ce sel.  Cet « or blanc », utilisé comme salaire du temps des Romains, a fait l’objet d’un commerce inégalé à travers le monde et a servi de moyen de conserver les aliments.  Depuis des observations princeps d’Ambard et Beaujard, en 1904, le sel a été considéré comme possiblement délétère pour notre santé.

L’Académie royale de Médecine, en 2000, a rendu un avis critique à propos de la consommation élevée en sel dans notre pays et l’Union Européenne en a fait une des priorités nutritionnelles à corriger au cours des quatre années à venir.

Cet apport en sel favorise l’élévation de la pression artérielle et, directement ou via cette hypertension, génère un risque accru cardiovasculaire et de développement d’autres pathologies (obésité, maladies rénales, cancer,..).

A côté d’une tendance à l’élévation du sodium plasmatique et du volume extracellulaire, la teneur intracellulaire en ce cation s’élève lors d’un apport chroniquement élevé en chlorure sodique. Dans son rôle pathogène, une fixation non osmotique du sodium au niveau de la matrice interstitielle et une activation de facteurs de croissance sont aussi invoquées.

Il faut cependant insister sur l’existence d’une grande inégalité des sujets quant à l’effet « hypertensiogène » du chlorure sodique (deux ions indissociables dans cet effet). Cette sensibilité au sel, à la fois innée et acquise, passe entre autre par des mécanismes rénaux où jouent des facteurs « ouabaine-like ».  La restriction sodée abaisse la pression artérielle particulièrement chez ces sujets.

A l’échelle de la population cependant, une réduction alimentaire en sel (apport de maximum 6 g/jour de NaCl, compensé par plus de potassium dans l’alimentation) est  aussi souhaitable (80 % du sel ingéré proviennent des produits préparés). Cette mesure freinerait l’élévation de pression avec l’âge et générerait des bénéfices cardiovasculaires et des économies considérables en terme de soins de santé.  Les opposants à une restriction en sodium à grande échelle considèrent que, appliquée à tous, cette mesure est peu efficace, voire dangereuse sur le plan cardiovasculaire. Ces arguments incitent à maintenir la situation actuelle figée, permettant aux industries alimentaires de continuer leur profit, le sel stimulant la consommation en excès de certains aliments.

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