Académie royale de Médecine de Belgique

|

Création et le fonctionnement des "maisons de naissance" et/ou d'accouchement

De nouvelles structures extrahospitalières se développent dans notre pays pour permettre aux femmes, dont la grossesse se déroule normalement et pour laquelle on ne prévoit pas, en principe, d’interventions médicales durant le travail et l’accouchement, d’accoucher dans des « maisons dites de naissance ». Ces dernières offrent un environnement technique, avec un personnel constitué uniquement de sages-femmes, qui permet de répondre aux besoins physiques, émotionnels et psychosociaux des mères et de leur cercle intime. La surveillance électronique intra-partale ainsi que l’anesthésie péridurale n’y sont pas réalisées.

L’Académie s’inquiète de l’absence de conditions de fonctionnement, de critères de qualité et de sécurité de ces structures où la direction et la responsabilité sont entièrement dévolues aux sages-femmes selon le concept anglo-saxon du « midwife led unit ». Dans le cadre de ses responsabilités sociales, l’Académie de Médecine estime devoir proposer des solutions et faire des recommandations, permettant une pratique de l’art de guérir qui garantisse la sécurité des soins tant aux mères qu’aux nouveau-nés.

La revue de la littérature consacrée à ce problème est très peu explicite, la plupart des données sont observationnelles et peu sont randomisées. Ces dernières montrent significativement moins d’extractions instrumentales et de césariennes avec une tendance à l’augmentation de la mortalité et de la morbidité périnatale. Même si cette augmentation est faible, elle n’est pas négligeable compte tenu de la rareté des événements et du petit nombre de cas dans les séries analysées.

McKenna et Matthews (Irish Med.J.,2003; 96 198-200) décrivent un décès intrapartal lié à l’hypoxie tous les 70 accouchements à domicile et tous les 3600 accouchements à l’hôpital. Dans une expérience québécoise, insuffisamment accompagnée, elle s’est soldée par une mortinatalité excessive (Reinharz et al., Can. J. Public Health: 2000, 91(1): I 12-5). Il convient donc de ne pas créer des conditions qui viendraient hypothéquer les acquis de la médecine périnatale de ces dernières décennies.

La sélection des grossesses a priori normales ou à bas risque doit reposer sur des critères rigoureusement définis : absence de pathologie maternelle et fœtale, âge de gestation de 37 semaines minimum, présentation en sommet, référence (médecin, hôpital) organisée en cas de problème détecté. Les modalités de transfert vers un quartier à « haut risque » ou vers un hôpital de plus haut niveau en cas de complications pendant le travail doivent également être précisées : liquide méconial, souffrance fœtale, présentation anormale, pertes de sang, souhait d’une péridurale ou toute circonstance sortant de la stricte normalité.

La plupart des litiges surviennent durant le transfert de la parturiente, en cas de problème, vers un centre hospitalier. La maison de naissance doit non seulement collaborer avec un hôpital équipé pour les hauts risques mais une définition claire et préalable des responsabilités médico-légales des différents intervenants doit être déterminée.

Le concept de « maison de naissance » est admissible dans le cadre de la surveillance prénatale et post-natale. Si certaines parturientes (environ 1%) souhaitent y accoucher, il est essentiel de rappeler qu’il y a une obligation légale de leur fournir une information objective et complète des risques accrus de morbidité et de mortalité périnatale par rapport aux structures hospitalières. La communication doit être contresignée par l’intéressée.

L’Académie estime que la création des « maisons de naissance » doit s’intégrer dans une programmation géographique en respectant les critères de sécurité d’agrément des maternités conventionnelles avec des partenariats clairement identifiés. Etant donné que le réseau médical de Belgique est fort dense et spécifique, le besoin de ce genre d’institution (maisons de naissance) semble moins justifié; aussi elle marque sa préférence pour une congruence au sein des structures de soins actuelles, souhaite que ces initiatives soient l’objet d’études prospectives avec collectes scientifiques rigoureuses des données de chacune des expériences par un organe indépendant à définir. Des subsides devraient être octroyés pour mener à bien ces analyses et leurs supervisions.

Ce rapport a été approuvé par
l’Académie royale de médecine de Belgique
en sa séance du 25 février 2006.