Académie royale de Médecine de Belgique

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Dépistage du cancer du sein par mammographie en Belgique

RÉSUMÉ

L'Académie Royale de Médecine s'est interrogée sur l'opportunité d'organiser une campagne de dépistage du cancer du sein par mammographie en Belgique et, en sa séance du 25 janvier 2003, a adopté un avis que l'on peut résumer comme suit :

    • le cancer du sein est un problème majeur de santé publique;
    • le programme de dépistage par mammographie chez les femmes de 50 à 69 ans, qui résulte d'un protocole d'accord entre le Gouvernement Fédéral et les Communautés, doit être encouragé, tout en limitant son application aux femmes asymptomatiques, et en informant les personnes concernées et les médecins traitants de la portée exacte de la méthode utilisée;
    • Constatant que l'efficacité des programmes de dépistage du cancer du sein par mammographie seule, pour la réduction de la mortalité due à ce cancer, fait l'objet de débats contradictoires dans la communauté scientifique, une évaluation rigoureuse du programme par un comité scientifique compétent, devra être réalisée; ce comité doit être constitué en concertation avec les Académies de Médecine; cette évaluation implique la création d'un registre fédéral des pathologies mammaires;
    • Complémentairement au programme de dépistage, il convient d'organiser et de reconnaître des centres intégrés de sénologie, pour la prise en charge des femmes à risque ou symptomatiques, ou à mammographie positive.

28.04.2003
J. BONIVER


RAPPORT INTEGRAL

Le cancer du sein constitue et reste en Belgique un problème majeur de santé publique, tant en raison de sa fréquence, de sa morbidité et de sa mortalité, que par sa répercussion pour la femme, son entourage et la société ;

Le niveau des connaissances sur le cancer du sein ne permet pas, à l’heure actuelle, d’envisager une prévention primaire ;

L’efficacité du dépistage de masse du cancer du sein par mammographie seule fait l’objet de débats contradictoires, certaines études démontrant qu’il réduit la mortalité par cancer du sein dans les populations concernées, d’autres études n’aboutissant pas aux mêmes conclusions ; les résultats sont dépendants d’une série de facteurs qui sont eux-mêmes influencés par des facteurs culturels et par la manière dont les soins de santé sont organisés dans une communauté ; se fondant sur ces résultats, un dépistage systématique du cancer du sein par mammographie a été développé dans plusieurs pays européens ; récemment, cette approche a été mise en cause à nouveau par des scientifiques sur la base de résultats de revues systématiques de métaanalyses et non sur la base de nouvelles études ; le débat reste important ;

Le programme de dépistage par mammographie chez les femmes de 50 à 69 ans, qui résulte d’un protocole d’accord entre les communautés et le Gouvernement Fédéral, doit être encouragé tout en sachant, qu’il doit être limité aux femmes asymptomatiques ; on peut regretter que ce dépistage du cancer du sein par mammographie ait été dissocié de l’ensemble de l’examen gynécologique préventif ;

Une évaluation rigoureuse par un comité scientifique compétent, regroupant toutes les parties concernées (médecins généralistes, radiologues, anatomo-pathologistes, gynécologues, sénologues, épidémiologistes et représentants de la population ciblée par le dépistage, …) devra être réalisée ; cette évaluation implique la création d’un registre fédéral des pathologies mammaires ; le comité scientifique devrait être constitué en concertation avec les Académies Royales de Médecine ; il devrait avoir comme objectif dans un premier temps d’évaluer la procédure utilisée dans le programme et de juger régulièrement des effets du programme en terme de bénéfice et d’efficacité des coûts ; ceci implique que toutes les informations qui sont nécessaires pour juger de l’utilité, de la sécurité et de l’impact en matière d’économie de la santé, soient collectées d’une manière fiable. Ceci requiert de collecter des données actualisées et fiables sur la participation au programme et son impact psychologique, un relevé soigneux de moyens investis, des données sur le contrôle de qualité à différents niveaux du programme et surtout des résultats sur l’incidence, la morbidité et la mortalité du cancer du sein dans toutes ses facettes dans le groupe cible ;

Le programme de dépistage doit être organisé de façon telle que les personnes se présentant à la mammographie ainsi que les médecins traitants soient clairement informés de la portée et des limites de la méthode utilisée ;

Les femmes symptomatiques et les personnes à haut risque doivent être adressées directement à un médecin ayant une compétence particulière en sénologie pour examen multidisciplinaire (clinique, mammographique, échographique, …) ;

Par ailleurs, au-delà de l’organisation du programme de dépistage, il convient d’organiser et de reconnaître des centres intégrés de sénologie pour la prise en charge des femmes à risque ou symptomatiques et de celles dont la mammographie est positive.

Ce rapport a été approuvé par
l’Académie royale de Médecine de Belgique
en sa séance du 25 janvier 2003