Académie royale de Médecine de Belgique

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Échographie 3D

Avis de l’Académie Royale de Médecine de Belgique concernant l’échographie fœtale 3D lors d’usage non médical (26 juin 2012)

Le Conseil de l’Ordre des Médecins du Brabant a interrogé l’Académie Royale de Médecine de Belgique sur l’usage de l’échographie tridimensionnelle chez le fœtus, en particulier dans le cas où elle est pratiquée sans justification médicale, pour permettre d’obtenir des images (ou films) de «complaisance» du fœtus à naître.

Le bureau de l’Académie a chargé la Commission mère-enfant de l’Académie de lui fournir une réponse. Celle-ci s’est aidée des avis extérieurs des Professeurs Clapuyt (radiologue pédiatre) et Bernard (obstétricien).

L’Académie française de Médecine, de même que l’Agence de Santé canadienne et plus récemment l’Ordre National des Médecins de Belgique avaient rendu un avis sur le même sujet.

Ainsi l’Agence canadienne de santé souligne : « Des millions d’examens de ce type ont été effectués au cours des dernières décennies, et il n’y a eu aucun cas confirmé de risques de santé pour le bébé ou la mère. Cette constatation correspond à la majorité des études scientifiques qui ont été menées au sujet des effets de l’échographie.

Bien que cela soit très rassurant, des éléments probants suggèrent qu’il pourrait y avoir une incidence biologique sur le fœtus, même lors de l’usage à des fins diagnostiques. Des recherches sont en cours afin d’assurer la sécurité constante de l’échographie fœtale à des fins diagnostiques. Dans tous les cas, les risques liés à l’échographie fœtale dépendront des niveaux d’ultrasons et de la durée d’exposition. Les niveaux d’ultrasons sont maintenant affichés sur le moniteur, ce qui permet aux utilisateurs qualifiés d’évaluer les risques de dommages pour le fœtus. On peut réduire les risques en maintenant les niveaux d’ultrasons et la durée d’exposition les plus bas possible, tout en conservant les renseignements nécessaires pour le diagnostic.

Lorsqu’une échographie fœtale est effectuée à des fins de vidéos souvenirs, aucun renseignement n’est fourni pour justifier l’exposition du fœtus aux ultrasons. »

De même, la FDA (Etats Unis) plaide d’une manière équivalente pour limiter l’usage des machines à ultrasons pour fœtus à des professionnels, et ceci de manière légale :

« The FDA wrote about its concerns to 10 health professional organizations and the National Electrical Manufacturers Association, stating that anyone promoting, selling or leasing ultrasound equipment for making keepsake fetal videos could be breaking the law. The agency asked the organizations to have their members discourage patients from having ultrasound procedures for non-medical reasons and to notify the FDA of any keepsake video operations in their communities. »

Le Conseil National de l'ordre des Médecins  a répondu le 21/04/2012 à une question d'un conseil provincial concernant certains centres médicaux qui proposent aux mères des échographies 3D de leur enfant à naître.

La commission mère-enfant des deux académies de médecine (ARMB & KAGB) souscrit sans réserve à l'avis émis par le Conseil National de l’Ordre des Médecins et, en application du principe de précaution, déconseille donc fermement l'utilisation de l'échographie 3D pour des raisons commerciales et sans supervision médicale. L’échographie 3D expose en effet le fœtus à une intensité des ultrasons et à une longueur d'examen potentiellement préjudiciables, à fortiori lors de la réalisation d'une vidéo.

Il existe au sein du monde médical de l'imagerie un certain consensus pour considérer que l'échographie 3D peut apporter une plus-value en gynécologie lors du diagnostic de malformations utérines et de la localisation exacte d'un dispositif intra-utérin. Tel est également le cas en obstétrique lors de l'évaluation du visage, du palais,du squelette et du système nerveux central du fœtus et lors d'anomalies du tube neural, de même qu'en clinique de la fertilité lors de la mesure automatisée des follicules et enfin en uro-gynécologie lors de l'évaluation du plancher pelvien.

En de nombreux lieux cependant, des photo-reportages intra-utérins sont proposés par des non-médecins (photographes, ex-représentants de firmes distribuant des appareillages d'imagerie, des sages-femmes), naturellement explicitement hors contexte diagnostique et thérapeutique pour des raisons d'ordre médico-légal, et souvent à des prix lucratifs. Les gens sont, en règle, libres de faire ce qu'ils veulent.

En conclusion, tous les avis privilégient le principe de sécurité: et même si jusqu'à présent l'échographie fœtale ne permet pas d'objectiver d'effets secondaires dans l'usage médical qui en est fait, il est formellement recommandé de laisser cet examen technique dans les mains de praticiens de l'art de guérir particulièrement au courant de son maniement. Des usages prolongés justifiés par exemple par le souci de filmer longuement le fœtus ou d'en obtenir des photographies ciblées pourraient être de nature à provoquer des effets secondaires insoupçonnés en particulier par le fait que les ultrasons ont un  pouvoir échauffant sur des tissus particulièrement fragiles et en devenir. L'Académie Royale de Médecine de Belgique se joint donc à l'ensemble des avis émis jusqu'à présent, en ce non compris un avis non publié mais allant dans le même sens du conseil supérieur de la santé en 2010, pour que seuls les gynécologues-obstétriciens et les radiologues pédiatriques puissent pratiquer l'échographie tridimensionnelle.