Académie royale de Médecine de Belgique

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Allocution du Pr Janos Frühling, Secrétaire perpétuel de l'ARMB

 

Allocution du Pr János FRÜHLING, Secrétaire perpétuel de l’ARMB

Madame,

Permettez-moi de vous remercier de bien vouloir rehausser cette séance d’adieu de votre présence. Elle témoigne de votre intérêt constant pour les travaux de l’Académie royale de Médecine de Belgique, dont vous êtes par ailleurs le seul membre d’honneur.

Votre soutien pendant toute la durée de ma fonction nous a toujours encouragés, mes collègues académiciens et moi-même à accomplir notre vocation d’Institution de référence dans le domaine des sciences biomédicales et de l’éthique.

En tant qu’allochtone de première génération, je remercie la Belgique que vous incarnez ici de m’avoir accueilli, car j’ai pu ainsi réaliser mon rêve d’enfant : consacrer ma vie à la médecine dans des conditions optimales offertes par ce pays démocratique, de tradition humaniste, qui a toujours ouvert ses portes à ceux qui y ont cherché refuge à la recherche de la liberté.

Ma première diapositive en est le témoignage, car c’est votre Auguste époux, feu Sa Majesté le Roi Baudouin, qui a signé en janvier 1968 mon acte de naturalisation et a ainsi ouvert légalement la porte de la Belgique pour l’impétrant que j’étais à ce moment.

Je salue également la Princesse Marie-Astrid de Luxembourg, apparentée à Sa Majesté Royale et Impériale l’Impératrice Zita d’Autriche-Hongrie, dernière reine apostolique, entre 1916 et 1918, de mon pays natal. L’Empire dans lequel sont encore nés ma mère et mon père, respectivement dans la partie hongroise et dans la partie autrichienne de celui-ci.

SALUTATIONS

Il y a sept ans, lors de mon discours de prise de fonction de Secrétaire perpétuel, j’ai déjà analysé la fonction de notre Institution et esquissé ma vision future de mon champ d’activités pour la période à venir, c’est-à-dire celle qui se termine aujourd’hui.

Ces sept années qui semblent longues dans la vie d’un individu ne constituent qu’un très court épisode dans l’histoire de l’Académie royale de Médecine de Belgique. « Le temps n’est pas un temps absolu – un Chronos dévorant ses enfants –, c’est seulement une façon de distinguer ce qui vient. » (E.Mach, un des pères spirituels de la physique quantique moderne.)

L’Académie est un des quatre régulateurs indépendants de la santé publique dans son sens le plus large, au même titre que le Conseil de l’Ordre des Médecins, le Conseil supérieur de la Santé et les organes de défense professionnelle des médecins. (J’insiste sur le mot indépendant.) En tant qu’organe rendant des avis, depuis janvier 2005, l’Académie a publié trente-deux mises au point concernant les sujets les plus divers, allant du dépistage du cancer du sein jusqu’à l’évaluation de différentes branches de médecines parallèles.

L’Académie est constituée, à la date du 01/01/2012, de 154 membres. Leurs caractéristiques distinctives sont leur indépendance, leur expérience, leur disponibilité et, surtout, l’excellence scientifique qu’ils représentent dans leurs domaines respectifs.

Cette diapositive vous communique la composition de notre Académie en fonction de l’appartenance universitaire de ses membres, ainsi que leurs catégories, à savoir : membres honoraires, titulaires ou ordinaires. Ce n’est pas sans fierté que j’attire votre attention sur l’équilibre presque parfait entre les représentants des trois grandes Facultés francophones de notre pays.

Dès le début de mon mandat, suivant l’initiative des Présidents des années 2003 et 2004, les Professeurs Ch. van Ypersele et G.Franck, une commission s’est penchée sur le problème du renouvellement des Statuts de notre Institution. Ces Statuts furent officiellement reconnus par décret de la Communauté française, notre pouvoir organisateur, en juin 2008. En une phrase, ces nouveaux Statuts ont modernisé les structures et le fonctionnement de notre Compagnie, notamment en ce qui concerne les modalités d’élection de nouveaux membres ; nouvelle procédure qui a déjà porté ses fruits depuis lors, assurant ainsi un rajeunissement de nos cadres et une meilleure représentation de nos consoeurs.

A titre personnel, je suis particulièrement satisfait que c’est pendant mon mandat de Secrétaire perpétuel que, pour la première fois depuis 1841, une Dame a présidé au destin de l’Académie, en l’occurrence notre Collègue, le Professeur J.A. Stiennon-Heuson, ici présente.

Cependant le temps ne s’arrête pas : une commission des statuts/ter vient de terminer ses travaux afin de moderniser davantage les structures de notre Compagnie.

Enfin, en collaboration avec le Bureau et une commission spéciale créée à cet effet, nous avons considérablement augmenté la visibilité de notre Institution.

Même si j’ai rempli la fonction qu’on peut définir dans notre jargon moderne  franglais comme le CEO de l’Académie, je n’aurais jamais réussi à accomplir mes devoirs sans la collaboration efficace, positive, amicale et circonspecte des membres du Bureau dont les noms sont repris sur la diapositive suivante. Indépendamment de leur spécialité, de leur qualité de fondamentaliste ou de clinicien, ils ont apporté un maximum d’efficacité pour assurer les diverses missions de l’Académie. Qu’ils en soient remerciés.

Les sept Présidents de Bureau, dont vous voyez les noms repris en haut sur ce même tableau, mériteraient tous une laudation individuelle, mais, hélas, mon temps de parole est limité aujourd’hui midi.

Toutefois l’amitié et la diplomatie de feu Louis Jeanmart, la polyvalence et l’exigence scientifique d’un Arsène Burny, le charisme, les initiatives toujours pertinentes et la gestion clairvoyante de Thierry de Barsy, la ponctualité, l’amour du détail minutieux et les soins amicaux d’Albert Dresse, la clarté et l’expérience de l’organisatrice scientifique ainsi que le tact féminin de J.A. Stiennon-Heuson et l’excellence personnifiée, représentée par Louis Hue, son exemple et sa nature exigeante m’ont permis de traverser ces années dans les meilleures conditions de collaboration dans l’intérêt de l’Académie. P.P. Pastoret, comme représentant de nos collègues vétérinaires, a complété en 2011 ce podium par une note originale, inédite et toujours enrichissante.

Après le travail accompli, il me reste la tâche émouvante et agréable de remercier quelques personnalités et Institutions qui ont joué un rôle déterminant dans ma carrière.

Je pense d’abord à mon grand-père maternel, Dr juris Dezső Róth, qui m’a éduqué dans un esprit d’humanisme et m’a inculqué, déjà comme enfant, les éléments de la culture générale occidentale de souche gréco-latine. Je rends ensuite hommage à ma mère qui était la source « ubiquitaire » de mon existence et grâce à qui j’ai pu survivre aux périodes tragiques et tourmentées de mon enfance et de mon adolescence et qui a pu suivre ma trajectoire jusqu’en 2007, lorsqu’elle m’a quitté  à l’âge de 93 ans.

Je rends hommage à mon épouse, qui m’accompagne depuis plus de cinquante ans, depuis mon troisième doctorat. Sans son dévouement, son tact, sa prévoyance et ses soins quotidiens, je n’aurais jamais pu me concentrer sur mes travaux de clinicien, de chercheur ou d’enseignant.

Mes remerciements vont aussi à notre fils Pierre, ici présent, qui, comme enfant, étudiant, sportif et professionnellement, m’a offert les plus belles satisfactions qu’un père puisse ressentir.

Avec notre belle-fille Anne, appartenant à part égale au noyau de la famille, ils nous ont fait cadeau de deux petits-enfants, Florence et Quentin, qui illuminent et vont illuminer les années restantes de ma vie.

Comme Institution, j’aimerais souligner le rôle décisif de mon Athénée de Budapest (Rákóczi Ferenc gimnázium) qui m’a parfaitement préparé  à affronter mes années universitaires et l’Univers européen.

Je remercie la Fondation Rockefeller qui, pour reconnaissance de l’acte héroïque des étudiants hongrois en octobre 56, a mis à notre disposition à Vienne quatre cents bourses pour pouvoir achever nos études universitaires entamées en Hongrie.

Mon passage, entre 1966 et 1969, dans le laboratoire du Professeur Albert Claude, fut assuré matériellement par un subside de la Fondation Yvonne Boël. Je salue avec émotion la présence d’une descendante directe de la Famille Boël parmi nous aujourd’hui.

J’éprouve une grande reconnaissance pour feue le Professeur Jacqueline Simon, Chef du Service de Radiothérapie et de Médecine nucléaire qui, entre 1963 et 1966, m’a fait confiance en me permettant de commencer à exercer mon métier de médecin à l’Institut Jules Bordet, que je ne quitterai par ailleurs qu’à l’âge de ma retraite, ainsi que pour le Professeur J.Henry, past-president de notre Compagnie et mon Chef de Service entre 1969 et 1986.

Je remercie tous ceux qui sont présents ici ce jour, ma famille belge, mes amis de Belgique mais aussi de Budapest, Paris et Londres, qui nous ont rejoints, ainsi que mes collègues, spécialement tous ceux de l’Institut Bordet et de l’ARMB. Je suis ému de les retrouver tous autour de moi pour participer à cette belle séance d’adieu.

Mes remerciements tout particuliers, je les adresse à tous les membres du Bureau 2012 de l’Académie, en premier lieu à mon Collègue, successeur et Ami, Monsieur le Professeur A.Ferrant, et au Président W.Malaisse, qui ont organisé la séance remarquable de ce midi. Enfin, je sais gré à tous les membres du staff administratif et du secrétariat de l’Académie, à tous ceux qui m’ont accompagné et soutenu pendant ces sept années, permettant que nous réalisions ensemble un travail irréprochable, correspondant à mes désirs et exigences ; merci Alexandre, M.Tamboise, Céline, Rosanne, Chantal, Alexandra, Gaetana et Olivier.

Le cercle se referme maintenant.  L’Histoire étant la littérature vécue, a posteriori, il me semble que ma vie, entre 1937 et 2012, ressemble à un roman initiatique que je pourrais intituler librement, d’après Robert Musil « Les tribulations d’un électron libre humain en quête de la recherche d’absolu, pendant la seconde moitié du vingtième siècle, entre l’Europe centrale et l’Occident. »

Je transmets donc le flambeau à mon successeur, le Professeur Ferrant, en lui souhaitant le plus grand succès pour les cinq ou dix ans à venir dans sa tâche exigeante et délicate. Bon vent Augustin sur les vagues tourmentées d’une médecine en pleine transformation accélérée.

Clôturons mon intervention avec le texte du quatuor final de l’opéra de Mozart « L’enlèvement au Sérail », chantant la reconnaissance de la bonté et de la générosité, en l’occurrence de ma part, vis-à-vis de vous :

« Wer zo viel Huld vergessen kann, den seh’ man mit Verachtung an. » 

« Celui qui n’estime pas toute cette bonté, devrait être méprisé. »

« Akinek ennyi jó kevés, azt érje gáncs és megvetés. »

 Merci pour votre présence et pour votre attention.

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