Académie royale de Médecine de Belgique

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Introduction par le Pr Willy Malaisse

 

Allocution du Pr W.J. MALAISSE, Président de l'ARMB

 

Madame,

En ouvrant cette séance d’hommage au Professeur Jẚnos Frühling, permettez-moi de m’adresser à vous en votre qualité de Membre d’Honneur de notre Académie.  Votre présence aujourd’hui témoigne une fois de plus de votre infatigable attention et sollicitude envers notre Compagnie.  Au nom de tous ses membres, je tiens à vous en remercier.

Madame,

Excellence,

Chers Collègues,

Mesdames,

Mesdemoiselles,

Messieurs,

Le Professeur Jẚnos Frühling fut élu membre correspondant de l’Académie royale de Médecine de Belgique en mai 1995, élu membre titulaire en mai 2001, était membre du Bureau de l’Académie en 1996-1997 et en 2003-2005, fut élu Secrétaire perpétuel de l’Académie en février 2005 et reconduit dans cette fonction jusqu’en octobre 2011.  Considérant son inlassable dévouement au bénéfice du rayonnement, de la visibilité, de la renommée et du prestige de notre Académie, l’on ne pouvait, de toute évidence, manquer à lui manifester un hommage si hautement mérité. C’est précisément l’objet de la séance d’aujourd’hui et c’est avec grand plaisir, mais non sans émotion, qu’il m’appartient au nom de vous tous de lui exprimer notre vive reconnaissance par l’exemple de rigueur, de persévérance, de sagesse et de diplomatie qu’il n’a cessé de manifester, en particulier en tant que Secrétaire perpétuel de notre Compagnie.

Monsieur Frühling, vous êtes né le 16 février 1937 à Budapest et votre mère, violoniste, a choisi votre prénom Johann - Jẚnos en hongrois – en hommage à Jean-Sébastien Bach.  Vous avez donc baigné dans la musique dès votre plus tendre enfance.  Ayant d’abord été admis à la Faculté de Médecine de Budapest en 1955, vous en fûtes chassé par le régime communiste en tant que « fils d’ennemi de classes ».  Suite au soulèvement des étudiants hongrois en octobre 1956, vous quittez seul, sans famille, la Hongrie pour vous réfugier en Autriche et y terminer en 1963 grâce à une bourse Rockefeller vos études à la Faculté de Médecine de l’Université de Vienne.  

Dès l’obtention de votre diplôme, vous venez en Belgique pour y poursuivre votre carrière professionnelle.  Vous avez toujours considéré que cette carrière menée en Belgique et couronnée par votre élection en tant que Secrétaire perpétuel de notre Académie représentait à vos yeux la preuve que la Belgique représente une vraie démocratie libre et tolérante.

Et, cependant, votre carrière hospitalière ne fut pas toujours aisée.  Par exemple, les lois Gilson de 1963 n’avaient pas prévu qu’un médecin muni d’un diplôme en allemand se présente pour être engagé dans les hôpitaux bilingues de la Ville de Bruxelles et, en fin de compte, le Chef du service du personnel de la Commission publique d’Aide Sociale de la Ville de Bruxelles vous conseille de passer les examens linguistiques des deux langues nationales de l’époque, tant le flamand que le français.

Mademoiselle le Professeur J. Simon, grâce à qui vous obteniez une bourse d’Euratom et qui vous enseigne les rudiments de la médecine nucléaire, vous fit entrer au service des isotopes de l’Institut Bordet, où vous fûtes nommé ultérieurement et successivement Chef du service de Médecine Nucléaire et Chef du Département de Radio-oncologie en 1986 et 1988 et jusqu’à 2003.  Vous étiez également nommé Directeur de l’Institut Bordet en 1984 et ensuite Médecin Directeur général du même Institut, fonction remplie jusqu’à l’honorariat en 2002.

De 1966 à 1969, vous fûtes pendant trois ans assistant du Professeur Albert Claude qui vous disait, en quelque sorte de manière prophétique « Chez moi, Frühling, comme dans la vie, vous devez travailler toujours plus et toujours mieux que les autres ».  Ce fut certainement pour vous un grand honneur d’être emmené par le Professeur Claude en 1974, à Stockholm pour la remise du Prix Nobel de Physiologie et Médecine partagé avec Christian de Duve et Georges Palade.

L’on devrait sans doute évoquer vos nombreux autres titres et fonctions, tels que Chargé de cours et puis Professeur ordinaire à la Faculté de Médecine de l’Université libre de Bruxelles, de membre de l’ « Executive Board » et Président du « Program Committee of the Organization of European Cancer Institutes », vice-Président et puis Président du Conseil d’Administration tant du Fonds National de la Recherche Scientifique que de la Fondation médicale Reine Elisabeth, et Secrétaire général de la Fédération européenne des Académies de Médecine.

De même, l’on ne peut ignorer que votre carrière en Belgique ne vous a pas empêché de rester intimement lié à votre famille et amis en Hongrie et que vous avez reçu en 1997, le Prix von Hevesy de la Société Hongroise de Médecine Nucléaire, que vous étiez élu en 2001, à Budapest, membre de l’Académie des Sciences de Hongrie, et désigné de 2005 à 2011, comme Président de l’Association scientifique des savants hongrois de l’hémisphère occidentale au sein de l’Académie des Sciences de Hongrie, et récipiendaire en 2008 de la Médaille Arany de la même Académie.

La fin du mandat du Professeur Jẚnos Frühling en tant que Secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Médecine de Belgique ne signifie pas, loin s’en faut, qu’il ne participera plus aux activités de notre Compagnie.  Mais, s’il devait à présent prendre parfois quelques heures de repos, il se réjouira certainement de pouvoir, aux côtés de sa charmante compagne de route et épouse depuis 1961 Arlette Pierart, née à Bruxelles et étudiante à l’Université de Vienne en 1957-1961, transmettre son héritage culturel et scientifique à son fils Pierre et à ses petits-enfants.

Cher Monsieur Frühling, ce serait trop facile d’incriminer les quelque dix minutes réservées à cette présentation pour en excuser les nombreuses lacunes et l’impardonnable brièveté.  Puisque l’on prétend que les fleurs représentent le décor de l’éphémère, permettez que je m’en réfère à deux incroyants de l’intemporel, à savoir pour pardonnez les oublis, à Mark Twain – « When I was young, I could remember anything, whether it happened or not » - et pour justifier la brièveté à Igor Stravinsky – « To many pieces of music finish too long after the end ».

Je vous remercie pour votre attention.      

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