Académie royale de Médecine de Belgique

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Discours Pierre Coulie, fin de mandat présidentiel 2019

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Chers Collègues,

Mesdames et Messieurs,

Il y a un an, quasi jour pour jour, je me présentais devant vous et vous en remerciais.

Vous ne saviez pas bien à qui vous auriez à faire, ou avec qui vous auriez à faire affaire. Aujourd'hui vous en savez un peu plus. D'aucuns songent certainement 'J'en sais assez, au suivant.' Ainsi va l'Académie, et c'est bien ainsi.

Nous sommes toutes et tous à la recherche du temps perdu, mais ici nous, collectivement, n'en avons pas perdu beaucoup, pendant cette année qui a filé comme une étoile.

En février nous avons eu le privilège, avec nos collègues de la « Koninklijke Academie voor Geneeskunde van België », de nommer Sa Majesté la Reine Mathilde Membre d'Honneur de l'Académie royale de Médecine de Belgique. Un peu auparavant, comme vous vous en souvenez, nous avions accueilli comme Membre correspondante de l'Académie Madame la Professeure Emmanuelle Charpentier, en présence de son Altesse Royale la Princesse Astrid.

Ensuite, en sus des séances et symposia auxquels vous avez assisté avec assiduité, ou à tout le moins dont avez étudié les programmes avec avidité, l'académie de médecine a initié une réflexion sur les sous-quotas médicaux, épineux problème s'il en est, avec un colloque au mois d'avril sur la programmation des besoins médicaux en Communauté française. Coup dans l'eau, après beaucoup d'autres? Non point: une commission sera mise en place en Communauté française par la ministre Valérie Glatigny, en concertation avec l'académie de médecine, pour analyser les besoins médicaux et para-médicaux et définir ces sous-quota.

De même, à l'initiative de notre Secrétaire perpétuel se met en place le Conseil Supérieur de l'Intégrité Scientifique, et l’Académie royale de Médecine de Belgique et l’Académie royale de Belgique seront présentes dans le Comité de supervision dudit Conseil. Donc si notre Académie, comme institution, a moins de poids qu'avant au niveau fédéral, elle en gagne au niveau régional.

Un mot de la FEAM (Fédération Européenne des Académies de Médecine). Leur conseil d'administration compte six membres, et trois sont membres de l'ARMB : Françoise Meunier, Stefan Constantinescu et notre Secrétaire perpétuel, qui en est même le trésorier. Vous avez peut-être assisté aux colloques organisés ici par la FEAM, souvent avec des membres de l'ARMB : Intelligence artificielle en mars, Migration, Santé et Médecine en novembre et Médecine régénérative en novembre également. Pas mal d'opportunités de ce côté donc, les liens se sont resserrés.

Grosse réorganisation cette année dans les prix de l'Académie, plus importants et moins nombreux. Ils seront plus difficiles à obtenir, et auront donc plus de valeur dans le curriculum des récipiendaires.

Autre réorganisation, technique celle-ci, dans cette Salle Baudouin, avec une projection digne de ce nom par un matériel moderne. Compliqué, car il a  fallu faire des trous dans les murs, remonter les lustres et déplacer 'La pendule'. Mais c'est fait! Attention cependant, nous ne pourrons plus invoquer la petitesse d'éléments vaguement projetés pour excuser notre incompréhension, partielle, d'une lecture.

Merci beaucoup à toutes celles et ceux avec qui j'ai pu interagir pendant ces années au Bureau de l'académie. Au premier chef Danièle Balériaux, qui m'a précédé, et Jacques Crommen et Georges Casimir, qui suivent. Jacques, bonne chance, tout ira bien. Merci à Isabelle Salmon, André Scheen et Benoît Lengelé. Merci à Etienne Marbaix et Stefan Constantinescu d'avoir accepté de rejoindre le Bureau. Merci de les avoir élus.

Enfin merci à Alexandre Buchet, toujours pas loin quand on a un problème, et à Rosanne Pitau, Chantal Leleux et Olivier Nowé. Bienvenue à Madame Kabuema, qui devait arriver lundi mais est dans la salle.

Encore un mot sérieux, avant un mot léger.

Je suis interpellé par cette manie de la bibliométrie.

C'est bien commode de classer les chercheurs avec ces indices.

Les managers de tout poil adorent cela.

Cela dispense même parfois de lire et comprendre les dossiers ou candidatures.

C'est ce qu'on craignait. Aujourd'hui on le voit.

H et autres sont un équivalent d'audimat, donc sujets aux effets de mode et de communication. Et les moyens de communiquer, pour être cité, changent et progressent à grande vitesse. On voit se mettre en place une ingénierie de la citation. 

Les indices bibliométriques dépendent aussi, heureusement, de la qualité, l'intelligence, l'innovation, la découverte. Mais souvent ces éléments ne priment pas, or ils le devraient toujours.

H et autres sont toujours un reflet d'activité scientifique. Mais cela ne peut suffire: quelle activité ? Qui se pose encore la question: Qu'est-ce qu'il ou elle a réellement découvert, et si possible d'important ? Bien sûr cela demande de bien connaître le domaine.

Promener son facteur H comme une décoration m'indiffère, c'est sans danger.

Mais, nous voyons que la future carrière de jeunes chercheurs est parfois suspendue à un indice bibliométrique. Un seul article dans une revue dite à haut facteur d'impact peut changer la décision d'un jury qui statue pour un poste de chercheur à vie. Est-ce normal ?

De surcroît, est-ce bien raisonnable de prendre une telle décision sans même voir ou entendre le ou la candidate ? 

Plus léger.

Ce fut un grand honneur, mais surtout un plaisir,

A la ci-devant tribune d'être là, pour vous servir.

Il reste tant à faire, je passe le flambeau

A un meilleur que moi, qu'y a-t-il de plus beau?

Pour les remerciements, j'en ai servi beaucoup.

C'est une belle tradition qui rend le discours doux.

Il n'en reste plus qu'un, le Professeur Foidart.

Je vous vois, malicieux, vous attendez le dard.

Je l'ai cherchée mais point trouvée, cette rime

Car si elle ne lui sied, alors c'est de la frime.

Standard: lui, oh que non. Mais pour le foot, sans doute.

Les cheveux en pétard. Mais non: pas de moumoute.

Oeuvre d'art: il les aime. Etendard: trop pompeux.

Dare-dare: c'est trop facile. Fouettard: il se peut.

Attention, lauréats, altesses et professeurs,

Prenez garde: il s'approche, et comme il est fonceur

Se jette à votre cou et vous plante la médaille.

Mesdames, je vous préviens, il le faut, portez chandail.       

Mais il sert la maison tout le jour et la nuit

Et jamais ne vous laisse un moment dans l'ennui.

Et d'ici ou d'ailleurs, sans jamais d'accalmie,

Il songe, propose, et aide l'académie.

Merci, cher Jean-Michel. Car je n'ai fait que peu.

Et ce que vous croyiez que nous faisions à deux

C'est lui qui portait tout,

Et je faisais le fou.

Mesdames et Messieurs, je vous quitte à regret.

Je retourne chercher, ce n'est pas un secret.

Et comme dans le roman,

Comme pour des amants,

Si près de l'Albertine,

Peut-être libertine,

Ce 'retourner chercher'

C'est Le temps retrouvé.

Merci à toutes et tous, dans cette salle tout blottis,

Car je suis maintenant le président sorti.