Académie royale de Médecine de Belgique

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Tania Durré. Prix Maurice Godin - Maria Savelkoul (2016-2018). Présentateur + Résumé


PRIX MAURICE GODIN – MARIA SAVELKOUL (2016-2018)    

PRÉSENTATION DE Mme LE Dr T. DURRÉ,       

LAURÉATE DU PRIX MAURICE GODIN – MARIA SAVELKOUL (2016-2018)   

                                                                                par

J. BONIVER, membre titulaire 

Les Prix Docteur Maurice Godin-Maria Savelkoul sont destinés aux meilleurs travaux « traitant du cancer, de la maladie de Parkinson ou de la sclérose en plaques ». Ils sont distribués à de jeunes chercheurs belges et en cas d’ex aequo, à un diplômé de l’ULB.

Le Jury chargé d’examiner les candidatures aux Prix Maurice Godin – Maria Savelkoul pour la période 2016-2018 était composé des Professeurs Y. de Launoit, O. Feron et de moi-même qui officiait comme président.

Quatre candidatures ont été reçues.

Considérant d’une part la nature du Prix, qui selon le jury doit être considéré comme un encouragement plutôt que comme une reconnaissance d’une carrière scientifique, d’autre part l’âge et l’ancienneté scientifique des candidats, le Jury a proposé d’attribuer le Prix Maurice Godin – Maria Savelkoul pour la période 2016-2018 à Mademoiselle Tania Durré.

Tania Durré a obtenu le diplôme de master en sciences biomédicales en 2013 et le certificat de formation continue en animaux de laboratoire en 2014 et ce avec grande distinction.

Elle effectue ses recherches dans le laboratoire de biologie des tumeurs et du développement dirigé par notre collègue Agnès Noël au Centre GIGA de l’ULiège en tant que doctorante, soutenue par Télévie et le Fonds Léon Fredericq. Elle a présenté sa thèse avec succès en janvier de cette année. Actuellement, elle poursuit ses recherches dans ce laboratoire comme assistante de recherche.

Elle s’intéresse particulièrement aux mécanismes qui sous-tendent la formation des métastases dans les ganglions qui drainent les cancers. Elle étudie en particulier les caractéristiques des vaisseaux lymphatiques qui vont de la tumeur cancéreuse vers les ganglions.

Ainsi a-t-elle participé à la mise au point de modèles expérimentaux in vitro pour explorer ces phénomènes.

Son travail le plus important, qui a été publié récemment dans Nature Communication, vise à comprendre les mécanismes qui sont consécutifs au lien des facteurs de croissance stimulant la formation des vaisseaux lymphatiques à leurs récepteurs. Elle a ainsi démontré le rôle d’un récepteur d’endocytose, dénommé « urokinase plasminogen activator receptor-associated protein » ou « uPARAP » comme partenaire des récepteurs naturels des dits facteurs de croissance. Ces recherches permettent de comprendre comment les vaisseaux lymphatiques se développent anormalement dans certaines conditions pathologiques et en particulier dans les maladies cancéreuses. La lauréate va vous expliquer de façon plus précise les résultats de ses travaux.

Je vous remercie.

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IMPLICATION DE LA PROTÉINE uPARAP/Endo180 DANS LA LYMPHANGIOGENÈSE PATHOLOGIQUE   

                                                                            par

Mme le Dr Tania DURRÉ (ULiège)       

La lymphangiogenèse correspond à la formation de nouveaux vaisseaux lymphatiques à partir de vaisseaux préexistants. Ce processus, normalement quiescent chez l’adulte, peut être activé dans certaines conditions pathologiques telles que l’inflammation, les rejets de greffes, les cancers et la formation des métastases. Les mécanismes moléculaires sous-jacents la lymphangiogenèse sont moins bien connus que ceux contrôlant l’angiogenèse.

Au cours de ce travail, nous nous sommes intéressés au rôle joué par le récepteur uPARAP/Endo180 au cours du processus de la lymphangiogenèse. Initialement décrit comme un récepteur endocytique du collagène, nous avons découvert que l’uPARAP agit également comme un régulateur clé de la lymphangiogenèse pathologique via un mécanisme indépendant de ses fonctions endocytiques.

La déficience en uPARAP chez la souris résulte en une augmentation du bourgeonnement vasculaire et un hyper-branchement des vaisseaux lymphatiques. Ces observations ont été réalisées dans trois modèles in vivo différents comprenant la cautérisation de la cornée, et le modèle des éponges de gélatine imbibées soit avec du VEGF-C, soit avec des cellules tumorales. Une analyse fonctionnelle démontre que ces néo-vaisseaux hyper-branchés facilitent le drainage lymphatique. Dans la recherche du mécanisme sous-jacent, les analyses réalisées in vitro par une approche de siRNA indiquent que l’absence de l’uPARAP provoque une perte de migration directionnelle des CELs, spécifiquement dans un gradient de VEGF-C.

De façon inattendue, ces effets ne dépendent pas de la capacité de l’uPARAP à internaliser le collagène, mais de celle d’interagir avec le VEGFR-2 et le VEGFR-3, les deux principaux récepteurs du VEGF-C. L’uPARAP agit en effet comme un rhéostat qui prévient la formation des hétérodimères VEGFR-2/VEGFR-3 modulant les voies de signalisations sous-jacentes et les effets qui en découlent tels que la migration des CELs.

Ces résultats nous permettent d’attribuer une nouvelle fonction à la protéine uPARAP dans la migration directionnelle des CELs spécifiquement au cours de la lymphangiogenèse, et non de l’angiogenèse (Durré et al., Nature Communications, 2018).